Cf. Lettre XXI, p. 64 et n. a
4. Commencement de l'épître pour la fête de la Trinité, déjà citée Lettres LXIII, p. i56, LXVI, p. i(33.
M-"» GUYOxN A FÉNELON 473
faille que tous les hommes soieat détruits, chacun pourtant a son moyen particulier. Je comprends le vôtre, par la miséricorde de Dieu ; cependant il m'est imposé silence là-dessus, parce que Dieu est jaloux, quoiqu'il veuille et ordonne que je vous dise une infinité de choses. S'il ne veut pas que je vous dise celle-là, il veut que je vous aide à y marcher, que je vous porte même sur mes bras et dans mon cœur, que je me charge de vos langueurs, et que j'en porte la plus forte charge. Je le veux ; j'aime mon jong a\ec une tendresse infiniment plus grande qu'une mcrc ne porte son enfant dans son sein. Je puis vous dire que Dieu m'a associée à votre €gard à sa paternité divine, de laquelle toutes les autres paternités dérivent. Je vous aime du même amour qu'il vous porte ; c'est pourquoi je ne fais nulle difficulté de vous le dire. Je ne trouve plus chez moi d'autre cœur poiir vous que le cœur de Dieu ; et il me semble que c'est ce cœur de Dieu en moi, qui doit vous communiquez tout bien, et porter tous vos maux. Oui, cela est de la sorte, et l'on veut que je vous le dise.
Ce que l'on veut aussi que je vous déclare, c'est que vous ne serez point conduit par les fortes croix ', par les peines violentes, mais par les faiblesses des enfants. C'est cet état d'enfance qui doit être votre propre caractère : c'est lui qui vous donnera toutes grâces. Vous ne sauriez être trop petit, ni trop enfant ; c'est pourquoi Dieu vous a choisi un enfant pour vous tenir com- •pagnie ^. et vous apprendre la route des enfants. Soyez donc petit et docile comme un enfant ; ne cherchez point d'autre disposition que celle-là ; vous n'avez rien à faire
1 . Cf. fragment d'autobiographie, p. 1 1 et n. :2 : a Aussi vois-je clairement quil ne sera point exercé par les fortes croix. »
2. Je ae »ais quel était cet enfant : un cousin ou un petit-neveu de Fénelon ? Il en sera d'ailleurs parlé par Fénelon lui-même dans la lettre du 5 juillet suivant, p. 19 1 : « Il y a céans un enfant de deux ans et demi, avec lequel je joue quelquefois un moment. »
ni à chercher hors de là : Tout s'opère chez vous par là : Si vous ne devenez point comme un enfant, vous n'entrerez pas au royaume des cieux^. Ce qui sanctifie les autres, ne vous sanctifie pas : il n'y a que le moyen particulier», qui le puisse faire dans l'ordre divin, car encore un coup, soyez assuré, qu'outre la conduite générale de destruction, il y a la conduite particulière pour chaque âme.
Oubliez donc, je vous en conjure, tout ce qui est de l'homme fait, pour devenir un enfant nouvellement né, car c'est uniquement ce que mon Maître veut de vous ; et, comme le petit enfant ne prend aucun soin ni souci de soi-même, il faut que vous vous oubliiez entièrement, et que vous perdiez même un je ne sais quoi dans les choses, lorsqu'on vous le dit, qui est : je ne veux que la volonté de Dieu"^. Un enfant ne sait pas s'il ne veut que cela : il laisse faire de lui tout ce que l'on veut ; il ne sait pas même raisonner sur ce que l'on veut et que l'on fait de lui ; si cet enfant tombe, il ne se relève que lorsqu'on le lève ; s'il est sale, il ne peut se nettoyer lui-même ; il n'a plus d'yeux pour pouvoir discerner ; il n'a nulle crainte, ni aucune peine. C'est donc là ce que Dieu veut à présent de vous.
Et, pour revenir à ce que j'ai quitté, je dis que, lorsque Dieu renouvelle en nous son image, il fond ^ cette âme, pour ainsi parler, afin delà faire changer de forme, et la mouler sur lui-même ; il la change et la transforme en lui. Alors elle ne vit plus, mais il vit en elle. Cette opération de détruire et de former Jésus-Chrit est attri- •