Le mot dapre: est répété deux fois dans l'autographe
3. Ce sont à peu prés les mêmes plaintes de la part de Bossuet qui s'étonne dans sa lettre du 3o juin, que le 12 du même mois, l'abbé Bos- 6uet, arrivé à Rome depuis le 16 mai, n'y ait encore reçu aucune lettre, l'ourtant les deux frères écrivent à l'absent à chaque ordinaire, Antoine plus régulièrement encore, c'est-à-dire tous les lundis. Il faut avouer que la poste était parfois peu sûre.
lett'res sur le quiétisme 63
a propos i en ai seulement parlé une fois a ceux de cette uille le cadet acheté une charge de M« des req. te* comme son aisné [.] mon frère nous écrit il reuient ici dimanche prochain iusqu'à la St-Etienne * , les armées ne sont encores attachées à rien d'aucun coté le P[rinc]'^ d'Or. [ange] étant uenu se ioindre à M. de bauiere il semble qu'il en ueulle aux enuirons de la meuse. Les lettres particulières qui uiennent de Sauoie et les bruits de paris ne sont plus a la paix il ne laisse pas d'y auoir encores quelque bruit sourd qu'il n'en faut pas désespérer, quelqu'un delà famille de M. d'albi croit qu'il pourroit y auoir une permutation de son archeuesché auec narbonne : on en a dit quelques mots a Lersailles -, le père Suanen fut hier sacré ^, uotre religieuse de paris n'a point uoulu fermer sa lettre elle à ete bien (aise ?) que nous uissions son elo-
1. La Saint-Étienne du mois d'août, fête de la cathédrale de Meaux, rappelait toujours Bossuet dans sa ville éj)iscopale. Il écrit à son neveu <Tue, cette année 1696, le sermon doit être prêché par le P. Séraphin (lettre du 39 juillet. Lâchât, loc. cil., p. 12). Deux ans auparavant, Bourdaloue avait donné un sermon de fête. Voir mon Histoire de la Prédication de Bourdaloac, p. 811. Cf. p. 8i3, note i, la série des prédicateurs de marque appelé.s par Bossuet à Meaux pour ceffc solennité.
2. La translation de Charles le Goux de La Berchère à Narhonne dont il est ici question, se fit, en effet, mais quelques années plus tard, en* 1703.
3. Il s'ai^it du fameux appelant et réappelant Jean Soancn, de l'Oratoire, né il Riom, le (j janvieî- 1 047, petit-neveu du P. Jacques Sirmond, sacré à Paris dans Téglise de l'Oratoire. Il avait été nommé évêque de Scnez le 8 septembre 1690 et avait prêché à la cour IW vent de cette année. C'était un prédicateur de talent, estimé de Bourdaloue et lui rendant à son tour bon témoignage (Voir mon Histoire critique de la Prédication de Bourdaloue. p. 437 et 682). Déposé au concile d'Embrun après son Instruction pastorale nettement janséniste du 28 août 1726, et rélégué à l'abbaye de la Chaise-Dieu, dans le diocèse de Massillon, son ancien confrère de 1 Oratoire, il y mourut à quatre-vingt-quatorze ans, après une rétractation de ses appels, le 2D décembre 1740. Il est souvent nommé avec le plus grand éloge dans la correspondance de Quesnel, qui avait été son supérieur. — Voir éd. de Mme A. Le Roy, t. I, p. 379, sur la nomination à Senez, lettre du 16 septembre iGgâ; mais surtout la lettre à du Vaucel du 2 i octobre de la même année : « Le P. Soanen est «n petit politique à qui le désir de faire fortune a fait tourner la tête... » Quesnel effaça ce jugement par bien des lettre? élogieuses. Il fallut pourtant une véritable réconciliation, car Quesnel était rempli de préventions
quence en famille. M. Millet en a eu sa part, Mr Ledicu que uous aués fait uotre grand uicaire pour la conduire pouroit bien donner dans le panneau en lui permettant de uaguer pour les amortissemens de conuens étrangers. Le motif du Jugement de Lion est ' qu'il i auoit concours des premières prouisions de M. de Sarron , et de M. Millet et que les secondes prouisions de M. de Sarron l'emportoient, on n'a point trouué de lieu à obtenir un arrêt de deffence, et nous n'auons pas encore consulté sur l'appel. M. Millet croit sauoir que M. l'abbé de berulle a dit a son procureur que celuj du moine ne soit pas meilleur M. le C. de Sarron n'est pas, malheureux, mille baisemains à M'"* phelip. et de Gomer *. M^ du Mont et de magni me demandent de nos nouuelles, ma sœur est touiours dans sa chaise vre frère et M. Millet touiours de même fort a uostre seruice.
Monsieur Monsieur L abbé Bossuet
Si les nouvelles privées, récits de procès ou d'affaires de famille, obscures pour nous, laissent cette lettre en dehors de la série des questions du quiétisme, d'un intérêt plua général, elle nous offre par contre un des types les plu* caractéristiques des lettres d'un père à son tils dans une famille où les « procédures » devaient être tenues en quel-j que honneur. Les Rouillé de Lyon et de Paris, dont i4|
« contre le petit évêque » (Voir t. II, p. i.'j, i4i-i43). La réaction commence dans la lettre du 2 4 janvier 1714, annonçant que Soanen arriva à Paris pour défendre la « vérité » (P. 333). « J'aurai bien de la joie, j écrit-il, qu'il se serve de cette occasion pour réparer les défauts de sa.1 vocation et ceux de la dispensation de la parole de Dieu, car je l'aime tendrement, et je crois qu'il m'aime de même. » La lettre, datéç d'Amsterdam (17 '7, p. 370) et celle que Quesnel lui écrivit sur Massillon, nouvellement nommé à Clermont, montrent les deux correspondantsJ en plein accord (p. 434-/i36).
I. Il est nommé dans la lettre de Bossuet à son neveu, du 30 mai] 1696. C'est le même que Lusancy, cité plus haut, p. 58, Il se nommait Gomer de LusancY (Ed. Lebel, t. XL, p. 17^).
est ici parlé, ne semblent pas tenir par une parenté plus ou moins lointaine à Bossuet dont les ancêtres, de Seurre, portaient, on le sait, le nom de Royer ou Rouyer souvenir exprimé par les trois roues des armes *. La lettre qui va suivre, écrite par Antoine, le 9 juillet, comme celle de l'évêque de Meaux, de même date, suppose reçue une lettre du 19 juin dans laquelle l'abbé racontait son retour à Rome, après un séjour à la campagne. Comme les affaires du quiétisme se passent encore toutes en France, il est difficile de trouver dans la Relation le commentaire des premières lettres ; elles n'en ont qu'un caractère plus familial.
i • Paris g millet g6.
la saison étant aussi auancée qu'elle est et les armées étant aussi prez qu'elles sont les unes des autres il semble qu'en huit jours on deuroit auoir quelque nouuelle a dire cependant il n'est rien arriué depuis lundi le roi est tranquillement a marli iusqu'a samedi il jra passer trois ou quatre iours a trianon de la il retournera au gitte a marli noits nous ferons sauoir tous les lundis ce qui uiendra, M. de Meaux uous écrit 2. le reste de la famille est comme il etoit lundi dernier[.] ie reçu ieudi notre lettre du ig qui nous apprend que uous etiés rentré a rome auec M. le Gard*' de Janson pour n'en plus sortir le reste de l'été [.] notre religieuse est allée dans un conuent c'est a M. Icdicu a uous en rendre compte[.] il nous a parlé d'une lettre que INI l'abbé de lusanci le françois ^ a écrite a M le G"" de Janson d'une manière que ni * son frère le
I. Par contre, Mlle delà Briffe, belle sœur de Louis Bossuet, épousa M, Rouillé de Meslay. Cf. J. Thomas, op. cit.
a. C'est la lettre du 9 juillet, page 8 du volume déjà cité de Lâchât,
3. C'est-à-dire celui des deux frères resté au diocèse de Meaux, comme le romain est le compagnon de voyage de l'abbé Bossuet.
4- Cette forma grammaticale serait-elle l'équivalent de : « pas même son frère ? « ou faut-il lire M. son frère?
Griselle. 5
romain n'aura pas iugé a propos de la rendre sur ce qu'il en dit elle sent baucoup les uapeurs [.] Mesd"»''» Galleran * n'ont point encores de nouuellcs de leur filz depuis la mort du roi de polongne '^, il semble que M. Chasot par sa dernière lettre prenne sérieusement le uoiage de rome il a déia dressé sa route par Monbeliard les Suisses les Grisons la Ualteline et tout ce aller reuenir seiour en deux mois[.] cela ne conuient nullement [.] ma sœur se recommande aux prières de M. le grand uicaire ^ elle croit qu'il n'y a qu'un pas de rome au paradis et qu'il n'i a qu'a parler pour se faire entendre.
A Monsieur monsieur 1 abbé bossuet
Paris Itiwli ly ^epl\enxhre\ \^i6q6\* M. de M. étoit a Uersailles quand ie reçu uotre lettre du 28
I. Dans la lettre du i5 juillet, Bossuet, donnant à son neveu des nouvelles de l'élection du prince de Conti comme roi de Pologne, parle de ce jeune homme, et nous indique sa fonction : « C'est le jeune Galeran, écrit-il, secrétaire de M. l'abbé de Polignac, qui a apporté les nouvelles. De trente-deus palatinats, nous en avons vingt-huit : les quatre autres sont foibles et nous en avons près de la moitié... » etc. (Lâchât, t. XXIX, p. 1 1 4). Cf. plus bas, p. 222.
2''. Antoine avait écrit : polognc, il a surajouté un n au-dessus du mot pour former Po/on(/ne, indice probable de prononciation du temps.
3. Phelipeaux, qui avait succédé en 1690 à Charles Pastel, vicaire général depuis vingt ans. Voir la lettre de Bossuet à Mme de Beringhen, 18 mai 1690: «... Vous aurez su la mort de M. Pastel: c'est un redoublement de soin pour moi. Quoique j'aie mis M. Phelipeaux à sa place et qu'il soit très capable de cet~ emploi, il faut quelque temps pour acquérir la croyance et l'espérience nécessaires à un si grand emploi » (Lâchât, t. x'XVIII, p. 466).
4. La date <i été ajoutée par une main plus récente. Il est difficile qu'il n'y ait pas un certain nombre de lettres perdues entre celle du g juillet
aoust il nient d'en reuenir il ne m'a pas fait uoir notre lettre de nneme datte mais il m'a dit que uous lui aiiiés écrit sur un entretien que uous auieseu auec M. le Gard, de Jans. (^Janson) surqtielque chose que S. E. croioit qu'on poimoit faire pour uous dans la conioncture [.] il uous fait réponse et écrit a M. le Gard, a qui il ne parle de rien la dessus [.] il ne uoit pas bien notre pensée, il dit seulement qu'on aura du tems pour aniser et s'explicpier puisqu'on ne doit rien faire de i5. mois, on nerra ce que produira ce qu'il a dit [.] il ni a qu'a attendre, M. Ghas [ot] est encores incertain de ce qu'il fera pour le uoiage, le roi se porte tout afatit bien, il pourra aller samedi a marli, oa n'ira a font[aineble]a" que dans le commancement du mois prochain si l'on j ua.
On saura bien tôt si l'on est entré dans le milanez.
On parle d'un grand auantage que les turcs ont remporté sur les impériaux ce seroit une manuaise nouuelle pour [dire a] rome*.
Les allemans ont passé le Rhin et les armées ne sont pas éloignées l'une de l'autre [.] ma sœur et notre frère nous embrassent. Monsieur Monsieur 1 abbé bossuet
A Rome.
Le début de cette lettre est éclairé par celle de Bossuet, répondant à son neveu sur cette lettre du 28 août, que l'évéque se contenta de résumer à Antoine sans la lui faire lire. Les nouvelles qu'il donne de la santé du roi, dont ses lettres précédentes ont raconté l'indisposition-,
et celle-ci, lorsqu'on sait la régularité d'Antoine à profiter de chaque or dinaire et à écrire tous les lundis. Il n'y a de lacune dans les lettres li Bossuet à son neveu que pour l'ordinaire du i3 août. Comme la lettru d'Antoine commence sans aucune allusion à un long silence, il doit avoir plusieurs lettres égarées.
. Les mots entre crochets ne sont pas de la première rédaction ; ils sont ajoutés à la marge de droite, et adoucissent et expliquent la première l^ÇjOn « une mauvaise nouvelle pour Rome n. Antoine relisait ses lettres.
I. « La santé du roi va de mieux en mieux... Nous le voyons tous les io^rs trois fois... » (Lâchât, t. XXIX, p. 28). Voir la lettre du 20 août : [«Après vous avoir dit que j'ai reçu votre lettre du i", il faut commencer
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prouvent qu'en effet il était à Versailles, avant de revenir à Paris d'où est datée sa lettre du i-.
Le sujet des démarches de l'abbé Bossuet près du cardinal de Janson est aisé à deviner par cette réponse de Bossuet :
Nous avons des obligations infinies, et au delà de tout, à ^I. le cardinal de Janson. Vous pourrez lui dire, sans façon, que je ferai dans le temps ce qu'il faudra pour l'aflaire dont il vous a parli'. Le téinoiijnage qu'il rendra de votre conduite pourra être utile dans le temps. Mais il a raison de vous dire qu'il faut aller en cela fort naturellement et fort délicatement : en sorte qu'o/i ne sente pas le moindre dessein ; ce qui oblige à se renfermer dans des termes fort généraux.
Ainsi Bossuet, inolns dénué qu'on n'a voulu le dire, des habiletés de la prudence et de la politique humaines, fort légitime pour réussir dans le genre d'entreprise que poursuivait son neveu, avide de s'établir et de se faire appuyer, s'unit au cardinal de Janson pour calmer ses impatiences. Il lui insinue que tout ce qui indiquerait un dessein concerté dans les approbations et attestations qu'il demande au cardinal lui pourrait nuire au lieu de lui profiter*. Sages conseils, qui ne nous disent pas cepen-
par la nouvelle la plus importante qu'est celle de la santé du roi. Il lui est venu un clou sur le col dont toute la capacité est comme d'un oeuf de poule... », etc. (Ibid., p. i6). Celle du 28 août commence aussi « parla santé du roi » : « son clou allait assez bien ce matin «, etc. (p. 18). Le 3 septembre : « Le roi se porte de mieux en mieux. Il'n'a point été saigné ; on n'a point fait d'incision ; un baume excellent a fait des merveilles... » (p. ad). Toutes ces lettres, datées de Paris, et supposant cependant des séjours à Versailles, indiquent que Bossuet revenait chaque semaine à son habitation de Paris.
I. Dans la même ligne de préoccupations, il lui écrira, par exemple, le 26 août 1697 : « N'oubliez pas, par parenthèse, d'écrire au P. de La Chaise, sur la mort de M. le comte de La Chaise, son frère, et sur la charge donnée ù son neveu avec cent mille écus de retenue ; ce que le roi a fait avec toute sorte de démonstration d'estime et de considération
dant quels étaient les visées précises et les projets d'établissement rêvés par l'abbé Bossuet, et prudemment remis à quinze mois, ainsi qu'on voit dans la lettre d'Antoine.
Celle-ci se tait absolument sur le quiétisme, et Antoine ne commence à en traiter explicitement dans ses lettres que le 4 février 1697 ; mais l'évêque est plus explicite, et ce n'est pas en vain que son neveu et son vicaire général sont à Rome, ni peut-être aussi fortuitement que le déclarait Phelipeaux :
Je vous prie, lui écrit-il, de recueillir soigneusement tout ce qui a été fait contre jMolinos, Malaval, Mme Guyon, l'Analysis de La Combe, Falconi, Bernières, etc. On commence à imprimer mon ouvrage contre les quiétistes.
C'était songer à utiliser tout au moins la situation de ces deux délégués qui commencèrent, on le voit, à être des agents actifs à Home, bien avant l'appel de Fénelon au Saint-Siège. Bossuet, intéressé aussi dans la question, puisqu'il avoua plus tard avoir beaucoup travaillé à la pièce, recommande à son neveu d'être aux écoutes sur l'effet produit à Rome par l'Ordonnance de M. de Paris (la fameuse instruction pastorale condamnant V Exposition de la foi touchant la grâce et la prédestination, qui donna occasion au Problème ecclésiastique) : « Soyez bien attentif, écrit-il, à pous rendre compte de ce qui se dira de l'Ordonnance '.
Bossuet avait à cœur celte ordonnance, qu'il loue
pour ce Père. Tenez pour certain qu'il n'en sera pas pour cela plus écouté dans celte affaire (celle du quiélisme). » (Lâchât, t. XXIX, p. i38). Donc c'est en vue d'une autre affaire, où le Père confesseur doit être I plus influent, que l'évêque recommande à son neveu de se ménager ses bonnes grâces.