Cf. Lettres XVII, p. 55 et n. 3, LXIV, p. 157, etc
3. Celte première page se retrouve, avec quelques variantes et sans l'indication du lieu de la scène, dans la Vie de MmcGuyon, édit. cit,, t. II. p. 102. — Ce qui suit est entièrement inédit.
U. Il y a ici dans le manuscrit une pièce de vers, composée par Mme Guyon dans sa prison.
5. Expressions utilisées par Bossuct dans le passage de la Relalion cité plus haut, p. 2, n. C.
<]u'étant à li[eynesj, il me lut ollfert, atin que je l'acceptasse dans une pleine connaissance ; je ne pouvais m'empêcher de le regarder comme mon fiis [7^3] ; et, quoique je n'osasse le lui témoigner par respeci, mon fonds le nommait de cette sorte, et il fallait que quelquefois, pour évaporer ce que j'avais au dedans à cause de la contrainte, je m'écriasse : monjils, vous êtes monjïls bicn-almé, en qaijeme plais uniquement'. Cela était tel que, si j'eusse hésité en ce point à cause d'une tendresse toute maternelle, mais très forte, que j'éprouvais pour lui, Notre-Scigneur me rejetait et je n'avais accès auprès de lui, qu'en me laissant aller à ma tendresse, et en lui communiquant, quoique de loin, une grâce très forte. Il me semble que, depuis qu'il me fut donné à B[eynes], que je l'acceptai et que je m'offris pour le porter dans mon sein et pour souffrir pour lui tout ce qu'il plairait à l'amour, que je l'ai porté dans mon sein — je le trouvais toujours en moi ; ce fut vers la Saint-François d'octobre 1688'.
I. Fénelon «st pour ainsi dire le ChriBt du nouvel Ëvacgile (cf. Malh.. III. 17 et tue, ITi, Î5) ; cf- plus loin, LcUrea Xll, p. 08 cl XXVII, p. 7S, Ica mômes «ipressions employées k l'égnrd de Fénelon.
3. ti oclobrc. Dans sa Réponse Ha R l ' n le Qu'ilhme, clu|i. i (lomc m. p. 7. il). Fénelon retarde de q elq s mo > b dais de celte première entrevue : « Je la connns a <in n ment île l'année itiSg. quelque temps après qu'elle fut son e nona e de la Visitation
de la rue Saint-Antoine, cl quciqu o an q c j'allasse à la
Cour. B
6 FÈNELON ET M™» GUYON
Depuis ce temps, je n'ai jamais été invitée de Dieu, pour retourner dans mon fonds, que je ne le trouvasse près de mon cœur ; mais cela d'une manière autant pure, spirituelle que réelle*, car il n'y a rien d'imaginatif en moi, mais tout passe dans le fonds en réalité. Comme je le portais de cette sorte dans mon cœur, il me semblait que [744] les grâces, que Dieu lui faisait, passaient par moi ; et, je n'en pouvais douter, je le sentais plus proche et plus pressant que les enfants que j'ai portés dans mes entrailles ; et, de tous les enfants spirituels que Dieu m'a donnés, je n'en ai eu aucun qui me fût pareil à celui-là : C'est une intimité qui ne se peut exprimer ; et, à moins d'être fait une même chose*, il ne se peut rien de plus intime. Il suffisait que je pensasse à lui, pour être plus unie à Dieu ^ ; et, lorsque Dieu me serrait plus fortement, il me paraissait que, des mêmes bras dont il me serrait, il le serrait aussi*. Depuis les huit premiers jours, après notre première entrevue à
1 . Sur cet emploi de autant devant un adjectif, emploi fréquent au XV ne siècle et qu'on retrouvera plusieurs fois dans les lettres suivantes, cf. Haase, Syntaxe française du xvii" siècle^ trad. Obert. Paris, Picard,
2. Cf. plus loin. Lettre du 35 sept. 1G89, p. 283 : « Je vous assure que votre âme est tellement une même chose avec la mienne ! » ; cf. encore Lettre XL, p. 106 : a II me semble quelquefois que l'on ne veut faire qu'une seule et même âme de la vôtre avec la mienne » ; Lettre L, p. 120, etc.
3. Cf. Lettre LXXXI, p. 19^ ; Mme Guyon à Fénelon : a Dieu... qui se manifeste d'autant plus à moi, qu'il vous y manifeste davan> tage », cf. Lettre LU, p. i32.
II. Cf. Lettre LYIII, p. i46 : a C'est comme si Dieu me serrait plus étroitement des bras de son amour et que de ces mêmes bras il vous serrât aussi. »
B[eynesJ, où je soufl'ris beaucoup, car je trouvais comme un chaos enlre lui et moi, qui empêchait mon. cœur de se verser dans le sien, mais à mesure que je souffrais, je trouvais que ce chaos se détortillait, jusqu'à cequ'enQn, étant entièrement détorti Eté, je trouvais qu'avec une suavité incomparable mon cœur se versait dans le sien, sans que je le visse, ni que je lui parlasse ; mais au commencement avec moins de largeur, ensuite toujours plus facilement, en sorte que j'éprouvais qu'il se faisait un écoulement presque continuel de Dieu dans- mon âme, et de mon âme dansia sienne', commeces cascades, qui tombent d'un [/SS] bassin dans l'autre. Cela était souvent en sorte que je ne pouvais parler, et je me lirais à l'écart pour me laisser posséder à Dieu ', et le laisser opérer en moi pour lui tout ce qu'il voulait, il y avait des moments, où l'on ' me réveillait avec une promptitude extrême, et je le trouvais tout prêt à recevoir ; alors il recevait, mais quelquefois je sentais cet i5coulement comme suspendu, et j'éprouvais qu'il était alors mis en sécheresse. Je ne lui disais pas cela; ne pouvant lui parler, je lui écrivais quelque chose. Mais il m'est impossible de bien exprimer ce
1. Cf. LeHrc X[|, p. ii3 : « J'éprouve que mon àme, aioû qut je ïou» Toi dit. s'éfoule soiu cesse dans k sienne » ; cf. encore Lettres X\IIl,p. 68; XLIII, p. ii6; LU, p. i3j ; LXIV, p. iSy. etc.
1. Sur cette construction ric l'infinitif pauif avec d api^s laiiscr ou Jttire. cf. Haase. loc. cil.. § i35, Rem. II, p. 3H: cf. plus loin Lettres XLE et XLIX. p loM et 137.
3. On désigne souvent chci Mme Guyon l'impression de Dieu sur rame, cf. plus Irûn Lettre X Wl, p. jg et passim ', sur ces « réveils o de MmeGu}vn, cf. Lettres LXl Y, p. i5; ; LXX, p. 170: XCIV, p. i3o.
8 FÉNELON ET M'^e GUYON
que je sens à son égard. Dieu me fit comprendre les grands desseins qu'il avait sur cette âme,' et combien elle lui était chère. Je m'étonnais de ce qu'il me donnait plus pour lui seul que pour tous les autres ensemble ; et l'on me faisait comprendre en cela que l'on voulait beaucoup l'avancer, et qu'il ne lui serait rien donné que par ce misérable canal ^ Je n'osais m'expliquer de tout cela ; cependant j'étais quelquefois si fort poussée que, pour ne pas résister, ne le pouvant plus malgré mes répugnances naturelles, je passais outre, et j'en écrivais; j'aspirais à une certaine liberté, qui était de pouvoir agir avec lui sans gêne^, et qu'il pût concevoir ce que je lui étais en [7^6] Jésus-Christ; mais, les avenues étant fermées, je ne pouvais assez m'en expliquer^.
lime fut donné à connaître que, dès 1680 que Dieu me le fit voir en songe*, il me le donna, et qu'il me