I. Texte de Dutoit : qu'il
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le directeur savant et expérimenté * connaît certainement qu'il n'y a point de péché en ce qu'elle a fait, que par conséquent le ministère des clefs n'y a pas de lieu, et que l'âme n'y aurait recours que pour nourrir son scrupule ou le soulager contre l'intention de Dieu, qui veut qu'elle soit sans ressource, et qu'elle achève de mourir dans cet abîme d'iniquité apparente. 6® Le sage directeur observera encore toute la conduite passée, tous les divers degrés d'oraison, où l'âme aura été, comment ensuite elle aura été dépouillée de tous les dons aperçus, et enfin toutes les circonstances de son intérieur et de son extérieur présent, pour mieux juger par toutes choses ramassées de sa bonne foi, et de la réalité de l'opération de Dieu en elle.
Mais comme ces choses sotat rares, qu'elles peuvent être imaginaires et contrefaites, qu'enfin en les publiant, il y a plus de danger à causer à la multitude des hommes, faciles à scandaliser ou à jeter dans l'illusion, que de bien à faire à ceux qui en ont besoin véritablement, je crois qu'il est hors de propos d'écrire sur ces purifications passives, et qu'on doit se contenter d'en laisser instruire le petit nombre des âmes éprouvées par les entretiens secrets d'un sage directeur, à mesure que les besoins pressent*.
1 . Ces deux conditions de science et d'expérience sont indispensables : la seconde, dans la pensée de Fénelon, plus encore que la première, car « il y a beaucoup de directeurs savants et pieux, sans expérience... qui n'ont jamais senti l'amour pur et désintéressé » (^Lettres spiriiuelles^ t. VUl, p. 5o4, ^ = t. VI, p. 128, g).
3. Cette lettre doit être du 9 ou 10 juillet. Mais la copie sur laquelle Dutoit l'a publiée n'était pas complète. On verra, en effet, par
Il en est de ces tentations comme vous le dites ' ; mais c'est qu'il y a quelquefois des personnes, qui n'éprouvent en elles nulles tentations violentes, mais de simples faiblesses, qui les affligent d'autant plus qu'elles en pénètrent moins la cause : c'est le fonds de péché pris en Adam.
Mais il y en a d'autres qui se trouvent dans des épreuves, qui font mourir de douleur ceux qui Jes souffrent, (et cela) malgré eux. Il serait très diÎTicile de se mettre de soi dans ces épreuves. Il peut bien y avoir de l'illusion dans le désir des choses sublimes, et en se figurant des lumières, qui souvent viennent plus de la débilité du cerveau que de Dieu ; mais qui serait assez ennemi de soi-même, pour se livrer à des tourments intolérables, où il n'y a pour la nature que rage et fureur, de n'avoir qu'une peine sans nul plaisir, et pour l'esprit un désespoir entier, se voyant, ce semble, plongé dans le désir d'une chose qu'il ne peut avoir ?
La simplicité est le propre et le principal caractère de ces âmes (qui y sont véritablement). Défiez-vous toujours d'une personne qui manque de simplicité. Loin que ces personnes (les simples) cachent leurs misères, elles en sont si pénétrées, qu'elles les publieraient aux carrefours, si on le leur permettait, et elles en sont si
la lettre suivante de Fénelon (p. 2o4) que celle-ci devait contenir quelques conseils de discrétion et le récit d'une conversation avec Mme. de M[aintenon (?)].
1 . Les différents morceaux de cette lettre se trouvent : t. II, Lettre GV, p. 296-800 et t. V, Lettre LXV, p. 397-9. Mais les indications de Dutoit sont cette fois trop imprécises pour permettre une reconstitution certaine. Je donne ici celle qui m'a paru le mieux respecter la suite des idées.
2. Dons la lettre précédente (p. 196-9), à laquelle celle-ci repond.
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fort humiliées, qu'elles se regardent comme l'opprobre des hommes. Il est vrai que, lorsqu'elles sont prêtes de sortir de ce misérable état, elles changent de disposition, demeurant contentes, abandonnées et résignées entre les mains de Dieu, de telle sorte qu'elles ne peuvent plus s'affliger de leur mal ; mais, entrant dans les intérêts de Dieu, tournées qu'elles sont contre elles-mêmes, elles acceptent en paix le décret éternel qu'il leur paraît que" Dieu a prononcé contre elles ; et, acceptant volontairement un malheur nécessaire et inévitable (à ce qui leur paraît), elles demeurent mortes sous le couteau de la divine justice, qu'elles aiment même dans la punition^ qu'elle semble leur préparer. Loin de cacher leur mal, elles l'exagèrent même d'une manière étrange, à moins que l'on n'y prenne garde. Leur obéissance est parfaite, à moins que Dieu quelquefois, pour expérimenter le directeur même, ne les mette dans l'impuissance absolue d'obéir. Il est si aisé de connaître une âme de cette sorte, que, si une telle âme tombait entre les mains des gens même prévenus, sa docilité et sa candeur les convaincraient.
• Gomme l'on n'a en cet état nulle peine à faire connaître ses misères, bien différentes des états qui l'ont précédé, qu'au contraire la plus grande peine est de s'empêcher de les publier et de les dire à d'autres qu'au directeur, que, les disant, même lorsqu'on n'en reçoit pas l'absolution, il est aisé de voir, que si l'on ne se confesse pas, c'est parce que l'on veut obéir, puisque l'on subit par là ce qu'on appelle la peine de la confession pour d'autres âmes, qui est la déclaration, et l'on est privé du soutien qui est l'absolution *. Quoique la soumission que j'ai pour tout ce que vous me dites me fait croire que j'ai mal fait de vous avoir écrit sur les puri-
I. Sic : la phrase reste inachevée, négligence de Mme Guyon, faute du copiste ou de Tcditeur.
fications passives *, je ne saurais m'.en repenlir, puisque, si je m'étais méprise, j*ai un extrême plaisir que vous le connaissiez, n'ayant dessein de tromper personne, surtout vous, Monsieur, que j'honore au point que Dieu sait. Si j'ai dit vrai, l'expérience que vous ferez peut-être un jour de ces choses, vous rendra la connaissance que vous en avez utile. Je vous prie de le brûler ^. promettant de "brûler l'original que j'écrivis dernièrement. Vous m'obligerez sensiblement d'en faire de même de tout ce qui vous paraîtrait trop poussé, vous assurant que vous me ferez toujours une très grande grâce de me faire connaître mon erreur. Vous le devez, ce me semble, à ma bonne intention et à la confiance que Dieu me donne en vous.
Je n'ai prétendu appuyer ni autoriser le moins du monde certaines créatures, qui rôdent partout pour tendre des pièges, qui sont des suppôts de Satan, qui n'ont que la malignité, la fourberie, la dissimulation, et qui se servent du masque de la piété, pour commettre toutes sortes de crimes^. Gélles-là je les abhorre plus que l'enfer, et plût à Dieu (dussé-je être confondue avec les coupables) qu'elles fussent bannies de dessus la terre. On a une douleur d'autant plus juste à leur occasion, qu'elles corrompent par leur malignité ce qu'il y a de plus saint, afin de rendre la sainteté abominable, et de
I. Ce sont CCS épreuves et tentations, dont Fénelon a parlé dans la lettre précédente, p. 198-9.
a. L'opuscule sur les « purifications passives ».
3. Ceci est sans doute une allusion aut (( filles du P. Vautier », dévotes plus que suspectes, qui essayaient de compromettre Mme Guyon. Dans une lettre au duc de Chevrcuse du 2 juillet 1693, elle raconte cette histoire comme- datant déjà de « plusieurs années » , ce qui contribue à rendre vraisemblable l'identification que je propose ; <( J'ai toujours eu en horreur, dit-elle, un grand nombre de filles exécrables, qui courent dans Paris, qui étaient à un père qui s'appelait Vautier, et qui, selon le rapport que l'on m'a fait de lui, peut être appelé le chef de la synagogue de Satan » (Œuvres de Fénelon, t. IX, p. 10, g).
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décrier par là les vrais serviteurs du Seigneur, qui, Faimant de tout leur cœur, sont avec plaisir ballottés par sa Providence dans les misères et les humiliations les plus étranges.
Il y a deux manières de juger des âmes : la première et la plus commune est celle que vous dites, par ce qu'elles ont été, et par la conduite de leur vie ; la seconde, par un goût intérieur, qui vous rend un assuré témoignage de Dieu en Tâme. Celle-ci est la plus sûre marque.
L'envie que j'ai que vous me connaissiez à fond, me donne toujours plus de désir que vous voyiez ma Fie* ; mais, comme elle serait trop longue, je la mettrai en abrégé et je ne mettrai que l'intérieur, avec la conduite extérieure indispensa^blement nécessaire à se faire connaître ; car, quoique je ne puisse me défier de mon Dieu et que je sois aussi contente d'être trompée que de ne l'être pas, je crois que je dois soumettre toutes choses a votre jugement ; et je vous prierai de la lire par charité, afin que vous jugiez de tout.
Quoi qu'il en soit de moi, quand je serais un démon, je ne saurais m'empêcher de vous prier, au nom de Dieu^ de n'entrer jamais en défiance de votre grâce ni du don de Dieu, et de marcher le sentier qu'il vous a tracé luimême, car, quoique ce soit le chemin de la mort, c'est la source de la vie. Quand il me faudrait mourir comme une infâme, je me trouverais trop bien payée d'avoir pu vous dire ce que je ne doute point que Dieu ne veuille de vous. Je vous dirais volontiers que Satan a demandé de vous cribler^, mais que votre foi ne défaudra pas ; et, comme Dieu vous conduit par la plus pure foi, il a voulu