Cf- Uttre X\XVIll, p. gW cl n
est toujours tendante ^ directement à sa fin ; et que ne se recourbant^ point par le propre intérêt, elle est comme une flamme toujours droite, qui ne gauchit point, parce que le propre intérêt est fort amorti quant au fond, quoique non pas quant aux sentiments extérieurs. C'est pourquoi cette même bouche qui dit : « Je ne désire aucune perfection ; je suis indiflerent que Dieu verse les grâces dans un autre vase que dans le mien ; je laisse prendre à Dieu ce qu'il veut, mais je ne lui donne rien », dit en même temps : « Lorsque Dieu demande un morceau, je donne toute la pièce ^. » Gela ne fait-il pas voir un sacrifice réel, un abandon qui se forme dans l'intime de l'âme, sans qu'elle s'en aperçoive, à cause de sa souplesse? C'est comme celui à qui l'on prend quelque chose de ce qu'il lient, et qui ouvre la main, pour laisser prendre tout le reste, parce que son inclination est qu'on le prenne. L'amour est donc vivant dans ce cœur, quoiqu'il soit couvert de la cendre d'un extérieur plus éteint.
D'où vient que l'on paraît plus mort * dans l'état où vous êtes, que dans un état plus avancé ? C'est que les sens ne sont pas réveillés, — ils sont plus éteints, — et que Dieu, conduisant l'âme peu à peu, de foi en foi, de mort en mort, il s'agit présentement de mourir à tout désir et à toute tendance, quelle qu'elle soit. Or comme une tendance vers un bien, comme serait la perfection, serait une vie p/opre (puisqu'elle a notre propre satis-
1. Sur cet accord du participe présent, fréquent au itii* siècle, cf. Ilaase, loc. cit.^ § 91, d; cf. Lettres XIX et XXXVIII, pp. 69 et gS.
2. Cette métaphore sera reprise plusieurs fois par Mme Guyon et Fénelon ; cf. plus loin. Lettre CXVIII, p. 3o4.
3. Cf. Fénelon, Instructions, t. VI, p. 12(1, g : « Heureux celui qui présente hardiment toute l'étoffe, dès qu'on lui demande un échantillon ! »
4. Ici, comme dans presque toute cette correspondance, c'est de la mort mystique qu'il est question j cf. sa définition. Lettres VIII, p. 3i et LV, p. i/io.
iwite 4U cic ne p«ui iicii vuuiui. poui eue. m pai rup-
port d elle il faut qu ille demeure comme onla^ l'ail êlre de moment en moment et, comme le désir d'un bien propre ser-iit en effet de l'amour propre, il lui est Al6, cai on ne désire un bien pour soi, qu'autant que l'on s aime SOI même
Il n en est pas àt. même des sentiments extérieurs pour les biens exterieuis iionneurs elle reste; ils se réveillent souvent parce que comme ils n'appartiennent qu'à la \oionte animale celle-ci semble se fortifier par l'amorlisscmcnt de la supérieure. On est souvent surpris, qu en peidant toute soitedc bons désirs, il ennalt d'imparfaits a sa place il semble que l'on cesse de vivre dans le bien, pour vnre dans le mal. Cela n'est pas pourtant, quoique cela paraisse de la sorte. Le plus grand de tous les biens est. de n'avoir point d'autre volonté que celle de Dieu, quoiqu'elle semble détruire notre être moral et ■vertueux^ el de n'avoir d'amour que pour Dieu seul.