LVIII INTRODUCTION
Ainsi elle semblait s'oublier tout entière, pour ne penser qu'à la Vérité et à lui : « Je ne désire point, disait-elle, qu'il me justifie, si cela peut lui faire le moindre tort '. » Mais leurs deux causes n'étaient-elles pas liées en fait et dans l'opinion ? Et la victoire de Fénelon n'aurait-elle pas été sa victoire à elle même ? Sans oser peut-être se l'avouer, elle le sentait confusément. Puisque le livre était fait, il fallait bien le défendre *, et jusqu'au bout. Mais elle se demandait avec angoisse si l'ami faible, ondoyant, prorapt au découragement saurait tout sacrifier, tout perdre, et se perdre lui-même pour sauver la vérité. Elle craignait qu'il manquât de fermeté, qu'il voulût se gagner les évêques par des concessions, qu'il ne trahit le pur amour, pour plaire à Mme de Maintenon et rester à la cour^. Elle pressentait très justement que le salut serait pour lui dans l'exil volontaire* ou dans la disgrâce acceptée simplement, sans récrimination vaine : « J'espère, pensaitelle, que Dieu l'éloignera d'un lieu qui lui est si funeste, puisqu'il y tient si fort. J'ai toujours connu son attache pour une certaine personne (Mme de Maintenon) ; c'est ce qui lui tient le plus au cœur... J'espère que la tempête le jettera au port, et que, lorsqu'il sera éloigné de ce lieu, il sentira le repos que son attache lui dérobe. *^ ».
I. Id., mai 1C98 (tV/., p. 2o3) ; cf. même recueil, p. /io : « J'ai bien plus de peine de la suspicion qu'on a sur B., que de tous les maux qui pourraient arriver » (Lettre du i"* novembre 1698).
3. Lettre inédite au duc de Chcvreuse de juin 1697 G^* recueil Chevreuse).