‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 122 sur 347 · C'est-à-dire qu'on doit aller par la « foi o6sch;'c · texte numérisé non relu

C'est-à-dire qu'on doit aller par la « foi o6sch;'c

M- (ÎUVdX A l'KNKI.ttN o9

Lorsque jo parle île ijôûIcv. je n Cnleiuls [las le scnsiMo. mais le plus s|)iriliiel el délieat '.

\1\. M. ne Ci LYON A FÉNELON^

Il a été ccrlifié d'une manière incllable la lllialiou spirituelle'*, et comme ces âmes étaient destinées à être TUî en Dieu, 0 que vos démarches sont belles dans la volonté de Dieu! Il a été conlirmé qu'il y aura de ibrles bourrasques de tentations ; mais il ne faut ni craindre ni s'étonner : le vaisseau demeurera toujours dans le même éipiilibre. quoique battu de la tempête. S'il reste abandonne'", le naufrage même le jcllera dans un port assuré.

Il a fallu me sacrifier pour souflrir pour vous. L'âme découvre en Dieu même (par rapport à vous), comment Dieu, perdant toujours plus l'âme en lui, la rendant de plus en plus féconde par un même acte pur, simple et nu, fait que du même lien, dont il s'unit iulimemcnt l'âme el la possède, il la serre étroitement avec votre âme, en sorte qu'elle porte ses langueurs. Elle comprend la nature de l'union livpostatique du Verbe avec l'homme ', la part ([ui nous v est donnée d'une manière très sublime ; et elle découvre en même temps une manière très haute, par laquelle l'homme est créé à l'image de son Dieu, ce ([ui la rend participante ' d'une qualité

1. Ce dernier i)ar;i^ra|ilie n''|)on<l l\ une i[Mestion de Fénelon daii-^ une lettre perdue.

a. T. II. Lettre CLI\, p. '.S-'<7^-

?i. De Fénelon par rapport à Mme Guyon.

.'i. Cl". Explknlion des Mnximcs, art. X\\\ , /'iiw, édit. cit.. p. -.'S'i : « La transformation est iinc déification de l'.ime réelle et par nature, ou une union hyposlntif/ue. ou une conformité à Dieu qui est inaltérable. » C'est l'un des rares passages de VErplicilion des Maximes, oi'i Fénelon donne tort à Mme Guyon.

"). Sur cet accord, cf. Lettre III. n. i."^ cl n. i.

m FÉNELON ET M- (lUYON

produciricc do IV-condité et d'écoulcinenl dans les autres âmes; et par là elle se les unit du même acte que Dieu s'unit toutes choses, en sorte qu'il lui parait ((iie c'esl elle en Dieu, et Dieu en elle connue une cause première. <[ui attire et pénètre le premier objet qui attire : et par cet objet, ou plutôt par la pénétration dans cet objet, en attire un autre, et ainsi plusieurs de cette sorte.

Quoique ces rayons attirants pénètrent ce premier objet, et semblent s'en servir pour attirer les autres, c'est pourtant lui qui les attire par son efïicacilé ; et il communique cette elTicacitc aux sujets qui lui sont plus proches avec plus de véhémence ; en sorte que c'est luimême, et c'est aussi ce premier objet, qui attire les autres par un même et seul acte, sans que ce premier objet (à cause de sa pureté et simplicité) fasse aucun entre-deux', quoiqu'il soit la première cause mue par le souverain Moteur.

Et cela est continuel, et de telle sorte, qu'il ne cesse de tirer avec son Moteur, et par le même acle de son Moteur, jusqu'à ce qu'il ait attiré jusqu'à lui l'objet qui lui est le plus proche, et qu'il l'ait confondu eu lui eu unité parfaite, le rendant pur, simple et nu comme lui, et propre à recevoir avec lui sans nulle distinction - les

1. Expression qui reviendra plusieurs ibis clans ces lettres; cl'. Lettres XXXVIII, XL, LU, p. 98, 106, 182, etc. Fénelon s'en servira aussi dans., sa Correspondance spirituelle ; cf. Lettre à lu comtesse de Montberon du 17 avril. 1703 (t. VIII, p. 6/|8, d) : « Il n'y a point d'cntre-deux entre des volontés, dont Dieu est le centre commun » ; Lettres spirituelles, id., p. 53i, g: « Dieu veut tout...; la moindre alTcction hors de lui l'ait un entre-deux et cause un mésaisc. »

2. Cf. Lettre XII, p. 4.'i et n. 2. — De cette union en Dieu « sans distinction », cf. la définition dans V Ea-plicalion des Maximes, art. XXVII, vrai, édit. cit., p. 186 : « La contemplation pure et directe est négative, en ce qu'elle ne s'occupe jamais volontairement d'aucune image sensible, d'aucune idée distincte et nominablc, comme parle saint Denis, c'est-à-dire d'aucune idée limitée et particulière sur la Divinité » ; cf. encore Mme Guyon, De la Voie et de la Réunion de l'âme â Dieu, II, S I. édit. cit. Opusuilcs, II. p. 887 : « Tout le temps de la

rayons puis el toujours lécoiuls cic son Moteur. Si bien (ju'il devient tellement un avec lui, que l'on a peine à discerner le rayon d'avec le corps du soleil, (pioiqu'il eu soit toujours très dilléreiil.

Je ne me saurais mieux expliquer. In je ne sais quoi me persuade que vous m'entendrez, et que vous suppléerez par votre lumière au défaut do mon expression. Ayez la même simplicité à me dire ce qui vous rebute, (pie j'ai à vous écrire ce que le Maître veut.

\X. - M'"c GUYON .'V b^ÉNELON'

Je vous plaindrais extrêmement, Monsieur, ayant autant d'esprit naturel que vous en avez, si je n'étais persuadée de votre amour pour Dieu, et du dessein que vous avez de mourir à tout, pour être à lui sans réserve. C'est un droit qu'il s'est acquis sur la créature au prix de son sang, quoiqu'il lui appartînt déjà ; afin que sa domination (sur l'àme) fût d'autant plus glorieuse, qu'elle est [)lus volontaire, et que le pouvoir de gouverner absolument une volonté toute libre est élevé au-dessus de toute domination. C'est donc cette volonté de l'iioinmc t(ui lait toute la jalousie d'un Dieu, et c'est ce qu'il prétend par toute la conduite de sa Providence sur nous, que devoir une volonté toute libre lui être si fort assujettie, qu'elle perde tout pouvoir d'user de sa liberté, sans laisser d'être inlinimcnt libre.

Dieu, pour venir à bout de son dessein, se sert des vertus théologales. Il nous en donne le principe et l'iio-

\oic (le la foi, les âmes n'ont rien de distincl; el cette distinction est '■nlièrement opposée à la foi ; de sorte qu'elles ne peuvent même goùlor le, distinct, ayant une certaine ncnéralité, (jiii fait le Ibndeincnt do toute iliose.et parlac[uelle tout leur est donnù- », cl'. Lettre (^XXXVIII, p, ?''■'<'■ 1. T. I, Lettre XCIU, p. 283-2(jo.

62 FENELON HT M- (îl'YON

liiliuU' (]('s iiolrt' baptême, pour nous faire voir, (jue, silùl ([u il se consacre un îioninie, il l'allire à la filiation, et que le titre de Clirétieu nous met dans un engagement indispensable d'être assujettis à Jésus-Clirist. Cet assujettissement consiste à le faire régner absolument en nous ; et ce règne s'étend sur une volonté libre, que l'on assujettit librement, et qui s'est rendue plus libre par ce qui paraît la captiver davantage. Et, lorsque notre volonté est si parfaitement assujettie à Dieu qu'elle disparait absolument, et cju'il ne paraît plus cliez nous d'autre volonté que celle de Dieu, qui fait en l'homme sans nulle résistance ni répugnance ce qui lui plaît, cela s'appelle être arrivé dans la fin et au but cjue Dieu s'est proposé en nous créant et en nous rachetant. C'est donc là le droit du Créateur et du Rédempteur.

Dieu met dans l'homme trois vertus, qui lui sont infuses par le baptême. Ces vertus sont communes à tous les Chrétiens ; mais elles n'ont une activité vraiment efficace pour mettre l'homme dans le dessein de la création, cjue sur ceux qui savent s'abandonner à Dieu, et cpii comprennent la nécessité qu'il y a de lui céder le pouvoir que nous avons sur nous-mêmes, ou plutôt, le droit d'user de nous-mêmes.

[Les trois vertus théologales ; et conuncnl, [);ir elles, la raison et la volonté propres sont assujetties à J.-C]

Quoique la charité travaille en même temps (que la foi), le triomphe de la charité paraît le premier. Il semble à l'âme que la volonté soit bien plutôt détruite que la raison, et qu'elle perde très longtemps le pouvoir de vouloir, avant cjue de perdre celui de raisonner. Cela est de la sorte. Et cependant, dans la lin, on s'aperçoit que la volonté est ce qui se consomme le dernier, et que c'est VAX elle que la raison se termine ; que la charité absorbe la foi, et C|ue tout se trouve réuni dans la pure charité, cjui est Dieu même.

M" t;UV()\ A FÉNKLOxN G.}

Je ne vous parle point de l'espérance, quoi(jii'olle soit inséparable des deux autres. C'est elle qui soutient lonirteinps dans lo désespoir môme, et c'est elle cependant qui se perd la première ; car celui qui espère est supposé avoir le désir de ce qu'il espère, car on n'espère pas ce que l'on ne peut vouloir.

Il serait inutile à un homme aussi pénétrant que vous lètos d'expliquer les choses plus au long. Il sudit que c'est là votre route sans route ', et que c'est où l'on veut vous conduire, et où l'on vous conduira sans doute, ]»arce qu'il faut (ju'un autre vous possède. Conduisezvous par la raison, tant ([ue vous vous posséderez vousmême; mais de quoi vous peut servir votre raison. lor5f|u'un plus puissant que vous vous veut conduire par un chemin tout contraire? Je vous dis comme .lésus- Christ à S. Pierre : Lorsque vous étiez jeune, vous allie: ow vous vouliez ; tuais, lorsque vous serez devenu vieux, un autre vous ceindra, et vous mènera où vous voudriez ne point aller -. O n'est-il pas trop juste que Jésus-Christ règne ! Qu'il règne, et que je périsse !

XXt. — M'"« G LYON V FÉNEL0X3.

Pour la personne dont vous me parlâtes hier ', il doit le plus qu'il pourra demeurer en simplicité, et dans une manière de cessation de toutes choses: ce qui ne s'entend pas seulement des choses extérieures, qui sont les moindres de nos distractions, mais cesser sur toute chose l'action de son esprit, rempli extraordinairement à cause de

I. Sur ce grnrc ilo rormulcs, cl". Lettre VII. p. 'ào et n. i.

a. Jean, XXI, i8 ; cl". Lettre de Fénelon à une religieuse, (jui l'avait félicité de sa nomination à rarchevêché fie Cambrai, i- février i6f)5, t. \I1I. p. tiGi. g : « Me voilà dans la condition de saint Pierre : Quand vous étiez jeune, lui dit Jésus-Clirist, etc. »

.'i. T. I, Lettre XCIV, p. 2()i-29t>.

'i . Fénelon .

Ci FÉNELON ET M™ GUYON

la grande sncnce, de sorte que l'esprit même agit dans le repos. Il faut laisser loniber toutes choses ', qui ccucndanl ne se perdent pas pour cela ; mais elles seront purifiées de leurs espiîccs^ : la substance des choses restera, et la facilité de s'en servir dans l'occasion ; mais l'orcupation fréquente, quoique involontaire, tombera.

Outre la cessation de toutes choses, il doit prendre des temps pour se mettre en oraison, c'est-à-dire, un temps qu'il destine à une oraison particulière. Cela nourrira et entretiendra un certain germe de vie, ou un principe vivifiant, qui a besoin d'être nourri et entretenu, son intérieur n'étant pas en état de porter un état aussi nu que serait l'exclusion de toute oraison marquée. Il faut faire une provision pour l'hiver ^ car, tant qu'il possédera son âme comme il la possède, il lui paraîtra toujours n'avoir besoin de rien ; mais, lorsqu'il plaira à Notre-Seigneur d'y mettre le désordre, d'apporter l'épée et le feu, ce sera alors que l'on aura plus besoin de ce germe de vie, qui sera pour lors si enterré qu'il ne restera pas même de vestige de ce qu'il a été, quoiqu'il soit vrai que ce sera alors, qu'il susbsistera même davantage, et d'une manière plus profonde. Il ne restera pierre sur pierre, qui ne soit détruite \ mais après ce

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