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T. V. Lettre XLIV. p. SoS-SaG

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pure foi*. Agréez que je vo|is dise ce que j'en entends et ce que j'aurais besoin d'en entendre plus distinctement.

Pour l'état d'une âme, que Dieu tire du péché et qu'il avertit parles sentiments ordinaires de pénitence, je ne le compte point ^, parce qu'il n'a rien de particulier par rapport à la voie dont nous parlons, et qu'il est commun à toutes les voies différentes de grâce.

Le premier degré qui commence à distinguer cette voie est donc le recueillement ^ et l'oraison simple, où l'on se sent attiré à mortifier les sens extérieurs, mais d'une manière active, quoique moins multipliée*, c'est-à-dire, que dans ce degré il y a trois circonstances, une oraison moins multipliée, une mort qui se répand dans les sens extérieurs, enfin une activité'* par laquelle on tend à cette simplicité et à cette mort des sens, extérieurs.

Le second degré est celui de la foi passive', où Dieu ôte peu à peu les goûts sensibles, en sorte qu'on perd

1. C'est le Petit abrégé de la Voie et de la Réunion de l'dme'd Dieu. dont Mme Guyon lui avait promis l'envoi dans la Lettre VI, p. 38 et n. I (Opuscules, édit cit., t. II, p. 3i5-3/i?<).

2. « Le premier degré est le retour à Dieu » (Petit abrégé de la Voie, etc. y I, § i, p. 3 17). Fénelon « ne comptant point » ce degré, son classement retardera d'un numéro sur celui de Mme Guyon.

3. ((Il lui est donné ensuite une touche efficace dans la volonté, qui 'invite au recueillement et lui apprend que Dieu est au dedans d'elle » (Abrégé, id., p. 517).

4. Reprise des termes dont Mme Guyon s'est scryic précédemment (Lettre du 37 juin 1689, p. i8^5).

5. (( Eflcts du second degré : activité savoureuse » (id., id., p. 317).

6. « Troisième degré : déchet d'activité et de forces par une passi- \cté savoureuse ; destruction des sentiments intérieurs » (i<i., § III, p. 33a).

peu à peu les sentiments intérieurs, comme on perdait dans le degré précédent les extérieurs, mais avec celte différence, que dans le degré précédent on mourait par effort et par vue active aux sens extérieurs, et que, dans ce second degré, on meurt au goût et aux sentiments intérieurs d'une manière qui commence à être passive, c'est-à dire, qu'au lieu que dans l'autre degré, par un goût intérieur qui était sensible, on agissait avec force sur soi-même, pour mortifier ses sens, dans le second degré, on laisse l'Esprit de grâce amortir peu à peu les goûts sensibles et intérieurs qu'on avait eu jusqu'alors pour les vertus.

Le troisième degré est un dépouillement universel *, qui se fait peu à peu des dons aperçus. Comme le degré précédent avait déjà ôté les dons sensibles et intérieurs, ainsi dans ce troisième degré la foi qui commençait déjà à être sèche, et dépourvue des goûts sensibles, devient peu à peu nue^, en sorte qu'elle parvient enfin à n'avoir plus rien, qui se fasse apercevoir à l'âme. Tandis que l'âme aperçoit sa foi, quoique sèche, et son abandon, — quoiqu'elle ne goûte rien de sensible ni dans les sens extérieurs, ni même dans l'intérieur, — elle se soutient par la vue des dons qu'elle aperçoit^, plus ils sont purifiés du

1. « Quatrième degré, de foi nue : double dépouillement, le douloureux cl le languissant» (trf., § IV, p. Sa/i)

2. Lettre à la comtesse de Gramont du 'ii juillet iCgo, t. VIII, p. Ct)o,rf : « Quand on est dans la foi sèche et nue, alors on se décourage. »

3. « Plus les sens sont amortis par ce courage de l'àme, plus 1 amc voit sa vertu et se soutient par son travail » (^Iristruclionsi XXII, t. VI, p. lai, //): cf. surtout plus haut Lettre XIII, p. dû et le texte cité, n. i.

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sensible, plus ils donnent à Tàme maigre leur sécheresse, la confiance qui la peut soutenir, car elle se rend ce témoignage que ces dons pour être plus secs n'en sont que plus purs*. Il faut donc un plus profond dépouillement pour l'arracher à elle-même et pour lui ôter sa propre vie ; c'est ce que Dieu fait en lui ôtant peu à peu dans ce troisième degré tout son aperçu ^, comme il lui avait ôté dans le second tout son sentiment intérieur.

Le quatrième degré est celui de la mort^; il consiste dans une entière extinction de toute répugnance à tous les divers moyens dont Dieu se sert pour desapproprier l'âme d'elle-même : en cet état, l'âme, qui avait été jusqu'alors, pendant le degré de nudité, dans les douleurs de Tagonie par les derniers dépouillements qu'elle avait soufTerts, expire enfin, c'est-à-dire, qu'elle cesse à* répugner à tout ce que Dieu veut en elle; dès ce moment, elle est comme un corps mort, insensible à tout, qui ne résiste à rien, et que rien n'offense.

Le cinquième état est celui de résurrection^, où Dieu rend peu à peu à Tâme, et avec une alternative de vie et de mort, tout ce qu'il lui avait ôté dans le troi-

1, Lettre au marquis de Blainville du 7 août 1689, t. VIII, p. 5i4, gi <( Cet attachement à Dieu, tout sec et tout nu, est bien plus pur, »

2, Cf. Lettre XCVI, p. 287 et Lettres spirituelles, t. VIII, p, 563, d,

3, « Cinquième degré, ou état de mort mystique... Cette mort est souffrante jusqu'à sa consommation » (^Abrégé, id., § V, p. 33o).

ti. On trouve souvent au xvu" siècle la même construction avec oublier, retarder, risquer, etc. ; cf. Haase, /. cit., § 12/1, p. 344-7. 5. « Résurrection de l'âme » {id., II, § I, p. 336).

sième degré, qui est celui de la nudité*, c'est-à-dire que Dieu , après avoir peu à peu arraché à l'âme tout son senti ou aperçu, après l'avoir mise dans l'entière, cessation de toute action propre, pour la désapproprier de son mouvement naturel et propre, lui rend en passiveté tout ce qu'elle avait autrefois dans son activité; au lieu qu'avant la mort et le dénûment'^, elle agissait par elle-même pour le reste, alors elle ne fait plus que laisser faire à Dieu tout ce qu'il veut en elle: mais, comme la mort mystique n'opère dans cette âme qu'une extinction de toutes répugnances à tous les divers moyens dont Dieu peut se servir pour la désapproprier d'elle-même, et qu'en cet état elle n'a fait que cesser d'agir d'une action propre, et pour recevoir passivement toutes les impressions de Dieu, — il reste encore, pour une entière désappropriation, à la faire agir d'une manière purement passive. Pour entendre ceci, il faut se représenter, qu'il y a dans l'état passif, comme dans l'actif, l'agir et le pâtir ; on agit activement, quand on agit par sa propre action ; on pâtit activement, quand on reçoit quelque impression par un consentement fait avec propriété; de même, on agit passivement, quand on agit par une action, qu'on ne se donne point à soi-même, et qu'on reçoit de l'impression de Dieu ; on pâlit aussi passivement,

1. « Mais attendez- que riihcr soit passe, et que Dieu ait fait moii< - rir tout ce qui doit mourir ; alors le printemps ranime tout » {Instructions, XXIII, t, VI, p. 12G, d),-

2, Cf. Lettre d la marquise de Bisbourg, s. d., t. VIII, p. 71/i, g, sur, la soupleasc aux impressions de Dieu, qui mène a à l'obscurité de. la foi, au dénûment total ».

quand on ne fait simplement que céder à quelque impression divine, qui ne porte à aucune action. Cela posé, je dis qu'il me semble, qu'après que l'âme, par le dénûment et par la mort, a perdu toutes répugnances aux impressions'de Dieu pour se désapproprier d'ellemême, et qu'ainsi elle est demeurée paisible, immobile j indifférente, patiente dans cet état passif*, — il reste encore une dernière chose pour mettre le comble à sa passiveté, qui est qu'elle devienne passivement active, c'est-à-dire, qu'elle soit aussi souple à toutes les actions que Dieu lui donnera, qu'elle a été jusqu'alors souple à toute inaction, à toute privation, à toute la suspension, ou toute la souffrance où Dieu l'a' mise jusqu'à la mort ; ainsi ce cinquième degré de résurrection est un degré, où l'âme souffre encore pour achever de se purifier et de se désapproprier d'elle-même par l'action, comme elle s'était désappropriée auparavant par la non-action.

Le sixième et dernier état est celui, où l'âme, ayant achevé de ressusciter et de recevoir la vie divine en la place de la vie propre, se trouve anéantie et transformée-; elle est alors anéantie, parce qu'il ne lui reste, plus rien de sa volonté propre, ni pour agir ni pour patir. Elle est transformée, parce que la vie et la volonté de Dieu sont en la place de la sienne propre. C'est l'état de saint Paul, qui vivait, mais ce n'était

1. a II faudrait être dès cette vie, comme le& âmes du purgatoire ^isibleset soUpl'es sous la main de Dieu »• {Leitres spirituelles » t. VIII, p. 573, g).

2, « Fécondité de I ame transformée » (^Abrégé, II, § II, p. 336).

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plus lui, c'était Jésus-Christ, vivant dans sa volonté morte à tout\ Alors l'âme, — qui avait demeuré si longtemps à mourir avec tant de douleur à sa propre diction, et qui ensuite avait encore demeuré si longtemps à mourir à son inaction, et à reprendre l'action rendue sans propriété, — commence à agir et à . pâtir indifTéremment sans aucune peine, selon que l'un ou l'autre a lieu en chaque occasion ; elle n'a plus rif»n à souffrir pour elle-même, parce qu'elfe n'a plus ni propriété ni répugnance ; il ne lui reste à «ouffrir que pour la lenteur des âmes qui lui sont données "^^ et qui ne veulent et ne peuvent encore seconder toute l'activité. divine qu'elle reçoit pour de tels enfants.

'Le sixième degré d'anéantissement, ou transformation^, est le dernier, après lequel il ne reste plus que la gloire des bienheureux; Mais on avance h l'infini dans ce degré à mesure que l'âme, se délaissant davantage au mouvement divin, s'élargit aussi d'avance, pour recevoir en plus grande abondance le même mouvement. Il n'y a que cet état où Ton soit parfaitement à Dieu, parce que dans le passage de la mort â la Ifânsformation, qu'on nomme la résurrection, et ^ui est le cinquième, Tâme n'est pas encore désappropriée ; quoique dans la mort il ne lui reste plus de répugnance pour tout ce que Dieu fait lui seul en

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