Relation, i'^ partie, p. 2'ii
LETTRES SUR LE QUIÉTISME g3
Le retour dont parle la lettre d'Antoine, et qui parait avoir dû coïncider tout d'abord avec celui du cardinal de Janson, est donné dans la lettre de Bossuet, du i8 mars, comme une inspiration spontanée de l'abbé Bossuet :
Nous approuvons beaucoup, lui écrit son oncle, la résolution que vous prenez de revenir aussitôt que vous aurez vu à Rome M. le cardinal de Bouillon. Il vous prépare toute sorte de bon accueil, et m'a même dit qu'il prétendoit bien que vous n'auriez point d'autre logis que le sien. Mais il faut demeurer dans votre train ordinaire, et seulement lui rendre fort assidûment vos respects. C'est bien fait aussi de faire votre voyage comme vous l'avez projeté et ne donner point de fatigue à M. le cardinal de Janson * .
Ce projet de retour à petites journées, à la suite du cardinal, fut bientôt modifié. L'oncle dut rappeler à son neveu de songer à revenir ; il le fait le 3i mars :
Voici le temps où. il faudra que vous retourniez : un plus long séjour seroit interprêté à oisiveté. Jusqu'ici tout va bien, mais il ne le faut pas gâter. J'ai besoin de vous et de M. Phelipeaux, et je compte que l'arrivée de M . le cardinal de Bouillon vous déterminera, sans attendre M. le cardinal de Janson. Vous aurez encore (juelque chose avoir en Italie, et vous saurez bien prendre votre tour ^.
Et le 7 avril, plus pressant encore, Bossuet écrivait de Meaux, le jour de Pâques :
Je n'ajoute rien à ce que je vous ai mandé de votre retour. Tous nos amis sont ici d'accord qu'il est temps d'y penser, et qu'un plus long séjour ne feroit pas bien ici ^ .
Les lettres de rappel se font plus vives, et, le 22 avril, l'évêque insiste :
I. Lâchât, t. XXIX, p. 6S. — 2. Ibid.. p. 71. — 3. Ibid., p. 78.
94 FÉNELOJ*
Songez au retour : un plus long séjour seroit mal interprêté ici, et deviendroit une affaire. Jusqu'ici tout se prend bien ^.
Gomme la lettre est datée de Paris, faut-il conclure que, non seulement l'opinion de son entourage de Meaux préoccupait Bossuet au sujet de l'effet produit par ce séjour prolongé de son neveu à Rome, et de l'influence qu'on en pouvait craindre sur leurs projets d'avenir, mais aussi la pensée du roi et de la cour ? Avec insistance toujours, la lettre du 19 mai, qui lui promet de le faire appuyer pour un induit en faveur de son abbaye de Savigny, réfute deux objections que l'abbé, dans une lettre qu'il n'a point jugé à propos de publier, opposait à son retour :
Il est de la dernière conséquence pour vous et pour moi que vous partiez a peu près en même temps que M. le cardinal de Janson avec M. Phelipeaux. Des deux difficultés que vous apportez pour différer votre départ, mon frère en lève une qui est celle de l'argent ; vous surmonterez celle du temps, comme M. le cardinal de Janson^.
Le 3 juin, l'évêque de Meaux luttait encore :
Disposez-vous au retour le plus tôt que vous pourrez : vous en voyez toutes les raisons qui augmentent de jour en jour. Si vous avez des raisons nécessaires de prolonger durant quelque temps votre séjour à Rome sans affectation, j'ai prié M. Phelipeaux de ne vous pas quitter et je l'en prie encore ^.
Bossuet, on le voit, avait très loyalement et instamment demandé le retour de son neveu *. Mais à cette époque, ébranlé déjà sans doute, il songe à lui permettre de rester afin de négocier pour lui '^ ; il a soin pourtant de lui laisser pour guide son ancien précepteur. Nous verrons, d'ail-
I. Lâchât, t. XXIX, p. 85. — 2. Ibid., p. 92. — 3. Ibid., p. gS.