Crainte et gêne à l'égard de Fénelon
assurément, je ne serai plus gênée avec vous. Je ne trouve rien en vous qui me gêne, et la gêne est en ma timidité. Je suis persuadée que Dieu vous en fera plus connaître, que je ne vous en puis dire, et je suis très résolue d'aller avec vous, comme un enfant, quoiqu'il m'en puisse coûter. La résolution que j'en ai faite m'a rendu 1 1 liberté et la vie. Mon union pour vous est encore augmentée, et il me semble que le Seigneur 1*4 fait de son autorité.
Je vous ai écrit bien des choses, qui paraissent hors de saison *, mais on me le fait faire, et je n*ai qu'à obéir. L'on m'a lait concevoir que je ne vous devais point celer, ce que lait le Tout-Puissant. L'on m'a fait entendre que ce que je vous écris à présent fait un fond, qui établit l'âme (quoique de loin) dans la disposition, qu'elle doit avoir, lorsqu'il en sera temps. Elle se nourrit de la viande, qui lui doit être naturelle, afin de pouvoir supporter la mort. J'ai compris qu'il fallait vous faire une provision pour l'hiver. Notre-Seigneur veut que je sois telle pour vous, que, quand je consumerais ma vie à votre service, je la trouverais très bien employée. Je ne puis faire autrement, sans que j'en pénètre la cause, et puis vous protester, qu'il n'y a en cela rien de naturel, et quoique je sois aussi misérable que je la suis, cela est tellement mis en moi par un autre, que je ne puis que me laisser conduire. Recevez donc ce qui vous est donné, et soyez persuadé que, quoique vous ne découvriez pas la nécessité de ces choses, elles serviront de lond à votre édifice spirituel, et d'antidote contre les craintes de se
I . Le paragraphe qui commence est la reproduction presque identique de la Lettre XXVI, p. 71-8. Avec un autre écrivain que Mme Guyon on pourrait supposer une interpolation dans lune de ces deux lettres. Mais il faut se rappeler ce qu'elle dit delle-même (Lettre IV, p. 26) : (( J'ai si peu de mémoire que j'oublie ou j'use de redites » Ces « redites » se trouvent fréquentes dans le reste de son œuvre.
perdre; et, quand tout ne servirait de rien, je serais trop bien payée de vous avoir donné des preuves de ce que je vous suis et d'avoir obéi.
Renvoyez-moi les livres qui vous sont inutiles. Je ne me suis jamais trouvée à Tégard de personne, comme je me trouve au vôtre. Jamais je n'ai goûté un cœur comme je goûte le vôtre. Qu'il est propre pour Dieu ! Ce 5 juillet 1689».
Je n'ai rien senti, Madame, depuis deux jours, que la paix sèche '^ dans rame, et dans le corps une langueur qui me tient comme anéanti. En cet état je ne fais rien, que porter le fardeau de moi-même ; même m'échappe-t-il des airs, des regards et des tons si secs et si dédaigneux, que je m'étonne qu'on puisse me souffrir. Je ne fairs aucune oraison suivie. Mais il me semble que ma réalité est plus abandonnée qu'elle ne l'a été jusqu'à présent, quoique la présence de Dieu soit moins facile et moins goûtée. Il n'y a guère d'amis dont la conversation ne me fatigue*. Tout m'est difficile et dégoûtant au dehors, et je ne trouve rien au dedans, pas même la liberté d'esprit,