Cf. Lettre XIX, p. 60 et n. i
étonner, cela ne vient point de la volonté, mais plutôt de la perte de cette même volonté, qui, en se perdant peu à peu, ne laisse découvrir dans les fautes nul rejet, nulle résistance et nulle séparation d'elle-même, parce que tout chez vous ne se fait point * par résistance, qui sépare la volonté des choses, mais par une continuation de cette même volonté. De sorte qu'il ne reste dans \e% fautes que la malignité de la nature qui, y demeurant seule, fait paraître les choses volontaires. Ceci est d'une très profonde expérience ; et, à moins que de l'avoir, — ce qui n'arrive que tard, — l'on se méprend beaucoup : car il faut savoir que la malignité de la nature est telle, que, pour cacher sa malice, elle se sert de la force de la volonté, en sorle qu'elle met tout en œuvre, pour s'assurer elle-même d'une résistance, d'une séparation de volonté, d'une certaine innocence, qui fait que l'on ne voit en soi nulle malignité, mais pare faiblesse. A mesure que la volonté se perd, la nature maligoe ne peut plus se cacher; alors elle paraît dans toutes ses malignités, et c'est alors que tout paraît volontaire, sans pouvoir découvrir une bonne volonté. C'est ce qui fait beaucoup souffrir, mais il faut demeurer immobile, car la nature, qui ne souhaite que de se cacher, travaille au moins à mettre remède aux maux qui ont paru. Ne lui laissez pas la consolation qu'elle puisse découvrir chez vous une action soit repentir^. Je vous presse d'autant plus là-dessus que Notre-Seigneur me fait comprendre que cela est nécessaire, et je vous conjure par lui-même d'être là-dessus d'une fidélité inviolable malgré votre raison. Ceci est très diiïicile dans la pratique, et je vous assure que rien ne fait tant mourir.
Notre-Seigneur me donna en un songe une lumière
1. Conjecture de Dutoit ; son manuscrit portait : n'est point.
2. Sic. Texte inintelligible ; je propose de lire : une action [qui] soit [suivie de] repentir.
très claire là-dessus; cependant elle n*est rien auprès de l'impression, qaHl me donne à présent, et je vous assure que votre âme est tellement une même chose avec la mienne ! car, pour la mienne, elle est disparue quant à moi. et je ne la découvre plus que par Tétroite union, où Dieu la met avec la vôtre *. quand viendra le temps, que la vôtre, étant entièrement perdue en Dieu et réduite dans Tunité de ce principe, elle ne découvrira plus que lui. Mais croyez Monsieur, qu'il faut beaucoup de courage sans courage^ pour se livrer à pur et à plein, et encore plus pour s*oublier et s'envisager dans sa laideur. Ceci parait hors de saison^, étant si éloigné, ce semble, de faire des fautes. Mais cependant il est essentiel et je vous en assure ; sans quoi, vous resterez flottant, et souvent embarrassé et entortillé en vous-même, dans un temps, où vous seriez encore plus avancé que vous n'êtes. Allez donc tête baissée*, malgré la crainte et l'envie de remédiera vos maux, même d'une manière très simple. Je vous assure que Dieu le veut, et que tout son sang vous servira de piscine, si vous en usez de la sorte. J'ai songé il y a deux jours que vous croyiez avoir à une jambe une profonde plaie. Vous y aviez fait mettre un appareil, et chacun convenait que vous y aviez bien du mal. Je vous priais de me laisser lever l'appareil, et je vous assurais qu'il n'y avait que très peu de mal. Vous me fîtes assez de résistance, cependant vous y consentîtes. Quand je l'eus levé, il ne s'y trouva aucune plaie, mais bien un peu d'enflure causée par le remède. Vous restâtes fort surpris, et me promîtes de me croire une autre fois. J'en ai eu une claire intelligence; je vous suis fort obligée de ce