‹ FénélonChapitre 77 sur 138 · Lâchât, t. XXIX., p. /Ii · texte numérisé non relu

Lâchât, t. XXIX., p. /Ii

2. Ces manières d'agir ne sont le monopole ni de Bossuet ni de Fénelon. Celui-ci écrit à son agent, l'abbé de Chantérac, le 1 4 janvier 1698: <(. Je vous envoie encore quatre lettres pour des cardinaux, en blanc. Vous les remplirez, s'il vous plaît, suivant que vous trouverez le style de chaque lettre plus convenable à quelqu'un d'entre eux » (^Œuvres, éd. Lebel, 1828, t. XXX, p. 333). Cf. 18 décembre 1697, p. 212 ; 10 février 1698 ; p. 596; ig février 1698, p. 417. Il y a néanmoins une légère différence en faveur de ce second exemple. Fénelon, après tout, ne livre à la discrétion de son agent que ce qu'il a écrit lui-même : l'abbé Bossuet est autorisé à feindre avoir reçu, ou à expédier à un tiers une lettre de l'évèque de Chartres. Si celui-ci avait pu connaître ce qu'a écrit de lui l'abbé Bossuet, le 22 avril précédent, lorsqu'il avoue à son oncle qu'il craint de le voir cardinal à son détriment (Lâchât, t. XXIX, p. 4oi), il eût été moins flatté de témoigner à. Bossuet tant de •déférence.

le lendemain des mains des examinateurs ; j'espère que l'affaire ira plus vite devant Mrs les cardinaux et que par conséquent elle sera terminée dans la fin de ce mois. Je vous conjure de m'informer exactement de tout ce qui se passera sur cette affaire. Je suis en cette ville de jeudi dernier ; j'y demeurerai jusques à la fin de ce mois, après quoi j'irai travailler en différents endroits de mon diocèse. Une quatrième fille de M. le duc de Noailles va épouser M. le marquis de la Vallière, gouverneur du Bourbonnois. Mme la princesse de Gonty lui donne sa terre de Vaujours et le roi lui donne une place de Menin de Monseigneur le Dauphin avec une pension de douze mille francs ; la dot de la demoiselle est de cinquante mille écus. Mlle de Château Thierry, nièce de M. le Cardinal de Bouillon, va épouser M. de Alontbazon, fils aîné de M. le Prince do Guymené. On me mande de Paris que les articles de ce mariage dont on parloit depuis longtemps ont été signés depuis mon départ et que Mme de Bouillon on recevoit les compliments. Je suis toujours entièrement à vous.

L'ar. duc de Relms '.

•Les Bénédictins avaient marqué dans les lettres d'Antoine, des 12 et 19 rnai, les passages intéressant le procès de Rome. Aucun signe ne figure sur la lettre du 3 juin, tout entière sur la question.

-j- Paris ,'i juin <)8.

Nous auons reçu vos lettres du i3 maj uoici la réponse qui ariue de meaux - [;] (7 (Bossuet) a enuoyé sa relation à la cour qui tapprouue en retranchant quoique chose qui j estoit dit de Mme de îaintenon : les faits seront touiours les mêmes de la dame et de

Bévue Bossuet, igoS, p. 21 y.

a. V. Lâchât, t. XXIX, p. 434. Meaux, 2 juin 1698. Bossuet ne donne jeun détail sur les retouches demandées à sa BelaUon : « Ma Relation à la cour, dit-il sommairement : elle sera foudroyante » (P. 434).

l'archeuoque mais M. de Meaux retouchera le reste qui sera adouci et rendu plus simple [.] on est ici de plus en plus content de la réponse de M. de Paris, tout ceux qui ont tant applaudi aux lettres de M. de C. sont étonnés de uoir le changement que cette reponce et celle de M. de M. font dans tous les esprits [;] que sera ce quand la relation de M. de Chartres et celle de M. de Meaux paroitront, iauois mandé qu'on uous [envoyât (?)] en attendant copie de la uie de cette folle et du mémoire de (?) ' mais on dit que uous r(auez) il y a quinze iours ou trois semaines [.] J'espère que uous aurés dans peu les deux relations dans les formes [.] on dit ici que les examinateurs ont acheué [,] qu'il j en a cinq pour M. de C. et que des cinq autres trois sont d'avis de censurer par proposition et d'Hutres a censurer le liure en g[é]nér]al, Il m'a paru de bonnes dispositions dans notre dernière, ie ne suis pas surpris que des quietistes mis au S* office et les autres circonstances ne de concerte le cardinal de Bouillon [.] il ne tiendra pas a moi de le roi enuoie par un courier exprez quantité d'exemplaires que tous nos imprimés pour en faire partout Rome de grandes et promptes distributions quand de ne seroit que pour mieux marquer (ju'on prend ici l'affaire auec plus de chaleur que iamais.[;] ce seroit un bon compressoir pour le pape et les cardinaux [;] si uous iugés que cela soit bon a quelque chose proposés le, les amis de M. de Cambrai commencent à dire que le liure de M. de Cambrai court risque de ne pas euitter une censure. J'écris

1. Le mot envoyât, appelé par le contexte, mais oublié par Antoine, paraît devoir être suppléé. Quant aux signes qui suivent le mot mémoire, à la fin de celte même phrase, c'est-à-dire i3.6, ils sont malaisés à traduire, car si i3 signifie évidemment, d'après la clé ; le ou les, le chiffre 6 n'y figure qu'avec le sens de nous ou comme équivalent de la lettre </. Le sens indiquerait qu'il s'agit de la déclaration du P. Lacombe, ou de la lettre à Mme de Maintenon, que .Bossuet s'était empressé de faire passer à son neveu, qui la reçut le 28 mai (Phelipeaux, n, 80). Depuis plus d'un mois en effet la préoccupation avait été de ce côté. Le jour même où Bossuet avait annoncé les écrits latins qui précédèrent la Relation, son but était nettement formulé : « Je travaille à faire qu'on prouve par actes la liaison du P. Lacombe, de Mme Guyon et de M. de Cambrai. Il faut espérer qu'à cette fois la tour de Babel et le mystère de la confusion sera détruit » (Lettre du 17 mars 1698, Lachat, t. XXIX. p. 35o).

de uos nouuelles à M. Chasot [;] Votre tante et uotre frère uous embrassent.

J'écris pour uous à mets '.

A Monsieur Monsieur Labbé Bossuet a Rome

Les heureuses « dispositions » dont parle la lettre d'Antoine, c'est-à-dire la nouvelle de l'arrestation de plusieurs quiétistcs à Rome -, intéressaient au plus haut point la cause, telle que la voulait présenter Bossuet, désireux de montrer « le grand péril de l'Eglise » si l'on tardait à frapper Fénelon. Les procès quiétistes à Rome étaient donc d'excellents « coups de partie », ayssi bien (|ue le « compressoir » royal. <i Le roi le veut » semblait être l'uliima ratio, celle qu'on avait donnée comme le motif suprême aux calvinistes que la révocation de l'édit de Nantes devait (( réunir », sauf à les instruire et persuader ensuite. La volonté du l'oi, clairement connue du pape et des cardinaux, ne pouvait, aux yeux d'Antoine, laisser place à aucun subterfuge. Sa lettre se passe donc de commentaire.

L'ell'ct qu'il attendait de l'envoi d'un courrier apportant ofliciellement les écrits de son frère, ne suffisait point cependant à l'empressement de son cher fils. Celui-ci demande davantage à l'évèque de Meaux, dans la lettre même du 1 3 mai. dont la réponse passait par les mains d'Antoine. Un procédé plus sûr encore pour formuler nettement la censure de Fénelon, c'était de l'envoyer toute faite. Aussi l'abbé écrit-il à- son oncle, le i3 mai 1698.

I. Ces mots sont ajoutés sur l'adresse, à l'extérieur de la lettre.

a. Sur les arrestations des quiétistes, voir le post-scrlptum de la lettre de Phelipeaux du 29 avril 1G98 (Lâchât, t., XXIX, p. 407) et celle du 27 mai {Ibid., p. ^^^o).

11 m'étoit venu en pensée de vous proposer de travailler dans cette vue (d'une définition solennelle), et par rapport à la doctrine de Mclinos, des Quiétistes et de M. de Cambrai, de dresser des articles de doctrine, en forme de canon ou autrement... Je trouverois, par le moyen du cardinal Casanate, des facilités de proposer votre travail que je ticndrois secret, et que l'on pourroit adopter ici. Cela leur épargneroit certainement bien de la peine et ils en auroient beaucoup certainement de faire mieux... .le parle de cette vue en général à M. l'archevêque de Paris, vous lui communiquerez le reste : il faut là dessus un grand secret '.

La réponse de l'évêque ne tarda pas, et, par retour du courrier, à celte proposition qui lui parvint vers le 2 juin, il répondit en sa lettre datée de ce jour-là.

Je penserai sérieusement à la vue que vous me proposez touchant les articles de doctrine ; vous en aurez bientôt des nouvelles ■^.

Ce n'est pas le lieu de suivre cette négociation entamée avec celui que Bossuet, après le triomphe, proclamera le « grand Casanate ^ ». Les lettres d'Antoine nous ramènent à une action parallèle du roi, déterminé à montrer, par des effets, par « un coup », selon l'expression du frère de Bossuet, que c'est une condamnation qu'il attend.

Il s'agit de la fameuse disgrâce de Fénelon, privé du traitement et du titre de précepteur, et surtout du départ des sous-précepteurs et gentilshommes au service du duc de Bourgogne. Les lettres de l'abbé Bossuet ont souvent occasion de montrer qu'il en tira bon parti. Rien ne lui pouvait donc être plus agréable que cette nouvelle, comme

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