‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 132 sur 347 · XXVII. — M- GUÏOX A FEXELON · texte numérisé non relu

XXVII. — M- GUÏOX A FEXELON

Il m'est impossible de résister au mouvement cjuej'ai de vous écrire, quoicjuc je fisse hier au matin. Jai voulu remettre à une autre ibis pour raison et crainte d'importunilé, mais le Maître est trop maître chez moi, pour (|ue je puisse disposer de moi, en nulle manière. Car il use de son autorité souveraine sur moi, qui suis si fort toute à lui, fju'il me semble n'avoir plus rien de propre. L'on veut donc cpie je prenne conllance en vous, et que comme un enfant, je vous dise sans retour toutes choses. Je le veux de tout mon cœur. L'on vous portera peu à [)eu tout ce que Notre-Seigneur m'a fait écrire, alin c[ue \ous en lassiez tout ce qu'il vous plaira avec l'agrément de N. ^. L'on veut que je vous dise, qu'il y a, de vous à moi, une union de filiation aussi intime qu'elle est inexplicable, (pi'il me semble vous engendrer souvent, pour ne pas dire continuellement, en Jésus-Christ. Cela

I . T('\le (le Dutoit ; qui. La correcUoii iiio paraît s'imposer ; cf. p. /io, la rlcrnière plirasc de la Lettre X.

:>. T. V, Lettre \I, p. 225-7.

.H. Très vraiscniblahlciuent le duc de (^lievreuse, coninie l'intlicpie la Lettre \\\. p. -X

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me presse quelcjnelois si fort que je suis comme obligée de dire : c''esl mon fils bieii-mmc auquel je me plais ', et cela sert à me soulager. Il me semble que le corps elles sens aient fait bande à part, cl qu'ils soient comme une macliine, que quelque autre chose que l'âme anime. (Cependant ils ont une simplicité d'entant, cl il semble ((u'il n'y a que les enfants qui leur conviennent. Ils ignorent le bien et le mal-, tandis que l'àme habite vinc région, qui leur est d'autant plus insupportable qu'ils y ont moins d'accès. Je crois que ce peu de correspondance de l'àme avec eux fait leur faiblesse et le peu de vigueur du corps. Je serais soulagée, si je vous exprimais quelquefois ce que l'on veut que je ne vous caclie ])as, c'està-dire, ce qui se peut écrire de l'état présent.

Il me semble que la sainte communion n'ajoute rien à ce que je possède, et cependant le Maître ne me l'interdit pas. Au contraire, l'on force de manger un pain, dont on est déjà rempli en manière substantielle et si propre à l'àme, qu'elle ne discerne plus d'autre chose de sa vie que celle-là, si elle la discerne encore. L'on s'est trouvé embarrassé depuis deux jours. L'on avait voulu se dispenser de communier. Cela n'a pas été possible; et le Maître, usantdc son autorité, le voulut si absolument, c[u'à moins d'entrer dans un enfer, l'on ne pouvait lui résister davantage. Que dites-vous à cela ? Si vous agréez d'y répondre un mot, l'on vous le renverra avec une extrême fidélité ^ ; mais, puisque Dieu m'adresse à vous, que ce soit lui seulement qui vous fasse connaître son pouvoir extrême sur moi, et non votre raison. L'on vous obéira cependant, à moins d'impossibilité pour l'avenir. On ne sait poui-quoi on veut que je vous dise cela, puisque l'on ne pouvait résister, sans sortir de Dieu

1. Cf. fragment d'autobiographie, p. 5, n. i et Lettre XXIII, p. G8.

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