Ps. XXXV
la parfaite unité, une âme qui embrasse tout, sans rien posséder, pleine de richesses, sans cesser d'être très pauvre.
Voilà ce qu'il m'a fallu vous écrire ce matin. Agréez que je vous écrive, lorsque j'en aurai le mouvement, car sans cela je serai bien gênée. La difficulté est qu'étant où vous êtes ', je ne sais par qui vous écrire, ne voulant pas que ce soit par la poste. Je suis assurée qu'il ne s'en perdrait pas une par la poste, car le Seigneur en prend soin; et quelque envie que l'on ait eue contre nioi de prendre de mes lettres sur ces matières, l'on n'en a jamais pris. Mais, comme je vous veux obéir, je ferai ce que vous m'ordonnez. Pensez-y ^.
Je me sens portée de vous dire qu'il me serait aussi difficile de douter que Dieu ne vous ait donné à moi, qu'il me le serait de ne point croire que je vis et respire. Ce sera à lui de vous en faire connaître ce qu'il lui plaira. Il me serait difficile de vpuloir qu'on me croie ou ne me croie pas. Et ma disposition est telle, pour vous en rendre un compte exact dans toute la sincérité
1. A la cour. Fénelon, comme on le voit, avait demandé à Mme Guyon de prendre des moyens plus sûrs et plus secrets que la poste pour correspondre : Nouvel indice de ce caractère « précautionneux » qu'il avouait lui-même (Lettre du ii juillet 1689, p. 206 et n. 3).
2. Cette lettre, comme plusieurs des suivantes, ne semble répondre à aucune lettre de Fénelon. C'est un exposé purement didactique a qu'il lui a fallu écrire », lorsqu'on l'y a invitée. Les lettres de Fénelon manquent pendant environ deux mois : sont-elles perdues ? ou n"a-t-il pas eu le loisir et le goût de correspondre avec son amie durant les premier» temps de sa vie à la cour ? Cette seconde hypothèse semblerait la plusprobable, cf. Lettre du 27 novembre 1689, p. 827 et n. i.