T. III, Lettre LX, p
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pas que vous pensiez d'avoir * une (autre) vue ou pensée de Dieu dans ce que vous dites. Cela ne convient pas à votre état, et vous nuirait même» bien loin de vous servir, parce que ce n'est pas ce que Dieu veut de vous. Ce recueillement se doit faire par simple retour ; encore cette action, quoique très simple, se doit-elle perdre dans la suite, pour vous laisser tel que Ton vous fait être à chaque moment. Tant que vous aurez cependant la facilité de vous recueillir en la manière que nous l'avons dit, il le faut toujours faire. Celui qui ne repousse ou ne retarde point l'impression de Dieu, est toujours uni à Dieu, du moins dans les puissances, quoiqu'il ne le distingue point ^. Cette union et la souplesse est ce qu'il vous faut.
Je vous prie d'observer, que, quand bien même vous feriez des fautes, en suivant simplement le mouvement intérieur, vous ne changiez point de conduite : car le Démon pourrait se servir de ces fautes, pour vovis tenter de reprendre votre propre conduite, ce qui cependant serait pour vous une très grande perte, et vous vous retarderiez beaucoup dans votre course rapide. Le fleuve, sur lequel vous êtes embarqué, n'a présentement qu'une pente assez douce ; mais, lorsque vous aurez attrapé la pente rapide, il est à craindre que, sans y penser quelquefois et surpris de la frayeur, vous ne vous arrêtiez à bien des petites choses. Cependant j'ai cette ferme conûance, que ce ne serait que pour des mpments : le Maître vous aime trop, pour vous laisser arrêter en chemin.
Il y a deux sortes d'état où l'on peut s'arrêter, dont le premier est celui où vous êtes présentement, qui ne serait pas encore fort sensible, parce que vous vous pos-
I. Sur cette coiistruction, cf. Haase, loc. cit., § ii3, p. 398-99. 3. C'est (( l'union sans distinction » dont il a été parlé plus haut» Lettre XIX, p. 60 et n. 3.
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sédez encore un peu vous-même ; et, comme vous vous possédez, et que la pente est douce, vous pouvez faire de légères résistances et ne les pas même discerner, ou du moins que très peu ; et souvent même on est plus arrêté par les bonnes choses, sans s'en apercevoir, que par les autres, car les autres sautent aux yeux, et se font remarquer ; cependant il n'y a rien à faire que ce que vous faites, de vous laisser à tout ce qui vous entraîne, sans mettre jamais la main à la rame ni pour avancer, ni pour remonter. Les personnes plus avancées, et qui ne se possèdent plus, sentent pour les moindres résistances de violentes peines, parce que Dieu ne leur laisse point d'usage de leur liberté, et qu'il les fait obéir en Souverain.
Il est vrai que la règle de ne vous point nïêler de vous et de ne rien demander, est admirable ; et ce doit être votre règle ordinaire, et celle de toutes les personnes qui sont comme vous êtes. Cependant, comme nous suivons, — outre la règle juste de la raison vertueuse, — une règle intérieure, qui nous fait obéir à Dieu sans règle ni mesure, je ne voudrais pas que vous vous fissiez aucune loi, mais que vous suiviez simplement le mouvement que vous en auriez. De même qu'il ne faut jamais avoir d'intérêt particulier, il ne faut pas non plus négliger la charité, surtout envers des proches, qui ne peuvent en attendre que de vous. Je vous prie donc que, sans vous arrêter à nulles lois, vous suiviez la loi du cœur, et que vous fassiez bonnement là-dessus ce que le Seigneur vous inspirera. Ce n'est plus la vertu que nous devons envisager en quoi que ce soit, — cela n'est plus pour nous, — mais la volonté de Dieu, qui est au-dessus de toutes vertus * .
I. Cette lettre est certainement la réponse à la précédente. Sur sa date, cf. la note a de la page 33 1.
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GXXXIX. — M^^e GUYON A FÉNELON *
On n'a jamais prétendu que vous fissiez quoi que ce soit pour vous même ^, puisque vous ne sauriez être trop passif selon les desseins de Dieu sur vous ; mais votre cœur doit toujours être également ouvert, pour recevoir les opérations de Dieu, sans y rien mettre du vôtre : ce serait même une action que d'outrepasser' une disposition, soit parce qu'elle est sensible, et par conséquent moins pure, ou parce que l'impression en reste. Il faut vous laisser comme une chambre, qui laisse tout entrer et sortir, fermer et ouvrir la porte*. Si, aprèi^ quelques dons sensibles, il en reste l'impression, il la faut laisser, sans faire le moindre effort du monde pour Tôter. Je voudrais que vous vous laissassiez tel que vous êtes toujours ; je ne voudrais pas même que vous eussiez des réflexions.
I. Le premier paragraphe, t. III, Lettre LVI, p. 245-6 ; le reste de la lettre, t. V, p. 376-7. Le premier paragraphe a été reproduit sépa» rément dans le même tome Y (p. 807), où il constitue à lui seul la Lettre XLIII. La reconstitution indiquée par Dutoit, et que j'ai suivie ici, me paraît pourtant la plus vraisemblable.
3 . Le texte du t. V (cf. note précédente) diflere pour cette première phrase de celui du t. III : L'on n'a jamais prétendu que vous fussiez rien par vous même ; il semble que fissiez soit certain et qu'il faille aussi accepter pour^ si, comme je le crois, ce premier paragraphe doit être rattaché au reste de la lettre. Fénelon avait dû demander à Mme Guyon, dans une lettre perdue, si elle lui conseillait de demander des faveurs personnelles. Les quelques autres divergences de texte sont sans importance : mais comme votre cœur. . . sans y rien mettre des vôtres.