‹ Fénelon documents nouveaux et inéditsChapitre 252 sur 350 · T. V. Lettre LXXXVI, p. dSg./i/la · texte numérisé non relu

T. V. Lettre LXXXVI, p. dSg./i/la

3. S*agit-il du petit voyage avec M. de P., dont il est parié dans la lettre du 5 juillet, p. 19a ?

à votre égard, et quelque goût pour des choses mondaines, avec une distraction et une sécheresse continuelle. Mais j'ai été d'ordinaire dans un état fixe, et même, dans les petits intervalles de tentatioti, que je viens de vous dire, je demeurais sans peine uni à Dieu par le fond de la volonté. Votre lettre*, que je viens de recevoir, me donne une vraie joie, et je crois avoir grand besoin contre ma propre sagesse des choses que vous y marquez. Mais, quoique je sois encore de beaucoup trop sage, je crois néanmoins qu'il y a des choses sur lesquelles je me laisse aller, sans m'écouter moi-même. On est plus embarrassé sur cet article que sur tout autre, car on sait certainement par l'Evangile qu'il y a une vraie sagesse*, qu'on ne se doit jamais dispenser de suivre : on craint de manquer la vraie sagesse en évitant la fausse ; et, dès qu'on veut discerner, on s'embrouille. Cependant je trouve dans la pratique,, que Dieu m'épargne assez souvent cet embarras. Je suis, sans beaucoup raisonner, les vues, qui me viennent, avant l'action. Quand l'action est faite, je ne me mets point en peine des fautes que j'ai commises. Tout au plus, si j'en aperçois quelqu'une^ qui tire visiblement à conséquence, j'attends en paix que Dieu m'offre quelque ouverture naturelle, pour la réparer. D'ailleurs je croirais manquer à l'abandon,, si je voulais me marquer la voie et la régler, en sorte

1. Non pas la lettre précédente, mais une lettre perdue, datée du jour même où Fénelon écrit, c'est-à-dire du dimanche 17 juillet ; cf. le début de la lettre suivante.

2. Fénelon a déjà insiste sur cette idée dans sa lettfe du 6 avril ,. p. io3.

FÉNELON A M-» GUYON 2Ji3

que je me bornasse à ne passer point par certaines épreuves ou par certaine humiliation, sans savoir quelles. Je veux aller sans savoir où, partout où Dieu me mènera, pourvu que ce soit lui * ; mais je ne voudrais pas me dépouiller de ma propre sagesse, pour marcher à l'aveugle, sans savoir que c'est celle de Dieu qui m'en prive. L'état de pure foi demande bien qu'on ne cherche à rien voir, pour le chemin par où Dieu me conduit, mais il ne demande pas qu'on marche, sans savoir si c^est Dieu qui nous fait marcher; autrement ce ne serait plus foi en Dieu, mais foi en son propre égarement. Je n'ai pas besoin de tout ceci à votre égard, et je ne le dis que pour éclaircir les règles générales, car d'ailleurs je suis très persuadé que Dieu vous mène, et moi par vous. Je suis en lui tout ce qu'il veut que je vous sois.

J'irai chez M. de C [hevreuse] savoir des nouvelles du mariage de Mademoiselle votre fille*. Et je compte toujours d'avoir^ l'honneur de vous voir le jour de la Magdeleine. Ce 17 juillet 1689.

1. Instructions, XllI, t. YI, p. gS, d: « Suivons Dieu par la route obscure de la pure foi... marchons, comme Abraham, sans savoir oh tendent nos pas ». Ce conseil revient souvent dans les Lettres spirituelles, t. VIII, p. /i88, d, 5io, g, 503, d, Syo. g, etc., etc ; cf. sur oc point, la dilTérencc des formules de Fcnelon et de Mme Guyon, Lettre XV, p. 49 et n. i.

2. Le mariage avec le comte de Vaux dont il a déjà été question dans les Lettres LXX et LXXII, p. 169, 177.

3. Construction frccjuentc au xvii« siècle et plus particulièrement chez Fénelon ; cf. Lettres spirituelles, t. VIII, p. 712, rf : « Je compte «l'aller vous rendre nu*s devoirs » ; Dialogues des morts, LXXI, t. VI, p. 323, g : « Je comptais d'achever dans le cloître ma vie » ; cf. encore Lettres spirituelles, t. VIII, p. O'jg, d, CO2, g, etc., et Haasc, loc, cit., § H2, p. 299.

su KÉNELON ET M« GUYON

LXXXVm. — M«« GUYON A FENELON '

Je vois par votre réponse ^ que vous n'avez pas reçu la première lettre que je vous ai écrite, il y a cinq jours ^ ; et par conséquent, avec le peu que je me suis expliqué, il vous a été difficile de m*entendre. Pour vous exposer toutes choses avec simplicité, je vous dirai, que la peur d'être importune m*a fait prendre la résolution de résister autant que je pourrai aux mouvements de vous écrire ; cela m'a tellement fait souffrir, que, ne le pouvant plus porter, je vous ai écrit dimanche matin *. Je ne veux pas assurément que vous vous dépouilliez de votre sagesse par vous-même, mais ce que je voulais dire, c'est que Dieu veut que vous écoutiez celte pauvre créature, quoiqu'elle soit si peu raisonnable, et que j'ai cette confiance, que, malgré tout ce que je suis. Dieu ne permettra jamais que je vous entraine en nulle chose* qui puisse vous faire aucun tort dans le monde ^. Mais, que je puisse avoir avec vous des réserves, cela me parait plus dur que la mort ; et ce que je souffre depuis quelques jours, me fait voir la chose impossible. Je vous demande donc, au nom de Dieu®, de trouver bon que, sans me mettre en peine des tentations que vous pourriez avoir contre moi, je vous dise bonnement toutes choses. Non que je prétende en nulle manière vous engager à [ne]' suivre que ce que Dieu vous fera connaître être

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