‹ Fénelon, directeur de conscienceChapitre 80 sur 250 · Œ. C, VII, p · texte numérisé non relu

Œ. C, VII, p

faculté du « vouloir » ; c'est le dégrader que de le conduire sans raisons comme la brute. Il a droit à savoir le pourquoi et les causes ; sa volonté ne veut suivre que sa pensée. Soyez maîtres, commandez ; mais parlez à la raison.

« Ne pressez point N... Il ne faut demander qu'à mesure que Dieu donne... Il ne faut ni semer ni labourer quand il grêle et que la terre est dure... Quand Dieu voudra donner une plus grande ouverture, vous vous tiendrez toujours toute prête pour suivre le signal, sans le prévenir jamais (i). » C'est ainsi que Fénelon respecte les voies de Dieu. Il ne sort pas de son rôle de directeur, il ne pense jamais à l'àme que Dieu attire, il attend : « Pour la personne dont vous me parlez, vous n'avez qu'à faire ce que j'imagine que vous faites, qui est de l'attendre, de ne la pousser jamais, de la laisser presser intérieurement à Dieu seul ; de lui dire ce que Dieu vous donne quand elle vient à vous ; de le lui dire doucement, avec amitié, support, patience et consolation (2)... Quand Dieu voudra vous faire passer dans un autre état, il vous y préparera insensiblement. Je serai volontiers votre instrument de mort par cette dépendance de la grâce (3). »

Ecoutez ces nobles et sages conseils, qu'il adressait à un supérieur de communauté, et comprenez que l'homme, qui parlait ainsi, n'était pas un despote; oderint, dtwt uiettiant, dit celui-ci; aimez-moi, dit Fénelon, et je vous commanderai. « Si vous voulez gagner à Dieu vos inférieurs, ne vous mettez point d'abord dans l'esprit un projet de régularité trop exacte... Mais faites vous aimer, et faites sentir que vous aimez Dieu... Conduisezles, non par des décisions générales, mais en vous proportionnant aux besoins d'un chacun. 11 faut se faire

I. Gi. C, VIII, p. 554. — 2. Ibid., p. 554. — 3. Ibid., p. 558.

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tout à tous par un discernement de grâce et supporter les faibles pendant qu'on perfectionne les forts... se contenter de peu. Ce n'est pas qu'on rabatte rien de la loi de Dieu, ni des règles de son état ; mais on tolère ce qu'on ne saurait empêcher ; on attend, on espère, on montre de loin le but, on tâche d'encourager ceux qui n'osent même le regarder ; on les accoutume peu à peu à faire les premiers pas. Dieu donne la bénédiction à cette conduite douce et patiente (i). »

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