‹ FénélonChapitre 57 sur 138 · Ibid., p. i3o · texte numérisé non relu

Ibid., p. i3o

LETTRES SUR LE QUIETISAIE IIQ

Il n'est plus question, lui écrit-il dans la seconde, de ménager autrement M. de Cambrav qu'en n'en parlant qu'autant qu'il sera nécessaire. Vous aurez... à me préparer une i'avorablc attention sur tout ce que je pourrai envoyer par rapport aux dispositions de deçà. Insinuez à qui et quand vous le jugerez à propos, qu'il sera utile de deçà, pour y préparer la voie à la décision, de faire paroître des écrits forts, où l'on instruise le peuple de l'importance de la chose, toujours on marquant le respect convenable au Saint-Siège et l'attente de son jugement. Surtout il faudra faire voir que ce n'est point une pointillé de dispute théologique, mais d'une erreur qui iroit, comme celle de Molinos, qui n'v est que déguisée, à la subversion du culte '.

Bossuet, qui savait par expérience avec quelle rapidité Fénelonrépoudalt aux écrits, mais qui surtout craignait que l'effet de l'appel au Saint-Siège, signé le samedi 4 août chez le nonce par l'archevêque avant sa retraite à Cambrai, ne fit imposer silence aux deux partis (II s'en montre souvent préoccupé), songe à faire agréer ses écrits futurs. II n'en protestera pas moins qu'il ne publie rien que pour « répondre » à Fénelon. Convaincu comme il l'était qu'il y « allait de la religion », et peu sur de l'altitude du Pape, dont il avait écrit, peu de temps auparavant: « Je crains que la tête du Pape ne soit pas trop bonne'- », il éprouvait le besoin de préparer la voie à la décision. C'est le rôle des écrits qu'il annonce à son neveu dans ses lettres du 1 8 et du 26 août, soucieux aussi de diriger celui-ci dans la conduite à tenir vis-à-vis de l'abbé de Chantérac, de dive|^ cardinaux, du cardinal de Bouillon en particulier, auquel il ne devra guère « faire confidence », sinon des choses « qui doivent i nécessairement venir à sa connaissance' ».

L'évêque devait avoir bientôt lieu de se rassurer en apprenant par les lettres de son neveu que celui-ci se mouvait

1. Lâchât, t. XXIX, i3(j. — 2. Lettre di] j août, ibid., p. lib. S. Lettre du 26 août, p. 189.

à l'aise dans les intrigues et montrait un esprit très délié. C'est bien l'opinion du récent biographe du futur évêque deTroyes. «L'abbé Bossuet, écrit M. E. Jovy, dans ce milieu ecclésiastique italien, semble s'être montré très remuant, très souple, très habile... Il déploie un sens politique très fin, une science théologique très alerte'. » Cependant, à ne juger l'abbé Bossuet que par sa correspondance, et même toute abstraction faite de son jansénisme, je crois devoir, sans le noircir autant c|ue le cardinal de Bausset, lui laisser ce titre de « petit neveu d'un grand homme », dont l'a si bien marqué Joseph de Maistre. L'abbé Bossuet pouvait du reste aller de 1 avant, sur que son oncle était appuyé en haut lieu:

Vous pouvez croire, lui écrit Bossuet, que je ne fais rien sans la participation de la Cour. Dans la place où se trouve M. l'ar-s chevèque de Reims, vous voyez qu'on est obligé de le mettre dans notre concert'-.

Ces derniers mots en insinuent beaucoup, et ce devait être à regret que, à cause de sa place, Maurice Le Tellier, qui de tout temps jalousa Bossuet, était tenu au courant des négociations. Ce ne serait pas une raison cependant pour dédaigner les fragments inédits des lettres autographes de ce prélat à l'abbé Bossuet, dont il a été parlé '. Nous ne pouvons guère ici que les mentionner *.

1 . Cf. Ernest Jovy, dans sa Biographie inédile de Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Troyes. Vitry, Tavernier, 1901.

2. Lâchât, ihid., p. iSg, de Juilly, 26 août. — .3. Cf. plus haut, p. 4o. 4. Celle du 26 août 1697 n'est qu'incomplètement inédite. Le déhut, une

page de la lettre originale, parce qu'il concernait l'afTalre du Quiétisme, avait été imprimé par Deforis, qui avait eu soin d omettre les nouvelles du temps qui forment la majeure partie de la lettre. Est-ce parce que l'extrait conservé ainsi (sans porter cependant comme d'autres fragments le titre Extrait) a semblé insignifiant aux éditeurs suivants, qii'on le cherche vainement, du moins à sa place, dans les éditions Lebel et Lâchât.''

Les lettres de l'archevêque, qui contiennent peu de chose sur le Quiétisme, montrent seulement que Le Tellier omettait volontiers les occasions d'écrire à son agent de Rome, Dom Estiennot; elles ont l'avantage de suppléer, pour les petites nouvelles du temps, à l'absence de la lettre d'Antoine. Celle de Bossuet du 26 août, tout entière aux instructions à donner à son neveu, n'en contient aucune. Nous en retrouvons dans le billet daté du 2 septembre, envoyé à l'abbé par son père :

Paris 2 Sept. gy.

J'enuoié à Meaux la lettre que nous m'aués écrite par le courier de M. le card. de bouillon aussi tôt que ie l'eu receûe, uoici le paquet qu'il ' uient de ra'enuoier. Il ne reuiendra que trois ou quatre iours aprez la notre dame, M. le Card. de Janson est attendu le 5. J'aurai l'honneur de le voir aussi tôt pour lui faire les compliments de M. de M. et les miens sur les obligations que uous lui aués, ce qu'il y a icv de nouueau est que M. le P[rince] de Conty sur des nouuelles uenues de pologne doit estre parti ce soir pour j aller par dunkerque, ses gentilshommes et ses officiers partirent dez hier en poste, le Chevallier de Silleri - en est un qui en partant a déclaré son mariage auec Mlle bigot fait il y a enuiron un an [.] on tient la paix arrêtée et que Luxembourg et Strasbourg nous demeurent mais que nous rendons bien des places.

Au milieu de ces grandes nouuelles uous iugés bien qu'on laisse le quiétisme a repos, c'est a vous a faire son deuoir, l'enuoié sera' bien tôt (M. Phelipeaux n'est iamais entendu être excepté d'aucun secret nous le regardons comme un ami très capable d'aider par

I . // c'est Bossuet, évidemment ; sa lettre du 2 septembre est datée de •■ Germigny, mais il ne demeura guère à Meaux après la fête, car la lettre suivante à son neveu, du y, est écrite de Paris. i

a. Sur le chevalier de Sillery, v. Saint-Simon, t. I, p. 2^6, n. 3, t. IV, p. igS.

sa doctrine et par son conseil). Il court un bruit qu'on vendra

toutes les charges de la maison de la princesse et que cela peut

aller a quatre millions ', on dit aussi que le roi j répugne, nous

uerrons cpii l'emportera, M. de M. cependant se tranquillise ^ a

germini [;] M. Chasot est auec lui pour rcceuoir la grande et la

petite abbessc de Soissons qui ^oiuent aller aussi s'j tranquilliser.

M. de Reims i a été deux iours, mad. la Chancelicre sa mère se

meurt ^, ma soeur et votre frère uous embrassent, ie salue

M. phelypeaux, galeran ^ s'en retourne auec la cour de pologne,

on dit que M. l'électeur de Saxe commerce plus qu'on ne ueut et

que sa maîtresse qui ne le quitte point est meilleure catholique

que mad. l'Electrice, cette affaire la peut aller assés loin '".

Monsieur

, Monsieur l'abbé

Bossuet

a Rome

1. Bossuet parle de ce projet dans la lettre du 2 : « On dit qu'on ven dra toutes les charges de la maison de Mme de Bourgogne, et que celli de premier aumônier sera de i 20 000 livres que je ne donnerai pas « (La chat, t. XXl\, p. 1^2). Le 16. rien n'était fait encore, et il écrit de Paris : « Je revins samedi de Marli où il ne se fit rien pour les charges de la maison de la princesse. Je retourne demain à Versailles. »

2. Tranquilliser (se), au sens de prendre son repos à la campagne, n'est pas admis dans le Dictionnaire de l' Académie de i6g4. On y lit : « Tranquilliser, V. a. Rendre tranquille. Il n'a proprement d'usage qu'en parlant des humeurs du corps. Ce remède là est propre pour tranquilliser les humeurs, tranquilliser les esprits. »

3. La chancelière était Anne Turpin, veuve de Michel Le Tellier.

4. Sur Galleran, voir plus haut, p. 60, note i : Sainl-Simon, t. IV, p. 186 et 489.

5. La conversion de l'électeur de Saxe, Frédéric-Auguste, semblait suspecte à Bossuet : « La conversion de M. l'électeur de Saxe, écrit-il au 22 juillet, paroit être une illusion. On dit néanmoins qu'il est appuyé du pape et que le nonce est déclaré contre nous.l. » (Lâchât, t. XXIX, p. 116). Cf. dans Saint-Simon, t. IV. p. 188, les détails sur l'acharnement de l'électrice « zélée protestante ». qui fit tout pour empêcher l'abjuration de son mari. — Christine-Eberhardine, fille aînée du margrave de Brandebourg-Bareith. née le 29 décembre 1O71, avait épousé l'électeur de Saxe, le 22 janvier lôgS (Ibid., note i). Cf. Appendice, t. IX, p. 488,. note 3, p. igi et igg où est citée la formule d'abjuration.

La lettre du g manquait. Elle vient d'être retrouvée à Reims. En effet les dernières et très heureuses découvertes faites à Reims par M. l'abbé Ch. Urbain, grâce au catalogue de la collection ïarbé', nous ont procuré quatre lettres d'Antoine Bossuet, dont il a eu l'obligeance de me réserver la primeur. Ces autographes inédits qu'il a transcrits conformément à l'original, conprennent la lettre qu'on va lire, et les trois dernières en date du frère de Bossuet, précédant de si près son décès. Rien ne saurait donc plus opportunément enrichir notie étude que cette contribution inédite, et je ne puis trop remercier, sans surprise d'ailleurs, mon excellent ami de compléter les recherches enlreprises sur la curieuse correspondance d'Antoine Bossuet avec son fils.

P[aris] f) sept. [i6]r/y

M. lecard. de Jansson arriua auant hier au soir en bonne santé, il a fait dire qu'on ne le uoioit pas, il a su c[iie ie l'ai cherché mais ie ne l'ai pas vu. Il fut hier dez le matin chez M. de la uieuille chez M. lecard. d'estrée chez M. de Reims qui le mena l'apres diné à Versailles et qui lui aura dit les dilligcnccs que que i'ai fait pour M. de M[eaux] et pour moy afin de lui témoigner notre reconnessance, ie cherché tout de suitte M. l'abbé de la uieuille et l'aiant manqué ie uis AI. son frère qui me dit de nos nouuelles et qu'il ne manqueroit pas d'entretenir M. de M. aussi tôt cpi'il seroit à paris. 3 (il), dit qu'il n'i auroit point de f (censure) Gi (contre") 55 (le livre) de 9 (M. de Cambrai mais 8 (qu'on) Z i3 (le) mettroit à l'index apparemment. 63 (M. de Meaux) arriue. 3 (il) 1 (vous) marque 8 (qu') il n'a pas reçu le nouueau chif. (chiffre) i8 (M. de Meaux) en est embarrassé ne pouiiant entendre en p (la lettre) du 20 (P. de la Chaise). En attendant Z (on) se seruira de l'antien.

I. Récemment publié par M. L. Deniaison, P.iris, Plon-Nourrit, 1909, in-8.

M. de Reims est présentement auec 63 (M. de jNI.) Il uous a écrit. Je n'ajoute rien. M. le p. de Conti auec l'escadre de Bart a trauersé les vaisseaux des anglois. Mad. la duchesse de la feuillade fut enterrée auant hier, uous deués quelque compliment la dessus, Votre tante, votre cousin uotre frère uous embrassent. A monsieur Monsieur l'abbé Bossuel

au palais martiny (sic pour massimi) a Rome.

Cette première lettre n'exige point de commentaire. Tout au plus est-il opportun de signaler une fois de plus combien peu fortuit, au point de vue de la condamnation de Fénelon et du procès à poursuivre à Rome contre lui, avait été ce fameux voyage de curiosité entrepris par l'abbé Bossuet accompagné de son mentor, l'abbé Phelipeaux'. On voit que dès le retour du cardinal Janson, quittant son poste de Rome, on s'empiessait auprès de lui,| faisant agir toutes les inlluences, parmi lesquelles celle de l'aichevêque de Reims ne fut jamais la moins active.

Paris, i6 sept. i6gj.

Nous avons reçu vos lettres du 27, qui tiennent bien un autre langage sur M. de Cambray que les abbés qui sont venus de Rome^. Ils voient bien que tout demeure ici dans la même situation et que ceux qui sont pour M. de Cambray n'osent parler qu'à basse note. Ils font pourtant courir le bruit que M. de Cambray a un plus puissant parti à Rome par le moyen de ses amis et qu'on y a mesme envoyé de l'argent.

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