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De s'abandonner à Dieu sans raisonner

FENELON A M-« GUYON 121

versel, il vous fera peu à peu perdre les décisions de la raison ; et vous verrez que Dieu ne vous a fait si clairvoyant, que pour vous rendre plus aveugle, mais d'un aveuglement, qui vous paraîtra d'autant plus étrange, que vous ne pourrez l'éviter. Dieu se fait un jeu de détruire dans les plus grands hommes ce qu!il paraissait leur avoir donné avec plus de profusion, afin qu'ils se laissent conduire comme des enfants. Lorsqu'il instruit Nicodème, ce docteur fameux, il ne lui dit que des choses rebutantes, et propres à le dégoûter d'une doctrine qui paraît si contraire au bon sens ; et, quand il instruit la Samaritaine, il ne lui parle que de ce qui est le plus élevé.

Vous raisonnez assurément trop sur les choses : j'irais mon train le plus simplement que je pourrais, à moins que je n'éprouvasse une opposition visible, car de la plupart des choses, les providences* journalières en décident ; et des autres, un pur et nu abandon. Quand on est embarqué dans cette route, on va souvent à tâtons ; cependant on ne se méprend guère, quand on s'abandonne beaucoup à Dieu. Je vous plains, par ce que je conçois de la conduite de Dieu sur vous ; mais vous êtes à lui, il ne faut pas reculer^.

Je me sens la tête un peu brouillée sur la place dont vous parlez dans vos anagrammes*. Ce n'est

I. Sur ce sens de providence, cf. Lettre XXXIV, p. 83 et n. a.

a. Cette lettre, étant la réponse à la précédente, doit avoir été écrite vers la fin d'avril.

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