XVII. — M-' CUYON \ KENELON
Je suis toujours plus convaincue des desseins de Dieu sur vous-*. Vous ne sauriez aller trop simplementavcc lui : C'est ce qu'il veut de vous. Il ne demande pas vos œuvres, mais votre obéissance. Je vous prie en son nom de ne point examiner trop scrupuleusement vos fautes, mais de vous laisser tel (|ue vous êtes. Dieu ne manquera pas de vous faire sentir ce (pii lui (lé[)laira ; mais ce qu'il ne
I. i'.Mt' lettre et la piécéilonte ré|)on(lent à des lettres île Fénelou [icrducs.
a r. III, Lettre CIII, p. '.ôa-fi.
3 Cf fragment d'aiifoMoiirapliie, p. 'i .
vous fera pas voir lui-nu'iiip, no le cliercluv pas. Votre volonté esl droite, et comme il la désire. Soyez assuré que tout ce (fiii n'est pas volontaire on opéré par rapport à nous, n'est pas obstacle, cpioicpie ce soit une faiblesse on imperfection. Ces dernieis défauts servent beaucoup pins (pi'ils ne nuisent. Des personnes, (|ui paraîtront exlérien rement sans défauts, parce que leur prudence ajuste tout, ou même souvent la vue et l'amourdc leur perfection, ne seront toujours pas selon le cœur de Dieu. Il veut être votre principe, comme il est votre lin ; et il vous veut tellement tout à lui, qu'il n'y ait rien qui vous soit propre, nul intérêt de temps ni d'éternité.
Dieu ne demande rien autre chose de vous ni de toutes les créatures qu'il veut pour soi, que cette volonté droite, toujours exposée sans retour à la volonté divine, cjui seule peut rendre féconde la volonté de l'homme, comme nous voyons une terre exposée continuellement au soleil recevoir dans son sein les plus riches trésors de la nature, sans qu'elle y contribue autrement cjue de sa simple exposition au soleil et par sa capacité de devenir féconde. 0 si je pouvais expliquer ce cjue je conçois làdessus, et comme tout autre travail pour nous n'est point ce que Dieu veut ; qu'il i-enversera même avec plaisir les idées de perfection que vous pourriez avoir, parce que l'unique plaisir qu'il veut prendre en vous, est que vous lui laissiez tout faire ! Il vous salira quelquefois pour avoir le plaisir de vous purifier ; et ce qui vous étonnera le plus (sans vous étonner cependant), est c[u'il ne vous paraîtra pas moins difficile de vous salir, que de vous purifier. Car il est presque impossible à une âme que Dieu tient fortement en sa présence, de se détourner de Dieu. Tout détour de Dieu est une saleté. Dieu ne nous salit point autrement cpi'en nous éclairant, comme le soleil ne salit pas l'air, pour en faire voir les atomes. Souvent le même soleil d'un même rayon purifie sur la terre les
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oiidroits bourlxMix. ol il salil ceux (juc la glace paraissait avoir rciidn ncls.
Eiilii), sans regarder les choses dans IcurselTets, ni au- Ireiiieiil ([uc dans leur source, reslez abaïKlonné à Dieu, et que votre volonté reste droite envers lui cl souple sous lui. C'est l'unique chose qu'il veut de vous'.
[Nul rctiiur >iir foi ; iiiililTorcnro alisoluc]
Deux choses apparlicnnoiit à la volonté : la première est la souplesse, qui la meut incessannnent selon tous les vouloirs divins, la seconde est ce qui l'emplit et lui sert d'aliinenl.
11 y a des âmes qui ne se laissent jamais assez manier par le divin vouloir. Celles-là sont pour l'ordinaire rétrécics ; et c'est l'article sur lequel on a plus de peine à se rendre : c'est ce qui arrête presque tous les hommes, et les empêche de poursuivre la route qu'ils ont enii)rasséc : surtout lorsque les volontés de Dieu paraissent répugner à leur raison, et combat Irc des idées qu'ils s'étaient faites de la perfection ^.
Ce qui arrête encore est que. dans les âmes bien mortes et bien nues, la volonté de Dieu est délicate, et à moins d'expérience, si ce n'est que la résistance ne mette dans un état violent, elle paraît à l'àme une volonté qui lui est propre ; en sorte qu'elle se dit souvent, que ce n'est point Dieu qui veut en elle, ou par elle ; que c'est elle-même qui veut et se donne cette volonté ; et c'est
1. Cf. I.ctlre \, p. 3y-'io : « L'essentiel do votre état est une souplesse infinie. »
2. Discours chrétiens cl spirituels, t. II, Disc. XLV, p. 248-25 1.
3. Sur la souplesse et le renoncement (pi'clle comporte, cf. Fcnelon. Instructions, t. VI, p. iJi, d.
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pour oUe uni' inaluno de souflVancc, surtout lors([uo cette Nolonté, qui parail lui appartenir, combal sa raison.
[Fusion et idcntiCicatioii de la voloiilc liuniaiiu' ri Au la voloiili- (li\ine dans li> baiser inelTablc de l'union intime.]
Mais pourquoi, me direz-vous, me parler de cela, puisque ce n'est pas mon état présent ? Je n'en sais rien; Dieu le sait. Tout ce que j'en comprends est que c'est ce qui arrivera chez vous, et même plutôt qu'à bien d'autres, et cette volonté, vous étant donnée en libre et pur usage, sem'ulera déranger un peu les choses, quoiqu'elle les établisse admirablement et d'une manière inconnue.
[La volonté nouriio, étendue et assou[)!ii' par l'onction de la grâce. |
Laissez-vous donc consacrer par lonction de la grâce. Tout ce qui aura de l'onction vous conviendra toujours. Je n'entends jamais que vous vous donniez de la vivacité extérieure : mais aussi ne vous faites pas une vertu de réserve. Que la simplicité vous conduise en toutes choses. Vous avez besoin dètrc réveillé quelquefois : égayez vos sens, et laissez-vous comme un enfant'. Enfin ne travaillez pas à vous éteindre : ce n'est pas ce qu'il vous faut. \e raisonnez jamais des autres comme de vous, ni de vous comme des autres, cela étant très différent.
11 y a cette dillerence entre le voir et le goûter, que le premier ne doit jamais être réveillé -, mais le second doit être nourri par tout ce qui peut lui servir d'aliment.
I. Fénelon recommandera sou\cntà ses dirigés « d'amuser leurs sens » et de se « délasser l'esprit par de petits intervalles d'amusement innocent et de gaieté... enfantine » ; cf. Lettre à Mme de Maintenon de lévrier 1691, t. VIII, p. 492, d. Lettre ou marquis de Blainville du 7 juin i68(j ;'</., p. 5i2, n, etc., etc.