A PROPOS DE SERMO>'S DE FÉ>'ELON IQ
« Les dix sermons suivants, dit M. de Ramsay, dans l'Avertissement de l'édition de 1718, ont déjà paru en dilférents recueils, mais il leur manquoit le nom de leur illustre auteur. Il n'y a que le neuvième (sur les avantages et les devoirs de la vie religieuse), dont on ait retrouvé le manuscrit original. Les autres ont été réimprimés ici, ou sur les recueils qu'on en avoit déjà publiés ou sur des copies, qui, ayant passé par d'autres mains, ne peuvent donner une entière confiance en leur exactitude. 11 y a même un ou deux de ces discours dont le style feroit un peu douter qu'ils fussent de l'auteur. On ne les met ici que parce qu'ils ont semblé utiles en eux-mêmes et qu'ils sont venus des mêmes personnes qui avoient recueilli les autres qui sont sûrement de M. l'archevêque de Cambrai. » '
M. Gosselin exclut même positivement l'entretien sur riiumilUé et un discours pour le jour de la bénédiction de M. Dambrines, abbé du Saint-Sépulcre à Cambrai.
Il semble que la solution du problème soit dans la préface de Ramsay. Il demeure néanmoins étonnant que Deloris, en 1778, ait donné comme de Bossuet un discours imprimé depuis soixante ans et probablement réimprimé
OEuvres spirituelles de Fénelon, in-12, s. 1., 1801, est une Nouvelle vie de Fénelon qui forme le cinquième volume, avec le Catalogue raisonné des ouwa^es, commençant p. 875. On y énumcre, p. iig, une série d'ouvrages publiés du vivant de Fénelon et p. ^22 : » Sermons choisis sur divers sujets, Paris, 1718, 1727 ot 1744, in-iQ. Item, Amsterdam, 1718, in-12, etc., réimprimés plusieurs fois dans le second tome de ses œuvres philosophiques, Paris, 1726 et 1781, en deux vol. in-8, 1739 et 1764, en deux vol. in-12. Item, Amsterdam, 1781 , en deux vol. in-8. L'édition de Paris est la première qui ait paru sous le nom de l'auteur. Elle contient dix sermons qui avaient déjà été répandus dans le public, en divers recueils anonymes. On les a tous revus et corrigés sur les mss. originaux ou sur des copies exactes et fidèles. »-
I. V. p. 87, ce qui est dit des Carêmes prêches à Cambrai et des nombreux sermons dont restent quelques canevas, imprimés au tome XVII de l'édition Lebel. On renvoie aussi à une analyse publiée au t. III de cette édition, comme spécimen des canevas de Fénelon.
en 1723, 1728, 17^0 et aussi sans doute dans un certain nombre des reproductions partielles. Si l'on répond que les Blancs-Manteaux, éditeurs de Bossuet, pouvaient ne s'être jamais occupes de Fénelon, de ses sermons du moins, et ignorer ce fait, comment des réclamations n'ont-elles pas surgi de la part des amis et éditeurs de Fénelon? 11 est vrai que de 1740 à l'édition du P. de Querbeuf (1787- 1792, 9 vol. in-4) on ne s'occupait peut-être pas beaucoup de Fénelon, mais il reste le fait des copies courant en nombre dans le diocèse de Meaux de ce sermon avec l'attribution à Bossuet. L'erreur, en tout cas, est à signaler plus que ne le font les éditeurs de Fénelon. Les éditeurs de Bossuet postérieurs à Deforis, surtout ceux de Versailles (Lebel, Bossuet, t. XIV), qui publient le sermon en 1816, auraient bien dû s'en apercevoir. On peut regretter aussi que leur tome XVll de Fénelon paru en 1828 et qui donne ce sermon aux pages 887-423 ne contienne aucune note rappelant l'ancienne attribution erronée. C'est trop se contenter de la grande préface qui est l'Histoire littéraire de Fénelon et fait ouvrage distinct. L'édition de Aimé Martin, Didot, 3 in-4, 1882, tome 11, page 482, le donne aussi sans aucun avertissement.
11 est au moins opportun de remarquer que cette erreur d'attribution fait l'éloge du discours et que de bien habiles s'y sont trompés. Je crois que Deforis est excusable d'avoir, comme il dit, reconnu Bossuet dans ce sermon et je serais à peine persuadé par l'affirmation de Ramsay. Qu'est devenu et où était le manuscrit autographe qu'il dit avoir rencontré ? Existe- t-il encore? Lui du moins ferait preuve. Noailles, avec son procédé de grand seigneur, se contente de revendiquer le sermon en se bornant à un dii-on, assez peu affirmatif. Mais il est mal renseigné sur la manière dont le sermon a été trouvé chez Bossuet. Sa phrase est peu conforme à celle de Deforis : « On avait, dit-il, trou\é une copie de ce sermon dans les papiers de Bossuet.
Depuis (ce qui est inexact, puisque Deforis publiait en 1778 une pièce imprimée en 1718), on a découvert, diton, le manuscrit autographe de Fénelon. Il y a en effet un passage des lettres de Mme de Maintenon qui ne laisse pas douter que ce beau sermon ne soit de l'archevêque de Cambrai. » En preuve, à la fin de cette note, Noailles renvoie aux Avis aux maîtresses des classes, 1692, Lettres sur Véducation, Th. Lavallée^.
C'est là en effet qu'est la bonne preuve, argument extrinsèque qui fait taire tous les doutes. Dans ses Avis aux maîtresses des classes (1692), Mme de Maintenon écrivait : « Voyez-en l'excellent modèle que M. l'abbé de Fénelon nous présente dans l'écrit qu'il a fait pour cette communauté. Voici comme il parle de ce temps bienheureux où toutes les familles vivaient comme on vit présentement ou comme on doit vivre dans les maisons régulières : « On se taisait, on priait, on travaillait sans cesse des mains, on se cachait, en sorte que les chrétiens étaient appelés un genre d'hommes qui fuyaient la lumière. On obéissait au pasteur, au père de famille. Point dautre joie que celle de notre bienheureuse espérance pour l'avènement du grand Dieu de gloire ; point d'autres assemblées que celles où l'on écoutait les paroles de la foi ; point d'autre festin que celui de l'Agneau suivi d'un repas de charité; point d'autre pompe que celle des fêtes et des cérémonies ; point d'autres plaisirs que celui de chanter des psaumes et des sacrés cantiques ; point d'autres veilles que celles où l'on ne cessait de prier. 0 beaux jours ! quand vous reverrons-nous ? Qui me donnera des yeux pour voir la gloire de Jérusalem renouvelée? » C'est à Saint-Cyr que ce bonheur est réservé ; et la peinture que je viens de faire doit être la règle des demoiselles ; n'oubliez rien pour les y conduire"^ ».