Texte de Dutoit : nourrir
2. Sur ces protestations d'obéissance do Mme Guyon. ri'. Introduction, II, § I. p. xxxvm.
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lieu do craindre pour vous, que Dieu vous conduise d'une manière (jvii soil lant soit peu irrégulière ; car, <(uoi(pi'il soit très bon que vous soyez aussi abandonné ([ue vous l'êtes à ses volontés, je vous assure de sa part qu'il ne vous fera pas iairc de fausses démarches. Si j'en ai lait (piolques-unes, c'est parle défaut de mon naturel, c'est pour n'avoir pas assez suivi Dieu, quoiqu'il soit vrai, que l'on m'en ait beaucoup attribué que je n'ai point faites. Vous verrez bien dans la suite, que, si Dieu renverse quelquefois la fausse sagesse, il ne trompera point votre simplicité et votre abandon, et qu'il sera luimême votre sagesse ; je crois que vous ne risquerez rien à vous laisser emporter avec rapidité ; et, quoique vous le craigniez, ce sera votre voie, non une rapidité vive, mais une chose toute simple et naturelle. Vous êtes à couvert par votre bon esprit et sagesse naturelle, et l'expérience que vous avez des imprudences, que le manquement qui est en moi de toutes ces choses me pourrait faire faire. Croyez-moi en \otre-Seigneur à vous d'une manière que lui seul connaît. Ce serait bien à moi devons faire excuse de vous lant importuner, et à vous remercier de votre charité ; mais je ne crois pas que cela fût bien : c'est trop l'air du monde. Ce 12 juillet 1689'.
Je reviens do la campagne, où j'ai demeuré cinq jours % et où je me suis trouvé fort tranquille, quoique j'aie ressenti quelque petit mouvement de peine
I . Cette lettre est la réponse à la précédente. ■i. T. V, Lettre LXXXVI, p. '.Sg-ida.
?). S'agit-il du petit voyage avec M. de P., dont il est parlé dans la lettre du 5 juillet, p. 193 ?
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à volrc rgard, et quelque goût pour des choses mondaines, avec une distraction et une sccliercsse continuelle. Mais j'ai été d'ordinaire dans un état (ixe, ol niènie, dans les petits intervalles de tentation, que jf Aicns de vous dire, je demeurais sans peine uni à Dieu par le fond de la volonté. Votre lettre^, que je viens de recevoir, me donne une vraie joie, et je crois avoir grand besoin contre ma propre sagesse des choses que vous y marquez. Mais, quoique je sois encore de beaucoup trop sage, je crois néanmoins qu'il y a des choses sur lesquelles je me laisse aller, sans m'écouler moi-même. On est plus embarrassé sur cet article que sur tout autre, car on sait certainement par l'Evangile qu'il y a une vraie sagesse", qu'on ne se doit jamais dispenser de suivre : on craint de manquer la vraie sagesse en évitant la fausse ; et, dès qu'on veut discerner, on s'embrouille. Cependant je trouve dans la pratique, que Dieu m'épargne assez souvent cet embarras. Je suis, sans beaucoup raisonner, les vues qui me viennent, avant Faction. Quand l'action est faite, je ne me mets point en peine des iautes que j'ai commises. Tout au plus, si j'en aperçois quelqu'une, qui tire visiblement à conséquence, j'attends en paix que Dieu m'offre quelque ouverture naturelle, pour la réparer. D'ailleurs je croirais manquer à l'abandon, si je voulais me marquer la voie et la régler, en sorte
1. Non pas la lettre précédente, mais une lettre perdue, datée du jour même où Fcnelon écrit, c'est-à-dire du dimanche 17 juillet; cl, le début de la lettre suivante.
2. Fénclon a déjà insisté sur cette idée dans sa lettre du G avril, p. 10.'^.
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<|ue je me bornasse à ne passer point par certaines ('■preuves ou par certaine humiliation, sans savoir (pielles. Je veux: aller sans savoir où, partout où Dieu nie mènera, pourvu que ce soit lui ' ; mais je ne voudrais pas me dépouiller de ma propre sagesse, pour marcher à l'aveugle, sans savoir que c'est «elle de Dieu qui m'en prive. L'état de pure foi demande bien qu'on ne cherche à rien voir, pour le chemin par où Dieu me conduit, mais il ne demande pas (pi'on marche, sans savoir si c'est Dieu qui nous l'ait marcher: autrement ce ne serait plus Coi en Dieu, mais foi en son propre égarement. Je n'ai pas besoin de tout ceci à votre égard, et je ne le dis que pour éclaircir les règles générales, car d'ailleurs je suis très persuadé que Dieu vous mène, et moi par vous. Je suis en lui tout ce qu'il veut que je vous sois.
J'irai chez M. de C |hevrcuse] savoir des nouvelles du mariage de Mademoiselle votre fille'". Et je compte toujours d'avoir 'l'honneur de vous voir le jour de la Magdeleine. Ce 17 juillet 1689.
1. Inslrnctinns, \III, t. VI, [>. f)3, d : « Suivons Dieu par l;i route obscure de la pure foi... marchons, comme Abraham, sans savoir oit tendent nos pas ». Ce conseil revient souvent dans les Lettres spirituelles, t. VIII, p. /|88, d, 5io, g, 5(33, d, &70. g, etc., etc ; cf. sur <t- [)oint, la différence des formules de Fénclon et de Mme Guyon, Lettre XV, p. ,'19 et n. i.
2. Le mariage avec le comte de Vans dont il a âéjk été question <lans les Lettres LXX et LXXII, p. 169, 177.
3. Construction fréquente au xvii"' siècle et plus particulièrement (lie/, Fcnelon ; cf. Lettres spirituelles, t. VIII, p. 712, d : « Je compte d'aller vous rendre mes devoirs » ; Dialogues des morts, LXXI, t. VI, ]). 023, g : « Je comptais d'achever dans le cloître ma vie » ; cf. encore Lettres spirituelles, t. ^'I^, p. G'ig. <', 0(')2, g, etc.. et Haase, loc, cit., § n2, p. 299.
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LWXVllI. — M'"- GUYON A FENELON '
Je vois par votre réponse'- que vous n'avez pas reçu la première lettre que je vous al écrite, il y a cinq jours ' ; et par conséquent, avec le peu que je me suis expliqué, il vous a été dlfllclle de m'enlendre. Pour vous exposer toutes choses avec simplicité, je vous dirai, que la peur dètre Importune m'a fait prendre la résolution de résister autant que je pourrai aux mouvements de vous écrire ; cela m'a tellement fait souffrir, que, ne le pouvant plus porter, je vous al écrit dimanche matin '. Je ne veux pas assurément que vous vous dépouilliez de votre sagesse par vous-même, mais ce que je voulais dire, c'est que Dieu veut que vous écoutiez cette pauvre créature, quoiqu'elle soit si peu raisonnable, et que j'ai cette confiance, que, malgré tout ce que je suis. Dieu ne permettra jamais que je vous entraîne en nulle chose, qui puisse vous faire aucun tort dans le monde"'. Mais, que je puisse avoir avec vous des réserves, cela me parait plus dur que la mort ; et ce que je souffre depuis quelques jours, me fait voir la chose impossible. Je vous demande donc, au nom de Dieu'', de trouver bon que, sans me mettre en peine des tentations que vous pourriez avoir contre moi, je vous dise bonnement toutes choses. Non que je prétende en nulle manière vous engager à [ne]' suivre cpje ce que Dieu vous fera connaître être