‹ Fénelon documents nouveaux et inéditsChapitre 69 sur 350 · INTRODUCTION LXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LXXI

à l'anéantissement délicieux « dans l'inconnu de Dieu * », toutes ces maximes d'abandon, qui reviennent comme un refrain apaisant dans les Lettres spirituelles ^ sont ici absentes. Mme Guy on ne lui a pas encore montré Içl vérité et la voie.

1 1 faut lire les lettres de Mme Guy on à « son enfant ^» : On s'expliquera, en les lisant, comment certaines préoccupations religieuses manquent à l'œuvre de Férielon, comment d'autres y prédominent ; et en négligeant les puérilités ou les bizarreries d'expression, on y verra présentées, sous une forme moins habile et plusdifiPuse, les idées mêmes que Fénelon plus tard apportera en remède à ses dirigés.

Les Lettres spirituelles de l'auteur du Télémaque réservent quelques surprises aux lecteurs de Bossuet et de Pascal. On n'y sent nulle angoisse, nul trouble, nulle inquiétude même en face du mystère de la mort et du mystère du péché. Et sans doute l'archevêque de Cambrai n'ignorait point leur importance essentielle dans l'économie du Christianisme; mais, très rares chez lui ', ces pensées, où il n'aime pas s'arrêter, ne sont jamais des pensées dominatrices, c'est-à-dire des principes d'action et de réforme intérieure. La vie chrétienne, pour lui, ce n'e^t point la méditation de la mort ni la fuite du péché, c'est avant tout l'abandon joyeux et sans retour de l'âme aimante, oublieuse de la mort et du péché, entre les mains du Dieu mystérieux, qui le conduit à ses fins inconnues. C'est là ce que lui a prêché Mme Guyon : « La mort, lui disait-elle, est

I. Fénelon à Mme Guyon, Lettre du lo octobre 1689, p. 291. :'. Mme Guyon à Fénelon, Lettre du 28 mai 1689, p. i5i. H. Cf. Instructions, XVI, t. VI, p. 98, rf : Sur la pensée de la mort : <( le parfait amour chasse la craint« ».

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un sujet peu propre à une personne que Dieu attire à sa présence *. » Mais c'est surtout l'esclavage des scrupules et la crainte stérilisante du péché qu'elle a combattus chez lui : « Le plus grand de tous les biens, aimait-elle à lui répéter, est de n'avoir point d'autre volonté que celle de Dieu, quoiqu'elle semble détruire notre être moral et vertueux ^. » Dans les états supérieurs du pur amour, les péchés ne sont plus imputés^, on ignore le bien et le mal*, on ne connaît plus ni péché ni justice ^ : « Il faut, lui disait-elle encore, laisser tomber vos défauts, lorsqu'on vous lés montre, sans sortir de votre immobilité foncière, pas même par un désaveu. » Elle ajoutait : « Ce que je dis est hardi ^ »; mais voici qui ne l'est pas moins : « Vous êtes un homme non point pour être un saint ni vertueux, mais pour être se- ' Ion le cœur de Dieu..., pour être fait volonté de Dieu''. » Avec la crainte de la mort et du péché, c'est aussi celle de Dieu qui disparaît. Ces âmes aristocratiques échappent « au commun des chrétiens grossiers, qui n'ont pas secoué le jougde la crainte de Dieu *» . Elles se contentent de Taimeravec un cœur affranchi de tout et de soi, désapproprié de ses vertus et désintéressé de son bonheur éternel. Elles l'aiment dans cette sainte indifférence* ; elles le suiVent dans la souffrance comme

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