Revue Bossuet, 1. c, p. l'io
2. Les détails d'ordre privé dont traite ce billet expliquent pourquoi les Bénédictins n'en ont cité que les passages enfermés par eux, sur l'autographe, entre des crochets, figurés ici par les doubles parenthèses (Cf. éd. Deforis, t. XIV, p. 196). Plus gratuitement encore les éditions Lebel, Lâchât, Guérin, etc., ont supprimé de cette lettre même ce que les premiers éditeurs en avaient gardé, et il n'en reste plus trace chez eux. — Cette sœur de la Croix est sans doute la religieuse dont il est question à plusietirs reprises dans la correspondance d'Antoine (Cf. plus haut, p. 63; lettre in, 2 juillet 1696; lettre iv, 9 juillet, ibid., p. 66).
1 6o FÉJJELON
[[Vous debuez aiioir p[rese]ntement l'esprit tout à fait en repos sur le sujet de la calomnie qu'on auoit pris en gré de respandrc contre vous ; i'ay leu ce que INI. vostre oncle uous a enuoyé par ou vous aurez veu que l'affront qp'on vouloit vous faire est retombé sur vos accusateurs : ie m'en resiouis de tout mon cœur auec uous.]]
ie partiray dauiourd'huy en huict iours pour m'en aller à reims, ie cornpte d'y demeurer iusques à la fin du mois d'aoust parce que i'ay beaucoup d'affaires dans mon diocèse principallement sur la frontière ou ie n'ay peu aller pendant la guerre, ie seray obligé d'v faire un tour : [[ie vous supplie de me faire l'amitié de me mander dorenauant en droiture des nouuelles de l'affaire de M. de Cambray, affin que i'en sois plustost informé, les lettres que ce prélat a escrittes a M. l'ar. de Paris et a M. de Meaux monstrent partout la corde, ces deux prélats trauaillent actuellement a des réponses qui le chargeront de confusion.]] On ne peut estre plus a vous que j'y suis
L'ar. duc de reims
La lettre d'Antoine touche de plus près encore aux questions du Qulétisme, comme en témoigne la place dc^ parenthèses, disposées sans doute par un des Bénédictins éditeurs de la correspondance de Bossuet, en vue d'extraits à publier.
Paris C) may g 8
[[On dit que c'est chez les Jésuites que le livre de M. de Cambraii a été mis en latin auec la lettre de soumission (au) Pape. M.
I . Les parties cLifTrées ont été traduites en interlignes par Doni G^ niac. Le manuscrit porte, par exemple, : « On dit que c'est chez i3.56.8.5i a été mis... de soumission à 21 ; g ne scait... 18 rédige... » Les chiffres 9, désignant Fénelon, et 18, signifiant Bossuel, manquent dans les clefs publiées par Lâchât.
LETTRES SUR LE QUIÉTISME l6l
Cambrai ne scait de quel côté tourner, il écrit, donne des explication a sa mode qui ne contentent point, Le roi et Mme de Maintenon sont instruits de tout [;] les choses sont arrestées (;] M. de Meaux rédige, vous (sçavez) les points g[é]n[ér]aux, on commancera par communiquer a M. de Cambrai et suiuant ce qui arriuera on pourra écrire a Rome, car deux des prélats qui ont part aux propositions dont il est parlé dans l'auertissement ne s'en veullent pas tenir a l'explication de leur principes qu'on prétend donner avec plus d'étendue dans les articles urais,ie ne dis rien de plus, Vous êtes informé d'ailleurs, on est fort content de ce que vous (faites) ' et du compte (que vous rendez), Il est important dans cette conioncturc d'être bien instruit de part et d'autre [;] plus les .. sont embarrassés plus ils usent de tous les moiens pour sortir du mauuais pas.]]
Je recois encore une lettre de M. St priest sur le suiet du Bénéfice dont ie vous ai écrit qu'il dit être dans leur maison depuis «oix[an]'« ans ^, le sieur Guérin me faisant reponce sur l'auis que ie lui auois donné et qui deuoit uenir de iluj me demande des éclaircissemens inutiles en me marquant que le deffunt abbé etoit de ses amis [.] ie lui mande que ie ne doute pas que M. de Cha-
1. Autographe: «... de oc que fait 82 ». — La phrase d'Antoine n'est pas énigmatique, lorsqu'on se rappelle les fréquentes déclarations de Bossuet. Chaque fois qu'il a eu à défendre la Déclaration des trois évê- ■ques, que ses adversaires présentaient comme un jugement anticipé et prévenant celui de Rome, il a parlé dans le même sens (Cf. la fin delà lettre du 3o décembre 1697, ^ ^^'^ neveii : « Les bons Pères Minimes ■ont mandé ici, etc. » (Lâchât, t. XXIX, p. 261). L'Avertissement mis ■en tète des Maximes des Saints contenait cette phrase : « Deux e;rands prélats ont donné au public trente-quatre propositions qui contiennent ■en substance toute la doctrine des voyes intérieures ; et je ne prétends dans cet Ouvrage qu'en expliquer les principes avec plus d'étendue. »
2. Cf. Dangeau, t. IIL p. 455. « Le roi, écrivait-il le lundi ai décembre 169 1, a donné à l'abbé Bossuet, neveu de l'évèque de Meaux, l'abbaye de Savigny, près de Lyon, qui vaut aussi 8 000 livres de rente ; elle étoit vacante par la mort de l'abbé Dalbon : il y avoit cent quatre-vingt-dix ans qu'elle etoit dans la maison de MM. d'Albon. » Le ténéfice dont il est question ici dépendrait-il de Savigny ? On voit que la longue possession était invoquée comme argument par les bénéficiaires, et leur semblait constituer un droit.
Griselle. II
teaunciif ne fasse ce qu'il faut [,] qu'il ne l'en sollicite et qu'il ne vous donne auis de tout '.
J'enuoié par un cxprez uendredi uos dernières lettres du i6 auril a M. de Mcaux. Il fait l'usage qu'il faut de ce que vous lui (mandez) touchant /<> pape et le roi. M. de Rheims attend auec sa patience naturelle - la réponse sur Sfondrat ■'.
Le laquais n'est pas malheureux d'être sorti d'intrigue comme
1. Il s'agit apj)aremnient clans ce paragraphe de démêlés relatifs à l'abbaye de Savigny conférée à l'abbé Bossuet en 1691, grâce à l'intervention de Mmes de Luynes (Cf. plus haut, p. 49 et p. 5o,"Tiote 2). Le nom de l'abbé de Chàteauneuf se rencontre dans la correspondance de l'abbé Bossuet avec son oncle et on y voit son titre ofiBeiel : « M. de Chàteauneuf, mon grand vicaire, pour les bénéfices de mon abbaye », etc. (Lettre du 7 avril ifigQ, t. XXX, p. 371), Ces détails d'affaires de famille et de procès sont trop obscurs pour qu'on en puisse reconstituer l'histoire.
2. La patience de Le Tellier n'allait pas loin, comme le rappelle la lettre si connue de Mme de Sévigné sur son carrosse renversé par un cavalier, renversé d'abord lui-même, mais échappant à la vengeance et aux cris irrités de l'archevêque grand seigneur (Cf. lettre du 5 février ■ 1674, t. in, p. 4oi). Les satires du temps lui conseillaient de « s» défaire »
De son ton de Sarmate et ses airs de corsaire.
(Cf. Correspondance de Quesnel, publiée par Mme A. Le Roy (Paris, Perrin, 1900, in-8, t. II, p. 12).
3. L'affaire, laissée ensuite prudemment en suspens, de la condamnation de ce cardinal, coupable d'avoir combattu les « libertés gallicanes », mériterait une de ces monographies qu'il vaut la peine de tirer des lettres trop peu connues de Bossuet. Elles sont pleines de faits instructif» et, même sans aucune recherche de l'inédit, sont de nature à montrer bien du nouveau dans ce siècle qu'on croit si bien connaître, et dont l'histoire religieuse est si complexe, pour ne point dire si peu débrouillée encore. M. l'abbé Charles Urbain en a touché quelque chose dans son intéressant essai intitulé : la Défense de la déclaration de 1682 {Bulletin du Bibliophile, i5 février 1902, p. 52 et suiv.). Rien ne serait plus instructif que de relever l'histoire de cette campagne essayée, puis abandonnée de peur de nuire au succès de la condamnation de Fénelon. La lecture attentive des lettres de Bossuet à son neveu, et à son confident, M. de Mirepoix, permettrait de la restituer. Le rôle de l'archevêque dft Reims y est notable.
il a fait ', les portraits sont acheués des trois princes et de la princesse [;] on les apportera demain a ma sœur (; j aprez quoi on les emballera pour les faire partir, M. l'enuoié de Florence est uenu <; de ^ par ordre do M. le grand duc rendre à M. de M. une lettre de remerciement très obligeante sur le liure que M de M lui auoit enuoic, il demanda des nouuelles des portraits '^.
M. le M»l de Catinat qui ctoil nommé pour commander sur la moselle ua commander en ilandres et part pour Cambrai, le roi aura prez de deux cent mille homme en ce pais la
Le Pr[ince] d'orange manquant d'argent a fait porter a la monnoie {toute) la vaisselle d'argent de son àv{essoir ?) on l'attend bientôt aux pais bas [.] La famille est en bonne santé (et) vous embrasse sur tout ma {sœur) et votre frère, uoici la lettre d(e M. de M [eaux] ^.
A Monsieur Monsieur l'abbé Bossuct
Bossuet parle souvent de la « bonne humeur^ » que conserve toujours Antoine, au milieu même des accès de goutte, signalés de temps en temps dans ses lettres. Cet enjouement du père de l'abbé Bossuet ne pouvait manquer de se traduire. Sa lettre du 12 mai va du reste nous édifier sur le ton de sa plaisanterie.
I. Faut-il voir quelque sens caché dans la phrase sur le laquais ? Ce ^rait en tout cas un passage qui aurait échappé à la sagacité de Dom Coniac et des premiers éditeurs marquant entre crochets, en vue de citations, les parties de cette lettre relatives au procès de Rome. Il s'agit probablement de quelque détail regardant la vie privée de Bossuet et de l'escapade d'un valet, le môme sans doute dont parle la lettre du 12 août 1697 (Cf. j)lus haut, p. III, lettre xxx. Cf. plus bas, p. 168, lettre lxvii).
2. Sur les relations avec la Toscane et les portraits exécutés en faveur du grand-duc, voir plus haut, p. 80, note i, et p. 106.
3. Les mots, mis en italiques et entre parenthèses dans cette phrase, sont conjecturés ; une déchirure de la lettre autographe a fait disparaître le texte.
6. Cf. Lettre du ifi juin 1698 : « Mon frère a toujours la goutte ... du reste sa bonne humeur no s altère jamais n (Lâchât, t. XXIX, p. 4i<J).
l64 FÉNELO>î
LXYI
Paris hindi i a. mai (jS
[J'ai] reçu vos lettres du 22. auril ' prenes au pied de la lettre ce que ie uous ai mandé sur notre lettre a M[tnJ'^ de foix '■^ ie ne l'ai point ui» et si elle auoit été dans uotre paquet au lieu de celle pour M pirot et que ie n'eusse pas crû qu'il eut été a propos de la rendre ie uous l'aurois mandé [.] M. de M. a qui i'ai dit quelque chose de ce que uous m'en ecriués croiant que uous auriés mis cette lettre dans son paquet au lieu du mien m'a dit que cette dame dont M. Le Boisseau m'a tant uanté autrefois le mérite auoit reçu une de nos lettres et parloit fort bien sur ce qui uous regardoit, on l'en a assuré, mais comptés que les bons sufrages sont de M. le nonce et de M'* les cardinaux. C'est a uous auoir comment celte lettre que vous avés crû m'adresser est parueniie à la dame.
[[Nos trois eveques •' ne préparent pas poires molles mais de vraies bombes a M. de Cambraj pour repondre a toutes les pièces qu'il fait courir par tout [;] ils uous en écriront et assure-
1. Il faut lire, dans la correspondance de l'abbé Bossuet, sa lettre à son oncle de même date (Lâchât, t. XXIX, p. Sqq-^oi). La fin est [)lelne des préoccupations sur le cardinalat de Bossuet, et il est probable cpie la lettre perdue à Antoine traitait le même sujet, ce qui explique comment toute la fin de celle-ci roule sur les chances possibles d'obtenir le chapeau. Le premier mot de cette lettre a disparu, l'autographe étanlj écorné par une déchirure.
2. Mme de Foix, la mère ou la sœur du jeune comte assisté par Bossuetdurant l'Avent de i665 (Lebarq, t. IV, {). bga et Hisl. crîl. de la prédication de Bossuet, p. a 20 ; Ledieu, Mémoires, p. gS), send^le avoir reçu cette lettre <pie l'abbé lui croyait avoir envoyée par l'intermédiaire d'Antoine. Cf. plus bas, p. ujS, n. 4. Comme il parait être question d'une sollicitation de témoignage en sa faveur à propos de son aventure de Rome, j en ai parlé plus au long dans l'exposé de cet incident, p. 77, note i (Cf. Lettre de l'abbé Bossuet, 12 juillet 1698. Lâchât, XXIX, p. dgd).
3. Bossuet. Noailles et Godet des Marais, les signataires de la Dé- j xdaralion des trois évéques à laquelle Fénelon avait répondu. Conçoit-on 1 1a « perversité « de Fénelon qui avait l'audace de se défendre 1 Inde iras. I
LETTRES SUR LE QUIÉTISME l65
ment on uerra l'auteur et le liure plus décriés que iamais, et si la cabale l'emportoit à rome cela feroit grand tort a la relligion et a l'autorité du S' Siège ' car tous les bons catholiques uerront que le fond de toutes ces nouucautés est un pur quietisme ; ceux qui pénètrent le plus les consciences s'en appercoiuent bien ' Il ne faut point du tout s'attendre que M. de Meaux puisse tirer aucun secours de la cour louchant le chapeau de cardinal '^ On honore [,] on admire M. de Meaux ^ [:] sans lui M. de Cambrai auroit tout [;] cela est certain [;] mais il faut compter qu'un grand coup regardera touiours M. de Paris, uniquement. Ainsi il faut pour lui d'autre monnoie [;] il n'i a rien a faire [.] Il est raui [.] On a pourtant de notre tems un cardinal du propre mouuement, le Pape qui nous porte dans ses antrailles deuroit bien mettre jU. de Meaux iusqu'in petto ^ [.] t7 n'aurait pas grand chemin a faire]] La goûte
1. Cest là un beau zèle pour l'autorité du Siège apostolique. Nous avons déjà rencontré des phrases analogues chez Bossuet et son neveu Cf. plus haut, p. i46, note i . et pl,us bas, p. 177 ; cf. aussi Lâchât, t. XXIX, p. 369). « La religion et l'Etat sont à présent à Rome en péril évident » (Lettre du i"' avril 1698 à son oncle). Nous savons pourtant que si Rome s'était permis de renvoyer sans condamnation l'évêque de Cambrai, on était décidé à aviser en France, et Fénelon le savait (Cf. Œuvres, t. XXX, p. 255, lettre à l'abbé de Chantérac, 8 décembre 1697).
3. Ici encore Antoine est évidemment un écho, et ce n'est pas lui qui pouvait être au courant des « consciences n envahies par le quiétisme.
3. La liste publiée par Lâchât (t. XXX, p. 690 et suiv. Tableau II) marque comme signifié par zéro : l'abbé d'Auvergne. C'est, il le faut craindre, une des méprises ordinaires de cet éditeur. Dom Coniac, qui a déchiffré en grande partie la lettre d'Antoine, a écrit au-dessus de zéro :
. « le chapeau de cardinal», et avec raison. Comme l'abbé d'Auvergne était l'un des compétiteur.? redoutés par l'abbé Bossuet pour le chapeau qu'il souhaitait à son oncle, l'erreur de Lâchât pourrait avoir là sa source. Lui qui regarde rarement d'assez près, aiu-a pris « le Pirée pour un homme » .
4. Autographe: « Z admire Bazile sans lui la Bruierc auroit tout... mais... un grand coup regardera touiours Anselme, uniquement. »
5. L'épaisseur de cette plaisanterie repose sur une allusion à la parole bienveillante du pape, dans l'audience que l'abbé Bossuet avait reçue le jour où il alla présenter l'Instruction sur tes états d'Oraison. Il l'avait
j rapportée dans sa lettre du 9 avril 1(397. O" J ^^^ • " ^^'^ (^^ Sainteté) me répéta tout ce qu'elle avoit dit à M. le cardinal de Janson, que vous
l66 FÉNELON
m'a repris uiolemment mais uous uoiés bien par ces niaiseries qu'elle me laisse écrire en chifre qu'elle s'est fort radoucie. La planche ' acquittera- uotre lettre de i5 c[cnts] £ que uous avés tirés accause qu'on ne uous a permis d'en tirer ailleurs que six cent, il n i a point de danger de faire sentir dans l'occasion combien c'est peu et de prier de considérer le seiour et les frais et de trouuer bon que uous ne tardiés pas a tirer quelque somme plus considérable
[[Le cardinal de Bouillon prétend qu'il sera encore plus fort parmi les cardinaux qu'il n'a été auprez des autres, (7 ne faut pas se facber des longueurs de ce pais ici accause des lenteurs de ce qui uient de cellui cy, Je ne scai comme M. de Meaux n'j perd pas patience [;] outre de ce qu'il fait de son chef [,] il faut qu'il fasse aller tout le reste tant à la cour que les éuêques et tour'^... cela iroit à rien si vous n'[étiez] pas la pour le faire valloir auec M. Phclipeaux.]]
Monsieur
Monsieur L abbé Bossuct
a Rome
■{- Paris irj. maj qS
J'ai reçu notre lettre du 39. auril et enuoié a Meaux le paquet de même date. J'attcns la roponce pour j ioindre celle-cj, la goûte
êtes le premier évèque de l'Eglise et le soutien de la religion en toute occasion... Il me répéta cinq ou six fois ; Nous le portons dans notre cœur. C'est la même expres.-^ion dont il se servit après avec moi, en parlant de moi » (Lâchât, t. XXIX, p. yi). Cette dernière phrase où s'étale naïvement la vanité satisfaite du neveu, retire du prix au témoignage, où l'on aimerait à voir un éloge exceptionnel en faveur de l'évcque de Meaux. En tous cas, l'expression in visceribus ou intra viscera est évidemluent l'occasion de ce jeu de mots, d'un goût plus que douteux.
1 . Sans doute le nom d'un des nombreux agents d'affaires qui figurent dans ces lettres d'Antoine.
2. Les derniers mots de cette lettre sont écrits transversalement en marge du verso de la première page ; la déchirure qui a enlevé le J'ai initial a fait disparaître aussi quelques mots.
n'est plus que foiblesse mais ie ne saurois paruenir à mettre les pieds a terre
M. de M. assure que la lettre de Mme de Maintenons dit uraj sur les dispositions (du) Roi [;] ie uoudrois bien comme vous en uoir la confirmation par des effets. // faut espérer que cela viendra auec un bon succëz, c'est louiours bien fait d'être sur uos gardes.
[[plus uous mandés que les choses auancent du coté des examinateurs, et l'ctat ou est le pape plus mon impatience redouble pour voir paretre ce que vous avés uù de M. de Paris et ce que promet M. de Chartres '^, uous aurez sans doute etc bien content de la réponse aux quatre lettres [;] la relation qu'on enuoiera peut être par le premier ordjinai]'"'' sera accablante contre M. de Cam-
1. On verra plus amplement ailleurs l'histoire de cette lettre de Mme de Maintenon ; elle est du 3 avril et ré[)ond à une lettre de. Bossuet du af) mars, suggérée par le neveu, pour conjurer le péril que courait son avenir au bruit de ses aventures réelles ou prétendues à Rome. Sans doute laljbé avait écrit à son père, dans une lettre qui nous manque, son désir de voir des assurances efiectives de l'estime que le roi disait avoir gardée de lui, en dépit de ces rumeurs fâcheuses : « Il n'y a que quelque chose de la part du roi, qui me puisse consoler du tort qu'on ma fait en France», écrivait-il à son oncle le 1" avril 1698 (Lâchât, t X\IX.,p. 371, Cf. 17 avril p. Sgo). Le 29 avril, il recevait les bonnes paroles que Mme de Maintenon lui faisait transmettre, mais « le moindre ^ain de mil » l'eût satisfait davantage ; aussi aux remerciements s'ajoute <e desideratum, le même sans doute auquel s'associe de si grand cœur son père, dans la lettre du ig mai : « Vous ne laissez pas de connoître, écrit-il à son oncle, combien il seroit avantageux, et à vous et à moi-même, qu'on vît, s'il y a moyen, par quelque preuve publique, que le roi n'est pas mécontent de moi » (^Ibid., p. 4o8). Le roi fit la sourde oreille; aucun bénéfice ne vint consoler l'abbé de ses déboires, et il n'eut, en dédommagement des refus constants opposés aux demandes de Bossuet le sollicitant -comme coadjuteur avec future succession ou offrant de démissionner en sa faveur, que l'abbaye de Saint-Lucien. Les instances du P. de la Chaize, ■comme je l'ai montré ailleurs, la lui obtinrent après la mort de l'évêque de Mcaux (\ . Bossuet, abbé de Saint- Lucien-les-Beaiivais, p. 109, et Revue Bossuet, 25 juillet 1902, p. 147). Cf. Vi'Aventure de l'Abbé Bossuet, p. i3.
2. Autographe «... paroitre ce que uous aues uù d'Anselme et ce que promet pelée. » On sait que Anselme (parfois S' Anselme) et Pelée sont les noms de guerre qui dans cette clef de la correspondf nce de Bossuet sur le Quiétisme, désignent l'archevêque de Paris et l'évêque de Chartres.
l68 FÉ^ELON
brai. c'est tout autre chose que la première, les trois pièces latines feront encores fort bien a l'égard des uniuersitcs de (landres et de Rome même ^]]
aprez uous auoir mandé que l'affaire du prieuré n'auoit été trouué bonne ni pour M. Millet qui est de plus en plus extrauagant, ni pour [les] relligieux et ne pouuant rien faire négocier par l'abbé de Malcurier - que uous m'auiés indiqué et que nous ne uoions plus étant tout (à M. de Cambrai ■^) ie ne uous en parle plus parce que ie n'j suis rien [.] On uous attend toujours [.] Nous n'auons pas encore uù uos lettres de change de i5 c[ents] et de 7 c[ents] [livres].
On se porte bien a mets [;] Mr le degeniri (?) et de fontaine j sont retournés sans avoir iusqu'ici obtenu la moindre pension [.] ma sœur et notre frère uous embrassent [.] M de M ne se porta iamais mieux et ne fut iamais de meilleure humeur qu'il est.
Le laquais arriue de fléaux qui n'apporte point de lettres de
1. On le voit, les protestations déclarant, pour la galerie, que les nouveaux écrits n'ont d'autre Lut que d' « instruire les peuples », ne répondent guère aux pensées secrètes trahies par cette correspondance intime.
2. Sur l'abbé de Maulevrier, agent général du clergé, voir plus haut,. p. ICI, note U-
3. Autographe : m étant tout Bruière ». Le nom de La Bruyère déguise en divers endroits celui de Fénelon. Lâchât, qui l'a fait figurer dans sa list« des pseudonymes (t. XXX, p. Bgi), ne s'est pas aperçu, dans une lettre de Bossuet à son neveu, par lui revisée sur l'autographe, qu'il transcrivait un nom de guerre ; il l'a maintenu, par un curieux contresens. On lit dans cette lettre du 29 avril 1697 • " Celui qui fit les réflexions que je vous ai mandées par ma précédente en faveur du pauvre défunt La Bruyère, est le cardinal de Bouillon » (T. XXIX, p. 87). — Si cet éditeur, si rigoureux pour les autres et infatué de se» prétendus mérites, avait travaillé moins matériellement et avec plu» d'intelligence, il aurait vu, en se reportant aux lettres des i5 et 22 avril 1697 (p 83, 84, 85), qu'il s'agissait, non de La Bruyère, mais de Fénelon, qu'une conversation d'un homme haut placé, qu'il nomme ensuite (le card. de Bouillon) avait présenté comme un homme à ménager. Bossuet déclare tenir ces détails de Mme de Maintenon elle-même. Du reste, un peu de réflexion excluait ici La Bruyère. Une fois de plus on le voit. Lâchât, privé du secours des devanciers qu'il dénigre tant, n'est pas heureux. Cf. Bévue Bossuet, 1902, p. i34, n. 8; 1906, p. 43.
'lettres sur le quiétisme 169
M. de M. mais en uoici de M le dieu pour uous et pour M phelyp[eaux] que je salue de tout mon cœur. A monsieur Monsieur l'abbé Bossuet
a Rome.
Les phases do la controverse auxquelles fait allusion la lettre d'Antoine sont aisées à suivre dans les lettres de Bossuet de la même époque. Les traités latins, Schola in tuto, Mystici in luto, et Qiiielismus redivivus, étaient promis depuis quelque temps à l'abbé et répondaient au programme indiqué par lui. Son oncle lui écrivait le 28 avril :
\ous aurez, si je puis, par l'ordinaire prochain le Schola in tut» qui résoudra beaucoup de choses. Mais je propose de faire le dernier effort de l'esprit au Qaiatismus redivivus, et do n'omettre rien de ce que vous m'avez marqué dans vos précédentes '.
C'était aussi l'abbé Bossuet qui avait insisté pour avoir un écrit de l'évéque de Chartres- ; aussi Bossuet s'empresse-t-il de lui annoncer une lettre de Godet des Marais :
1. Ladiat, t. XXIX, p. 4o3- Ci', lettre du i4 avril, p. 386. L'abbé réclame instamment le Mystici in luto, dans sa lettre du (j avril, p. S^S ; car Bossuet l'avait promis dès le 3i mars : « Je ferai partir par l'ordinaire prochain le premier écrit latin. Je vous ai mandé le dessein des deux autres, qui iront coup sur coup et je prétends que le dernier emportera la pièce » (T. XXIX, p. 365). Cf. 17 mars 1698 (//)«/. , p. 35o). Cf. Phelipeaux, Belalion, II« part , p. 84.
2. « Il seroit aussi nécessaire d'avoir quelque témoignage de M. de Chartres » (Lettre du 8 avril, Lâchât, t. XXIX, p. 382). Le 24 avril surtout, il insiste ; « Le silence de M. de Chartres donne occasion de dire qu'il n'est plus contre M. de Cambrai », etc. (Jbid., p. 4oo). A quoi l'évéque de Meaux répond, le 12 mai : « Ne cragniez rien de M. de Chartres ; il est toujours le même par rapport à M. de Cambrai, j'attends une lettre de lui, qui vous expliquera ses sentiments. Il est plus vif que jamais, et il voit plus clairement le péril extrême de l'Eglise dans le quiétisme renouvelé. « (Ibid., p. 4i2). C'e..t à la fin de cette même lettre que Bossuet annonce le billet en blanc de M. de Chartres.
Voilà la lettre de M. de Chartres, il parle assez nettement. Vous la pouvez supposer écrite à vous-même ou en faire le dessus à qui vous voudrez ' .
Il est donc probable que la suscription imprimée dans les éditions « De M. Godet des Marais, etc., à M. Vabbè Bossuel », n'est pas, sur l'autographe, de la main de l'évê- <jue de Chartres. Mais ces procédés étaient habituels dans la polémique du temps, moins délicat qu'on ne le suppose d'ordinaire ^.
C'est le lieu d'insérer ici la lettre de l'archevêque de Reims à l'abbé Bossuet que M. l'abbé Urbain a donnée à la Revue Bossuet en igoS :
Lettre inédite de l'archevêque dk Reims a l'abbk Bossuet. L'oRiGixAL A Genève.
De Reims, ig mai i6g8
Je reçus avant hier en cette ville votre lettre du 29 du mois passé qui m'apprend que le livre de M. de Cambray devoit sortir
On trouve cette lettre de Godet des Marais, censée écrite à l'abbé Bossuet, à la page k^h de ce même tome XXIX de Lâchât.