‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 51 sur 250 · LE MYSTICISME DÉ FÉNELON : HISTORIQUE · texte numérisé non relu

LE MYSTICISME DÉ FÉNELON : HISTORIQUE

France ne pouvait se désintéresser de cette question. Les docteurs de la loi, guides et soutiens des peuples, se réunirent pour examiner ces nouveautés religieuses et prescrire la doctrine de l'Eglise.

Des conférences eurent lieu à Issy, maison de campagne du séminaire Saint-Sulpice, entre les évèques de Meaux et de Châlons et M. Tronson, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice (i). Fénelon avait écrit qu'il souscrirait sans restriction à tout ce que ces trois personnes décideraient sur les matières de spiritualité pour prévenir toutes les erreurs et les illusions des quiétistes.

Les examinateurs se réunirent le plus souvent qu'ils le purent ; ils lisaient les écrits de Mme Guyon, ses justifications et les nombreux extraits ou explications des Pères et auteurs mystiques envoyés par l'abbé de Fénelon. Durant les premiers temps consacrés à ces lectures, ce dernier « prit la peine, comme dit Bossuet, de venir avec quelques-uns de ses amis (M. de Beauvilliers et M. de Chevreuse) à Issy » ; dans aucune autre circonstance, si ce n'est le jour de la signature des articles (lo mars 1695), Fénelon ne vint à la maison de campagne du séminaire en même temps que Bossuet et M. de Noailles ; jamais, même après sa nomination à l'archevêché de Cambrai, sauf à la dernière séance, il n'assista aux réunions des examinateurs (2).

1. M. Janet [Fénelon] commet une erreur en adjoig;nant M. de Chartres à Bossuet et à M. de Noailles. Il se trompe également en omettant M. Tronson et en ajoutant le nom de Fénelon. — M. Tronson avait alors soixante-quatorze ans. Bossuet laisse donc échapper une petite erreur dans sa Relation sur le Quiétisme, quand il se dit le plus âgé des trois examinateurs : il avait cinq ans de moins que M. Tronson.

2. C'est dans ce sens qu'il faut rectifier les assertions de i\I. Faillon ( Vie de M. Olier, III, 229).

Un manuscrit, \& Journal de M. Bourbon, le secrétaire de M. Tronson, nous permet d'affirmer tout ce qui suit. Ce manuscrit existe à la

■jX FENELON DIRECTEUR DE CONSCIENCE

Un projet en trente articles fut proposé à Fénelon, qui ne fut pas satisfait : on ne s'expliquait pas suffisamment sur deux points : l'amoiir désintéressé et l'oraison passive. Il fit lui-même un contre -projet en trente-trois propositions que Bossuet rejeta. Cependant on avait senti qu'il fallait ajouter aux trente premiers quelques articles lui donnant jusqu'à un certain point satisfaction. D'après la relation de Dupuy (i), gentilhomme de la manche auprès du duc de Bourgog"ne, « M. de Châlons pressa fortement M. de Aleaux sur ces choses qui lui paraissaient justes et nécessaires ». Cette circonstance doit être exacte; à la suite du projet de Fénelon, sont ajoutés de sa main deux articles avec cette note : « Les deux propositions suivantes me furent données par M. l'évêque de Chàlons, après les trente premières auxquelles ces deux-cy furent adjoutées pour tempérer les autres. » Ces deux articles figurent à peu près dans les mêmes termes aux numéros 13 et 33 de la rédaction définitive. Ils concernent précisément deux points sur lesquels Fénelon insistait dans son projet : l'abandon parfait et la charité qui domine et règle tous les actes des vertus chrétiennes.

Après l'addition de ces deux articles, d'un autre qui devint le douzième et la correction de l'article 29, l'archevêque de Cambrai ne fit plus de difficultés et se déclara prêt à signer.

Le secrétaire de M. Tronson, M. Bourbon, rédigea quatre copies de trente-trois articles. N'ayant pas assisté à la séance, il ne prit pas garde, en rédigeant le soir même son journal qu'un trente-quatrième article

Hibliotlièque du séminaire Saint-Sulpice. Les pages de l'année i6.)5 sont complètes. Ce bon M. Hourbon notait avec soin les visites des deux prélats de Meaux et de Chàlons.

Page 1