Jd., t. III, n<»GXVI, p
2. Fénelon a décrit plusieurs fois dans ses lettres ce fond inexplicable et perpétuellement fuyant de son caractère, cf. Lettre à la comtesse de Moniberon du 20 novembre 1701, t. VIII, p. 660, d: « De moi je ne sais qu'en dire ni qu'en penser... Dans le moment que j'écris ceci, il me paraît que je mens », ctc ; cf. plus haut, Lettre GXII, p. 390.
Je ne vois plus chemin, sentier, ni trace, Vois-je un sommet de rochers escarpé.
Tout aussitôt, c'est par là que je passe, Prêt à tomher du roc où j*ai grimpé.
Gouffres, torrents, abîmes, précipices, Je ne puis plus me défier de voua :
Si vous Fosez, faites que je périsse Gourant après les parfums de TÉpoux * .
Amour, amour, que veux-tu que je fasse ?
Je ne sais plus ce que tu fais en moi ", Ge qui s'imprime en un moment s'efface :
Tu m'ôtes tout jusqu'à ta propre loi.
Tu veux régner, amour, et tu te caches; Sans t'expliquer, tu demandes toujours.
Amour cruel, tu crains que je ne sache De tes chemins réglés suivre le cours.
G'est peu pour toi que n'avoir plus de vie Et qu'abîmer ce Moi jadis si cher; Il faut encore craindre ta jalousie Suivre à l'aveugle et n'oser te chercher.
Eh bien! c'est fait : je ne sais plus si j'aime. Je ne veux plus songer à le savoir.
Dieu dans mon cœur s'aimera seul lui-même * ; Il fêta tout sans me le laisser voir.
I. Cantique des Cantiques, I, 3 ; cf. Entretien affectif pour la fêle de sainte Magdeleine, t. VI, p. 68, d) : « Je cours en pleine liberté, comme vos vrais enfants, à l'odeur de vos parfums. »
a. Cf. plus haut. Poésies, n" I, p. SSg : L'Éternel en mon cœur vit et s'aime.
(Même sujet, même air.)
Celui qui peut se dépeindre soi-même
Est encore loin d'avoir perdu son cœur.
Le mien n'est plus ; et, s'il est vrai qu'il aime,
C'est de l'amour même de son vainqueur.
En lui perdu 2, je ne vois plus de trace.
Il n'est pour moi de sommet escarpé :
Je vais toujours, sans savoir où je passe, Et suis bien haut, sans que j'aie grimpé.
Je ne vois plus. Seigneur, des précipices.
Depuis qu'Amour, en m'abîmant en vous, Me dit ; Suis-moi ; il faut que tu périsses, Sans espérer un regard de l'Époux.
Lors je lui dis : Que veux-tu que je fasse i^ Détruis, abime, arrache- moi de moi.
Je veux, Amour, que tu te satisfasses :
Je ne connais plus ni règle ni loi^.
En me montrant un sentier, tu te caches :
En te suivant, je m'égare toujours ; Tu me conduis, sans vouloir que je sache D'aucun chemin réglé suivre le cours.