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Crainte et gène à l'égard de Fénelon

M"" GUYOX A FKNELON 189

assuréincnl, je ne serai j)lus gênée avec vons. Je ne trouve rien en vous qui me j*ène, et la gène est en ma liinidilé. Je suis persuadée que Dieu vous en fera plus eonnailre, (pic je ne vous en puis dire, et je suis très résolue d'aller avec nous, comme un enfant, quoiqu'il m'en puisse couler. La résolution que j'en ai laite m'a rendu l,i liberté et la vie. Mon union pour vous est encore augmentée, et il me semhic (pie le Seigneur l'a lait de .son autorité.

Je vous ai écrit bien des choses, (pii paraissent hors de saison ', mais on me le fait faire, et je n'ai qu'à obéir. L'on ma lait concevoir que je ne vous devais point celer, ce que (ail le Tout-Puissanl. L'on m'a fait entendre que ce (jue je vous écris à présent fait un fond, (pii établit l'âme (quoique de loin) dans la disposition, qu'elle doit avoir, lorsqu'il en sera temps. Elle se nourrit de la \iande, qui lui doit être naturelle, afin de pouvoir supporter la mort. J'ai compris (pi'il fallait vous faire une [irovision pour l'hiver. ÎNotic-Seigneur veul cjuc je sois telle pour vous, que, quand je consumerais ma vie à votre service, je la trouverais très bien employée. Je ne puis faire autrement, sans que j'en pénètre la cause, et puis vous protester, qu'il n'y a en cela rien de naturel, et quoi(pie je sois aussi misérable (jue je la suis, cela est tellement mis en moi par un autre, (|ue je ne puis que me laisser conduire. Kecevez donc ce (pii vous est donné, et soyez persuadé que, quoique vous "ne découvriez pas la nécessité de ces choses, elles serviront de fond à votre édifice spirituel, et d'antidote contre les craintes de se

I. Le parasjraplio qui commence est la rcproclHClion presque identique de la Lettre XX Vt, p. 71 -3. Avec un autre écrivain que Mmi- Guyon on pourrait supposer une interpolation dans l'une de ces deux lettres. Mais il laiit se rappeler ce qu'elle dit d elle-même (Lettre I\ . p. 2.'i): « J'ai si peu tie mémoire que j'oublie ou j'use de redites» (les « redites » se trouvent fréquentes dans le reste de son œuvre.

perdre; et, quand tout ne servirait de rien, je serais trop bien pavée de vous avoir donné des preuves de ce que je vous suis et d'avoir obéi.

Renvoyez-moi les livres qui vous sont inutiles. Je ne me suis jamais trouvée à l'égard de personne, comme je me trouve au vôtre. Jamais je n'ai goûté un cœur comme ji; goûte le vôtre. Qu'il est propre pour Dieu ! Ce 5 juillet 1689'.

Je n'ai rien senti, Madame, depuis deux jours, que la paix sèche ' dans Tàme, et dans le corps une lano-ueur qui me tient comme anéanti. En cet état je ne fais rien, que porter le fardeau de moi-même ; même m'échappe-t-il des airs, des regards et des tons si secs et si dédaigneux, que je m'étonne qu'on puisse me souffrir. Je ne fais aucune oraison suivie. Mais il me semble que ma réalité est plus abandonnée qu'elle ne l'a été jusqu'à présent, quoique la présence de Dieu soit moins facile et moins goûtée. Il n'y a guère d'amis dont la conversation ne me fatigue \ Tout m'est difficile et dégoûtant au dehors, et je ne trouve rien au dedans, pas même la liberté d'esprit,

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