I. Œ. C, VIII, p
silence dans lequel vous entrez est de s'y perdre. Demander comment on s'y peut tromper, c'est chercher en quelque façon à être trompée. Il n'y a qu'à risquer tout entre les mains de Dieu pour être assuré de ne courir aucun risque. N'allons jamais à des curiosités. C'est une sorte d'illusion que de craindre l'illusion outre mesure. » On ne peut être moins docteur que cela ; et cependant l'assurance du langage est extrême. « Je vous permets les plus violents transports de l'amour, vous dussent-ils mener à la mort, et toutes les fureurs de la jalousie, vous dussent-elles être une espèce d'enfer... Enviez saintement et humblement toutes les familiarités de l'époux aux âmes à qui il se donne, non pas pour les en priver, mais pour y participer avec elles ; donnez toute votre substance pour acquérir l'amour de l'époux : qu'il soit lui-même toute votre substance; écoutez-le lorsqu'il traitera le sacré mariage avec vous ; soyez-lui une porte par où il entre, et une muraille pour le renfermer. Il est la vigne, soyez la branche, et diteslui : « Je ne puis rien sans vous. » Qu'aurait dit Bossuet s'il avait surpris des images, des hardiesses semblables dans les maximes de Fénelon? -2—%/^
Personne ne se méprendra, nous l'espérons, sur le sens de ces citations. La direction de Bossuet n'est pas contenue tout entière dans ces réponses évasives. On pourrait faire un recueil solide et varié de ses préceptes positifs sur la charité chrétienne, sur le découragement, les sécheresses, le scrupule. Les deux prélats se retrouvent avec le même bon sens et la même sûreté de doctrine. Nous avons tenu à mettre en parallèle le mysticisme des deux évêques. L'évêque de Meaux a d'autres auréoles. « La gloire de Bossuet est devenue l'une des religions de la France; on la reconnaît, on la proclame, on s'honore soi-même en y apportant chaque jour un nouveau
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tribut, en lui trouvant de nouvelles raisons d'être et de s'accroître; on ne la discute plus (i). » Théologien scolastique, il cultiva le dogme qu'il défendit avec courage et succès contre les réformés; mais il n'avait jamais pénétré les secrets de l'ascétisme. C'est pendant la querelle du quiétisme, qu'il étudia les auteurs spirituels ; il s'aperçut alors que les « religieuses extravagances » des vieux ascètes ne répondaient qu'aux désirs immenses des cœurs humains émus devant la bonté de Dieu père et du Christ époux des âmes. Peu à peu, après les longues discussions avec Fénelon, il comprit la vérité de l'amour désintéressé.
La découverte d'un nouveau manuscrit de l-)0ssuet (2) nous permet de juger de la marche du grand évêque. Il n'est plus question de cette conception singulièrement étroite de l'amour de Dieu, qui consistait à faire de la récompense éternelle le vs\o\\i formel et la raison précise de la charité. Bossuet enseigne dans le nouveau traité « sur les Etats d'Oraison » que la béatitude est simplement un motif implicite et virtuel de l'amour, renfermé dans l'idée de la bonté absolue de Dieu. Si ce n'est pas encore 1' « amour pur » de Fénelon, c'était s'en rapprocher beaucoup. Nous avons vu que la théorie de Fénelon sur la charité avait été approuvée cà Rome. Les meilleurs théologiens l'enseignent depuis lors, comme répondant mieux à la vérité contenue dans l'Evangile.
Les deux évêques se ressemblent et ils diffèrent ; c'étaient deux esprits dissemblables. L'objet de leur méditation et de leur amour est le même, car leur but est le même, c'est-à-dire, l'union la plus intime qu'il soit possible d'avoir avec Dieu; mais chacun se fait sa