Cf. Lettre X, p. .S8, n
^i. Dans une lettre perdue, Fénelon disait sans doute h Mme Guyon le peu de goût qu'il avait â lire son commentaire du Pentateucjue.
M"" GUYON A FENKLOX 99
Je suppose cependant (pic vous n'ayez point de répugnance de le faire, [1 me parait qu'il est nécessaire que vous découvriez en vous (et vous le ferez d'abord) la difTérencc des répugnances seulement extérieures et de la nature, à celles du fond. Car, comme voire état principal est et sera toujours de céder à Dieu, et d'être sous sa main comme une plume ', sans résistance (puisque c'est ce (pii est votre attrait particulier) ; il est donc d'une extrême conséquence pour vous de savoir discerner, que tout ce qui répugne simplement à votre extérieur et à la nature (qui admet ce (jui l'accommode, et rejette ce qui l'incommode par où je n'entends pas ce qui regarde votre corps, mais l'importunitc des créatures et des événements de la vie), que, dis-je, toutes ces choses qui vous répugnent extérieurement doivent être portées en mort-, s'y laissant comme une petite barque, exposée sans pilote à la merci des vents, et (pii se laisse à cccpii l'entraîne, sans aucun choix ; mais, pour les répugnances du fond, loin de les combattre, il faut les suivre, parce cpie c'est Dieu en vous qui admettra ou rejettera; et il faut s'y laisser conduire. A cela vous me répondrez : mais conunent pourrai-je faire attention sur moi, pour suivre ou rejeter les choses? Cela serait contraire à ma voie nue, c^ui n'admet rien. Ce que vous dites est vrai, si cela se faisait jiar attention ; mais, de même que l'état demeure le même, et que nous suivons notre train, sans y penser, lorsque nous ne trouvons jwint d'obstacle, — de même nous marchons toujours à la faveur de la lumière ténébreuse de la foi, tant que rien ne fait résistance et que rien ne répugne. Or la résistance et la répugnance se
1. Ej-pliiitlion des Maximes, art. XX\, vrai. odil. cit., p. aïo; « Une plume bien sèclic cl bien légère, coiniiie tlil Cassien, est ciii- [)ortcc sans résistance [)ar le moindre souITle de M'nt >> : cf. encore Lettres spirituelles, t. VIII, p. 71 'i, g.