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T. III, Lettre CVI, p

86 FEXELON ET M"*- GUYON

Je n'entends les choses que comme vous les entendez *. Ce qui me paraît différent, et que je soumets avec une entière sincérité à vos lumières, c'est que je ne trouve plus ma première liberté, ni nul pouvoir de donner cette liberté à Dieu. 11 me paraît, qu'à force de la lui avoir doimée librement, il s'en est si fort emparé, qu'il me fait faire sans répugnance tout ce qu'il lui plaît, et que, lorsque je me veux chercher, je ne trouve rien qui subsiste. J'ai quelquefois fait effort pour tâcher de vouloir, sans en pouvoir venir à bout ; et, lorsque Dieu a voulu quelque chose de moi, et que j'ai voulu y résister le moins du monde, c'est-à-dire, retarder, différer, hésiter, me défendre, j'ai souffert ce que je ne puis dire, et il m'a été fait une contrainte absolue ; en sorte que je ne pouvais faire autrement que d'obéir à un plus puissant que moi. J'étais rejetée comme dans un enfer ; et, sitôt que j'acquiesçais, je rentrais dans une paix et un large de paradis.

Je sais, j'ai senti, j'ai éprouvé longtemps ma liberté, et combien elle m'a été funeste ; mais j'ai éprouvé que quelquefois Dieu veut bien reprendre une liberté qu'on lui remet librement, et il n'en laisse plus d'usage à l'àme, devenant lui-même sa vie et le principe de tous ses mouvements.

Je crois qu'une telle àme pourrait peut-être par effort,^ et après avoir bien souffert, se reprendre ; mais que cela est didicilc ! et comme il est rare que l'âme en vienne jusqu'ici! Il est difficile, lorsque l'on y est, de vouloir se retirer de la domination si douce d'un souverain qui se fait aimer avec d'autant plus de douceur, qu'il se fait obéir avec plus de force; et l'amour est si fort, que l'âme ne se trouve que souffrante et aimante, sans pouvoir vouloir autre chose. Cette action est pleine de vie du côté de l'âme, quoiqu'il ne paraisse point d'action, car il n'y

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