‹ Fénelon documents nouveaux et inéditsChapitre 160 sur 350 · Cf. Lettre X, p. 38, n · texte numérisé non relu

Cf. Lettre X, p. 38, n

4. Dans une lettre perdue, Fénelon disait sans doute à Mme Guyon le peu de goût qu'il avait à lire son commentaire du Penlateufue.

Je suppose cependant que vous n'ayez point de répugnance de le faire, Il me paraît qu'il est nécessaire que vous découvriez en vous (et vous le ferez d*abord) la différence des répugnances seulement extérieures et de la nature, à celles du fond. Car, comme votre état principal est et sera toujours de céder à Dieu, et d'être sous sa main comme une plume *, sans résistance (puisque c'est ce qui est votre attrait particulier) ; il est donc d'une extrême conséquence pour vous de savoir discerner, que tout ce qui répugne simplement à votre extérieur et à la nature (qui admet ce qui l'accommode, et rejette ce qui l'incommode par où je n'entends pas ce qui regarde votre corps, mais l'importunité des créatures et des événements de la vie), que, dis-je, toutes ces choses qui vous répugnent extérieurement doivent être portées en mort 2, s'y laissant comme une petite barque, exposée sans pilote à la merci des vents, et qui se laisse à ce qui l'entraîne, sans aucun choix ; mais, pour les répugnances du fond, loin de les combattre, il faut les suivre, parce que c'est Dieu en vous qui admettra ou rejettera ; et il faut s^y laisser conduire. A cela vous me répondrez : mais comment pourrai-je faire attention sur moi, pour suivre ou rejeter les choses ? Cela serait contraire à ma voie nue, qui n'admet rien. Ce que vous dites est vrai, si cela se faisait par attention ; mais, de même que l'état demeure le même, et que nous suivons notre train, sans y penser, lorsque nous ne trouvons point d'obstacle, — de même nous marchons toujours à la faveur de^ la lumière ténébreuse de la foi, tant que rien ne fait résistance et que rien ne répugne. Or la résistance et la répugnance se

I. Explication des Maximes, art. XXX, vraî. édit. cit,, p. aïo : « Une plume bien sèche et bien légère, comme dit Cassien, est emportée sans résistance par le moindre souffle de vent » ; cf. encore Leitres spirituelles, t. VIÏI, p. 71 4, g. -^

a. Cf. Lettre XIV, p. /|8, note 3.

iOO FÉNELON ET M™« GUYON

fait * connaître elle-même dans le moment qu'elle se rencontre, sans que Tâme reste en attention pour cela, comme un aveugle marche toujours, jusqu'à ce que, trouvant une muraille qui le borne, il comprend qu'il faut aller par un autre endroit, sans pour cela qu'il fasse nul raisonnement. Cédez toujours à Dieu en quelque état que vous soyez, et quoi qu'il puisse exiger de vous : vous serez toujours en paix. Résistez-lui le moins du monde ^, — voulant même lui plaire, — vous perdez aussitôt le centre, et il se fait des rides sur cette belle et tranquille mer^, qui se convertit même en orage et tempête, lorsque la simple répugnance à la volonté de Dieu devient une résistance* : Qui a pu résister à Dieu et vivre en paix^ ? Je ne saurais vous le dire trop, car cela sera la conduite de Dieu toute votre vie.

[Nécessité d'être éclairé, pour éviter les résistances.]

Vous voyez donc bien, Monsieur, que ce que je vous ai dit est très véritable : qu'il faut être arrivé à la parfaite indifférence, pour recevoir la pure lumière et suivre Dieu, car souvent il se cache si bien, qu'il se fait méconnaître ; il se déguise avec tant d'adresse, qu'il semble que ce ne soit point lui, mais une chose toute contraire. Gomment faire alors? Il faut le suivre cependant à l'aveugle. Celui qui est dans la parfaite indifférence, la-

1. Au xvii' siècle, le verbe se met souvent au singulier, lorsque le» sujets réunis par la conjonction et se présentent à l'esprit comme formant un tout ; cf. Haase, loe. cit., § i/i4, p. diô-g.

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