METHODE DE DIRECTION IJ
dentés, posées dans votre maison pour éclairer et pour embraser vos enfants ? »
Le pieux archevêque ne manqua jamais à personne. Au milieu de ses occupations, de ses discussions, de ses tristesses, il éclaire les âmes ; il fortifie les unes, il console les autres ; il ne se décourage jamais. A Versailles, à Cambrai, tous lesjours il multiplie ses conseils ; quand il ne peut parler, il écrit. Ces lettres, que Fénelon envoyait dans la confiance de l'amitié, qu'il ne se donnait pas même le temps de relire, puisqu'on n'y apercevait jamais aucune rature ni aucun changement dans les expressions ; ces notes fugitives où il s'abandonne par une effusion spontanée à tous les sentiments d'un cœur passionné pour la vertu, sont devenues un recueil précieux où les âmes religieuses vont puiser le goût et les maximes de la piété la plus sublime et la plus pure. C'est avec Fénelon qu'elles aiment à se recueillir dans le silence de cette vie intérieure où l'àme, détachée de toutes les affections humaines, semble remonter à sa noble origine, en se plaçant en présence de la divinrté seule, pour y vivre de son amour, y contempler sa gloire et participer, autant qu'il est en elle, au bonheur de la posséder un jour dans toute sa plénitude.
Voici que maintenant des personnes s'adressent à Fénelon ; écoutons-le, nous entendrons parler le directeur idéal de la Lettre sur la direction.
A l'Electeur de Cologne qui lui demande des conseils sur sa conduite : « Il vous faut, Monseigneur, unhomme de Dieu séparé de toute intrigue et de toute affaire mondaine. . . , qui soit instruit des règles de l'Eglise et qui puisse vous les proposer par rapport aux besoins de
VOS grands diocèses (i). » Ce n'est pas Fénelon qui doute de la nécessité d'un directeur: « ...Pourvu qu'il (le comte de Gramont) ne fasse aucun pas, même dans le bien, que par les conseils d'une personne sainte et expérimentée, tout ira à merveille (2). »
Notre conduite est tout indiquée : obéir à son directeur et lui ouvrir son âme : « N'obéissez point à un hoinme, parce qu'il raisonne plus fortement ou parle d'une manière plus tranchante qu'un autre, mais parce qu'il est l'homme de la Providence pour vous. . . Le directeur ne nous sert guère à nous détacher de notre propre sens, quand ce n'est que par notre propre sens que nous tenons à lui {3). » Il faut tout dire : « On ouvre son cœur ; on guérit ses peines en ne les gardant point ; on s'accoutume à la simplicité et à la dépendance ; car on ne réserve que les choses sur lesquelles on craint de s'assujétir ; enfin on s'humilie, car rien n'est plus humiliant que de développer les rep';s de son cœur pour découvrir toutes ses misères : mais rien n'attire tant de bénédictions. Ce n'est pas qu'il faille dire tout ce qu'on pense ; on ne finirait jamais, et on serait toujours en inquiétude, de peur d'oublier quelque chose. Il suffit de ne rien réserver par défaut de simplicité et par une mauvaise honte de l'amour-propre (4). »
Cependant cette confiance ne doit pas être aveugle. Fénelon, qui nous mettait naguère en garde contre les médiocres directeurs, ne nous abandonne pas à la merci du guide de nos âmes et ne nous enlève pas le soin de notre salut pour le confier à autrui. « Obéissez simplement à votre directeur, sans écouter ni votre raison ni votre goût » ; il ajoutait même : « Vous avez les conseils d'un homme très éclairé et très pieux (5). n Il avait lu les incertitudes de sainte Thérèse, ses
1. Gî. C, Vlli, p. 441. — 2. Ibid., p. oiu. — 3. Ibid., p. 454. — 4. Ibid., p. 550. — 5. Ibid., p. 5^9.
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changements successifs de confesseurs ; il allait voir une sainte âme ég-arée par les imprudents conseils d'un religieux. Si Mme Guyon avait eu saint Jean de la Croix pour directeur, elle n'eut point goûté les joies de la persécution. Le P. Lacombe était incapable de diriger cette âme nerveuse, forte, enthousiaste que fut Mme Guyon. Le 2 juillet 1690, Fénelon écrivait à Seignelay : « Jésus-Christ veut tellement qu'on soit éclairé sur la loi, qu'il ne veut pas même qu'on s'appuie sur les décisions des gens que l'on consulte, si on a sujet de se défier d'eux et de craindre qu'ils ne soient pas assez exactement instruits. Si un aveugle, dit-il (i), en conduit un autre, ils tomberont tous deux ensemble dans le précipice » ; il ajoute : t II ne faut pas cependant courir sans cesse de docteur en docteur, et ne savoir jamais à quoi s'en tenir. C'est une incertitude qui va « troubler la paix de toutes les consciences (2). »
On a parfois accusé Fénelon d'être trop autoritaire. Il serait peut-être imprudent de voir toujours un défaut et une tyrannie [dans cette façon d'agir. Si l'autorité, battue en brèche sous le prétexte d'une prétendue égalité, est devenue si faible et si rare, ne devons-nous pas déplorer la disparition de cette vertu indispensable à la force des nations ? L'autoritaire exagéré commande sans raison sérieuse, siat pro ratione vohmtas. Il ne comprend pas la plus timide objection, il s'étonne et se fâche quand on le contredit. C'est le despotisme, l'ennemi mortel de la liberté et qui met sa joie et son ambition à commander des troupeaux d'esclaves.
Fénelon sait mieux apprécier la valeur et mieux respecter les magnifiques splendeurs de l'àme humaine. L'homme est roi de l'univers par cette merveilleuse