LXIV INTRODUCTION
déjà foudroyée * ». Bossuet, lui ayant demandé d'approuver son Instruction, où Mme Guyon était formellement citée et condamnée, il feuilleta à peine le manuscrit, et « entrevit à la simple ouverture des cahiers, sans les lire, des citations du Moyen Court à la marge ^». Cela seul lui suffit. Il ferma le livre, et refusa son approbation, h' Explication des Maximes des Saints était dès lors décidée : c'était la guerre.
Bossuet avait donc raison, quand il groupait dans sa Relation tous les épisodes de la bataille autour de Mme Guyon : « C'est elle, disait-il, qui fait le fond de cette affaire^. » Fénelon le niait avec toute l'énergie possible dans ses protestations officielles : « Non, monsieur, ce n'est point Mme Guyon, c'est moi-même que je ne veux pas couvrir d'opprobre*... Ce n'est pas elle, c'est moi seul que je veux justifier de l'avoir estimée ^. » Il affectait même à son endroit la plus sainte indifférence : « Laissez-la, disait-il à Mme de Maintenon, laissez-la mourir en prison. Je suis content qu'elle y meure, que nous ne la voyions jamais et que nous n'entendions jamais parler d'elle ^.y> Il prenait ainsi une attitude égoïste, pour mieux la sauver, en se sauvant :«Ilne voulait pas, disait-il, avouer indirectement qu'il avait approuvé l'impiété et le fanatisme ^ » . Il disait vrai : c'était son passé, qu'il ne voulait pas renier; et dans ce passé, qui malgré tout lui restait si cher,
1. Lettre à M. Tronson du 2C février (169C), t. IX, p. 79, g.