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2. Discours chrétiens et spirituels ^ t. Il, Disc. XLII, p. 24o-3 ; dernières lignes, Lettres, t. V, Lettre XXIII, p. 893.
m™ GUYON a FÈNELON 318
ïvuel et sans interruption ; et ce qui s*oJ)ère en elle est un acte si pur et dégagé, qu*il ne laisse à Tâme nulle distinction, en sorte qu'elle ne sait si son amour est lumineux, ou sa lumière amoureuse *.
Elle aime, sans sentir Tamour, et elle sait et connaît tout, sans savoir comment elle le sait et connaît ; et, sans nul moyen, ni par Tentremise d'aucune chose, elle trouve n'ignorer rien, sans savoir qui lui a appris, ni comment cela lui est venu ^ ; car celte connaissance n'a rien qui fasse ni espèce ^, ni plénitude : elle est d'autant plus pure qu'elle est nue, et d'autant plus nue qu'elle est plus hors de l'âme, et plus séparée d'elle-même : en sorte que l'on comprend, par ce que l'on éprouve, comment les bienheureux voient tout en Dieu, sans rien voir que Dieu * ; et non eu matière objective, ainsi que quelques-uns ont voulu dire que l'on voit en Dieu tous les objets comme dans un miroir, se persuadant un détail des choses mêmes. Gela n'est point de la sorte, puisque l'application à ces objets, quoiqu'en Dieu même, serait une application» distincte de Dieu, dont l'âme abîmée en Dieu est incapable : mais elle voit en manière divine et indistincte toutes choses, sans voir autre que Dieu, par un regard fixe, et d'autant plus simple et épuré que rien de distinct ne le termine. C'est une vue simple et immense de l'immensité même qui renferme tous les objets, sans s'arrêter à aucun, ce qui serait une imperfec-
1. Par ce rapprochement entre l'àme humaine et la Trinité, cette lettre semble bien être une suite de la précédente.
2. C'est cette idée que Mme Guyôn résumera ailleurs dans une formule que Fénelon reprendra : « On sait tout sans rien savoir » ; cf. Lettre CXXX, p. Sao.