‹ FénélonChapitre 32 sur 138 · Lâchât, t. XXIX, p · texte numérisé non relu

Lâchât, t. XXIX, p

■JO FENELON

comme s'il n'y avait pas mis la main. Dans la lettre du 3 septembre, l'adressant à son neveu :

- Je vous envoie, lui dit-il, une Ordonnance de M. de Paris, vraiment admirable, qui étonnera ici beaucoup de monde. On avoit fort pressé ce prélat, de certains endroits, de condamner un livre qui avoit paru avant votre départ. Il a fait sur cela ce qui était juste; nriais il y a ajouté le plus beau témoignage qu'on pût souhaiter pour la grâce et pour l'autorité de saint Augustin*...

La lettre d'envoi qui fait passer cette même ordonnance à M. de La Broue, évêque de Mirepoix, en date du 4 septembre, raconte à peu près dans les mêmes termes l'historique de cette Instruction, en insistant, encore un peu plus, sur le « contrepoids » de la seconde partie :

On l'a fort pressé (l'archevêque de Paris), d'un certain côté, de condamner le livre dont il y est fait mention. Il crut cela juste ; mais, en même temps, il résolut de mettre un contrepoids en faveur de la grâce efficace et de l'autorité de saint Augustin. C'est ce cpi'il a fait, comme vous verrez, et, à mon avis, de la manière du monde la plus forte et la plus précise. La lecture de cette Ordonnance vous fera sans doute souvenir de ce que je vous écrivis il y a quelque temps, au sujet de mon ouvrage sur la grâce : c'est là ce que j'avois en vue, et je ne puis vous dire la consolation que je ressens de voir la vérité affranchie, et l'autorité de saint Augustin, autrefois tant vilipendée par certaines gens, si hautement rétablie. Dieu soit loué de son don inexplicable -...

Bossuet, qui ne pouvait point trahir le secret de Noailles, est obligé de louer ici avec quelque chaleur le travail même qu'il eut plus tard occasion de revendiquer, ayant à se plaindre, au moins d'août 1702, du cardinal et de

Il se plaint un peu, dit le Journal de Ledieu, au lundi 28 août, I. Lâchât, t. XXIX, p. 28. — 2. Ibid., id., p, 25.

que M. le cardinal marque de la jalousie et de la défiance, ce qui 1 éloigne de faire part à cette Eminence de ce qu'il a déjà écrit, pour ne sembler pas lui faire la leçon ; joint qu'il emploie des gfns, un Beaufort, un Boilcau, qui ne savent pas se servir des matériaux qu'il leur donne. Et, à ce sujet, il nous a appelé l'ordonnance du 20 août 1696, dont il nous a encore avoué qu'il a fait toute la disposition et l'exposition de la doctrine, à laquelle M. Boileau avoit ajouté la partie contre le jansénisme, dont on avoit si bien reconnu la différence du style*...

Ainsi cette ordonnance dont Bossuet écrivait, dans la même lettre, à son neveu, du 17 septembre : « Les Jansénistes sont consternés, mais il paraît qu'ils se consolent de la première partie par la seconde^ », Bossuet en suivait la fortune et l'effet à Rome, avec d'autant plus d'intérêt qu'elle était un peu son œuvre, et que l'issue' des événements allait le diriger dans le travail qu'il méditait : « Peutêtre, avait-il confié, le Ix septembre, à son ami l'évêque de Mirepoix, que cette Ordonnance sur la grâce donnera lieu, avec le temps, à faire paraître mon ouvrage sur cette matière. Je suis aux écoutes pour faire ce qui conviendra, suivant la disposition que Dieu lera naître '. »

On s'explique donc la recommandation faite à l'abbé Bossuet dans la lettre du 17, et le début de la lettre de l'ordinaire suivant, écrite à Germignv, le 2[\ septembre :

Nous attendons avec impatience les nouvelles de Rome sur l'Ordonnance. M. le nonce en a parlé froidement, et a dit qu'il n'appartcnoit qu'au pape de s'expliquer sur la foi. Vous savez nos sentiments sur cola et la pratiqiie de l'antiquité. On s'en est expliqué à Rome même dans l'affaire de Jansénius ; et Innocent X a loué des lettres du clergé, où les évêques s'attribuaient le premier jugement*.

Dans la lettre du 27 octobre, Bossuet marque qu'il a

t. Journal, t. I, p. 3o3. — 2. Lach.it, t. XX.IX, p. 29. 3. Ibid., p. 25. — '1. Ibid., p. 3o.

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reçu des nouvelles de l'Ordonnance ; mais la lettre de son frère, du 28, venant immédiatement après celle du 17 septembre, nous prouve que les lacunes de la correspondance d'Antoine ne nous privent d'aucun renseignement sur cette question tliéologique dont Antoine ne se soucie pas*.

Germini, 28 octobre i6g6.

ie reçois uotre lettre de 9 de ce mois, ie ne uous écriuis pas par le dernier or [dinai]''^, mais uous aurés eu des nouuelles de M. de M., et de M. Chasot qui le firent pour eux et pour le reste de la compagnie ; elle est augmentée depuis trois jours par Mad.« et Mad.'l'' de Moras, qui nous quitteront demain 2.

I. Jusqu'au moment où il prendra part aux nouvelles concernant le procès du quiétisme, il restera dans son vrai rôle d'un père envoyant à son fils les nouvelles de la famille, et ne lui parlant que de ce qu'il entend bien lui-même. Le commencement de sa lettre nous avertit qu'il n avait pas écrit le hindi 22, mais il nous manque probablement les courriers du ai septembre, du ler octobre, du 8 et du i5 de ce même mois. Les deux dernières dates ne sont pas non plus représentées dans les lettres de Bossuet; mais il y en eut une le samedi 27 octobre, et les deux frères étaient ensemble à cette époque, puisque leurs lettres sont datées de Germigny.

a. Tout porte à croire qu'il s'agit de la présidente de Moras, nommée dans la lettre de Bourdaloue à un inconnu, qu'il est encore difficile d'identifier sûrement, en date du 27 février lôgS ou 169g. La raison que donne le P. Chérot, pour préférer la première de ces deux dates possibles « Bourdaloue dans les dernières années de sa vie n'ayant plus guère écrit qu'à ses frères en religion » (Bourdaloue, sa Correspondance..., p. 119, n. i), est-elle à ce point décisive ? La lettre au cardinal de Bouilloni (1708), et à Mgr de Saron (1701), trouvées depuis, sont venues donner un heureux démenti à cette conjecture trop hasardeuse pour dater la lettre du 27 février. Je transcris la notice rédigée par le P. Chérot sur cette correspondante de Bourdaloue, dont la lettre est encore à trouver. « La présidente de Moras, née Marie Cadeau,' avait épousé Guillaume

Les italiens sont bien aise, les uoila défaits tout à la fois des françois et des allemans, ceux cj ont de quoi se consoler auec leur cent mille pistolles et nous auec une princesse qui uaut son pesant d'or et qu'on ueut qui soit suiuie d'une paix generalle dans noel sans aller plus loin [.] M. de M. pourra aller a font[aineble]'"i le lendemain de la Toussaint auec M. Chasot et nous a paris rejoindre mad. foucault et M. Milet son curé ' [.] Mandés nous si frescati^ uaut germini, tant mieux si uous uous j portés encores mieux qu'a rome [.] ie saliie M. Phelipeaux [.] son doien fit merueille a la conférence de ieudi dont il etoit le tenant a ce qu'on ma dit.

Monsieur Monsieur l'abbé Bossuet, a rome.

Fremyn, seigneur de Moras, président au Parlement de Metz. Elle eut pour fils Horace de Moras, qui fut ministre sous Louis X\ , et pour fille Marie-Angélique de Moras, mariée le A décembre 170g au duc de Villars- Brancas. La famille de Moras, d'origine napolitaine, remontait à Jean- Michel de Moras, baron de Fanal, qui accompagna Louis Xil en France à son retour d'Italie. Elle s'établit en Limousin. (Bibl. nat.. Dossiers bleas, p. 171 ; Cabinet d'Hozier, p. a47 ; Pièces originales, p. 3o4.3 ; — Chérot, loc. cit., p. 1 18, n. 2.) — Il s'agitde la future duchesse de Villars- Blancas, encore alors Mlle de Moras. La condition de président de Metz, par suite de la présence à Gerniigny de M. Chasot, s'explique à merveille. Lâchât, qui dit avoir revisé sur l'original cette lettre du 27, a mal lu et imprime : « Nous avons ici Mme et Mlle do Mérat. » (Lâchât, t. XXIX, p. 35.)

1. Mme Foucault est, comme nous avons dit, Madeleine Bossuet, la sœur de l'évêque. Voir plus haut, p. Sg.

2. Frascati, où l'abbé Bossuet avait été suivre le conseil que son oncle lui donnait dés le 16 juillet :' « Ayez soin de votre santé pendant ces chaleurs. » (Lâchât, t. XXIX, p. 9.) Il y allait sans doute guérir la fièvre dont parle la lettre du même au i"' octobre : « Je suis bien aise que votre accès n'ait rien été. » (Ibid., 3i.) Son oncle lui dira encore, dans la lettre du 5 novembre : « Soyez bien en repos en votre maison de Frascati ; je voudrais que ce fût en la maison de Cicéron. » (Lâchât, t. XXIX, p. /(i.) Mais le i'^'' décembre, dans une lettre à citer plus loin tout entière (Voir plus bas, p. 76, n. 3), il lui rappelle le but principal de son voyage, qui est de se créer des relations utiles et de bonne marque.

La lettre de Bossuet disait en effet : « Je suis heureux de vous savoir à la campagne. La nôtre est plus charmante que jamais. Les fontaines vont jusqu'aux nues*. Nous allons commencer un bel ouvrao:e le Ions: de la rivière et en noyer les petites îles. Le fonds se prendra sur le prix des routes. Cela embellira la Marne. »

Le pi'ojet indiqué dans la lettre du 28 octobre par Antoine, se réalisa le 2 novembre, vendredi, lendemain de la Toussaint. Sans doute, Bossuet célébra la fête à sa cathédrale, et quitta ensuite son diocèse pour retourner à la cour.

Paris 5 no[vein]bre (i6q6) -.

Nous (sic) séparâmes uendredj a Meaux mon frère tira du coté de font [ainebl]'"' auec M. Chasot et le reuiens icj auec notre frère ou i'aj receu uotre lettre du 16 octobre, mon frère m'écrit du 4-, la princesse de Sauoie sera auiourd'liui à Font [aineble]»" [.] la lettre de M. Ciiasot uous apprendra les nouuelles, auant que de nous quitter a Meaux il fut résolu que ie remettrois entièrement ma charge a uotre frère cela sera fait a la S' Martin il s'animera peut être quand il uerra les choses de plus prez ^ [;] ie le souhaitte

1. C'étaient les fameux jets deau de Germigny pour 1 établissement desquels Bossuet avait emprunté le secours du « fontainier « de M. le Prince. Il avait écrit à Condé, le g octobre i685 : « Mes ouvrages sont achevés, Monseigneur ; et il ne me reste plus qu'à rendre grâces très humbles à V. A. S., et à lui demander pardon d'avoir retenu si longtemps son fontenier. Il a travaillé avec beaucoup de soin jusqu'à hier ; et pour moi, je me suis .rendu si parfait dans les hydrauliques, que V. A. dorénavant ne me reprochera plus mes àneries » (Lâchât, t. XXA I, p. 434).

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