‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 258 sur 347 · T. V, Lettre XLII, p. 3o/,-.SoG · texte numérisé non relu

T. V, Lettre XLII, p. 3o/,-.SoG

h. Texte de Dutoit : « toal ce que vous dites pour M. D. V. pour M. G. Il s'agit, etc. » Même correction qu'au début de la lettre précédente.

5. Sur l'identification poPsii)le de ce personnage, cf. lettre précédente, p. 220, n. 2.

±2i FENKLON ET M-" GUVON

Dii'u, qui lui a été (.•oininuniquc ; cl c'est do celte sorte qu'il se trouve lié à moi. Je le trouve fort droit, mais je n'ai lieu au dedauspour lui. (cependant j'ai une certaine facilité à éclalrcir (oui ce ([u'il me demande, et d'une manière qui contente son esprit, en satisfaisant son cœur.

Je me suis souvenue tout à coup de ce «jue j'avais voulu vous diic ' de E. -: c'est cju'ellc trouve t[u'il faudrait beaucoup travailler à corriger votre sécheresse, qu'elle croit être un obstacle à votre avancement. Je lui dis là-dessus ce que je pensais, qui est, qu'en violentant votre naturel, vous le rendriez encore plus sec. Il n'y a que l'oraison et l'onction de la grâce, qui le puisse corriger : à mesure que Jésus-Christ s'emparera de tout vousmême, il vous communiquera la douceur foncière, qui vient du cœur, et non d'une contrainte extérieure. Votre naturel ne se corrigera que par la perte de toute répugnance, qui sont ^ l'origine de cette sécheresse. L'âme abandonnée à Dieu lui doit laisser le soin de tout ce qui la concerne ; et, comme vous êtes appelé à la foi et à l'abandon le plus pur, vous êtes par conséquent appelé à l'entier oubli de vous-même, qui ne peut compatir avec l'attention pour vous corriger. L'âme, dans l'état d'abandon aveugle, ne doit plus se regarder, ni par réflexion, ni par attention à ses actions, pour se corriger de ses défauts. Elle doit laisser tout le soin de sa perfection même à celui dans lequel elle se repose, étant unie à lui parla volonté. Je pars pour la campagne après dîner. A mon retour, vous saurez ce que vous m'avez demandé ^. Je crois que Dieu me donnera la facilité à cause de vous.

■ I. Dans l'entrevue de la veille, le jour de la Magdeleine.

a. Eudoxe-Maintenon ? Cf. lettre précédente, p. 220, n. 4.

3. Sic, Il doit être tombé un membre de phrase entre répwjnance et qni.

!i. Dans l'entrevue de la veille.

KK.NELON A M (iLVUN 223

pour met tro beaucoup eu [)eu de uiots '. O a3 juillet

XGllI. — FÉNELON .\ M'"<^ GUYON ^

Je vois bien, Madame, que, pour travailler à ce qu'on appelle ordinairement perfection, il faudrait me corriger de ma sécheresse ; mais je ne vois pas qu'elle cause en moi une résistance volontaire aux mouvements que Dieu me donne, et c'est ce qui me console dans mon imperfection. J'ai de deux sortes de sécheresse : lintérieurepar rapport à l'oraison et aux choses spirituelles; l'extérieure, par rapport au commerce avec le prochain. Pour la sécheresse intérieure, je n'en suis pas en peine. \ous savez que c'est une épreuve donnée et non une imperfection volontaire. Celte épreuve sert à éprouver la foi et à faire mourir à tout ce qui n'est pas Dieu. D'ailleurs je ne me la procure jamais volontairement. Au contraire, je lis avec plaisir ce que l'on me donne. Si on cessait de me donner des choses nouvelles, je relirais celles que j'ai déjà. Si je sentais du besoin, je demanderais secours. Mais, quand je'suis en paix et que je ne sens aucun besoin, je ne demande rien, et je me contente de recevoir avec plaisir ce que Dieu, qui connaît mon besoin, quand je ne sais pas le connaître, m'envoie

I. Ce « peu de mot-s » de Mme Giivon formera, je crois, la Lettre

\CIV, p. 338-235.

■j. ï, V, Lettre \C, p. .'..'ly-i-J'i.

224 I-KNKLON ET M- CUVON

par vous. 11 est vrai que, quand je reçois f|uclqu(' instruction, je n'en ai point une joie sensible. C'est un acquiescement simple, quelquefois même froid et sec, mais doux, prompt, facile, paisible, et qui est du fond du cœur. Mors on pourrait se tromper sur ma disposition, car je crois avoir dit tout en disant ou/. La brièveté des paroles ne me paraît point une sécheresse, au contraire, c'est la multitude des paroles qui me paraît alTaiblir et dessécher le discours'. Il faut pourtant convenir que mon intérieur est fort sec, mais je ne crois pas entretenir celte sécheresse, ni par indocilité aux avis que vous me donnez, ni par résistance aux mouvements intérieurs, ni par dédain pour les petites choses; au contraire, je goûte la simplicité et l'enfance, plus qu'il ne paraît. Mon air est grave et sec, mais jamais assez à fuir l'enfance'. Pour les choses de la voie intérieure, dont il est question, j'y entre sans peine ; et il y a bien des choses, sur lesquelles on veut me préparer de loin, de peur de me scandahser, dont j'avais déjà les principes dans la tête avant qu'on me les dît '^ ; en sorte qu'après les avoir écoutées, je n'en parais pas fort touché ; c'est que je les approuve simplement. S'il fallait par complaisance s'étendre davantage en paroles, pour témoigner mon approbation, ma sécheresse naturelle et extérieure me

1. « La mullilude des paroles qui' nous prononçons sont inutiles à l'égard de Dieu » (Manuel de Piété, t. VI, p. 5, (/').

2. Conjecture de Dutoit ; le texte de la copie (ju'il ;uait entre les niiiins jidrtc : à faire l'enfanl.

.'!. Cr. l.illrc du ', juillel HiSi). p. iSCiet n. i.

FÈNELON A M" GUYON 225

icndrall cette pratique [x'-uihle. Mais je suis sur que ce n'est pas là ce que vous voulez. J'agis naturelle ment.

Pour revenir à vous, je goûte tout ce que vous me donnez sur la voie en général, et sur mes besoins en particulier. Quand je reçois de vous quelque nouvelle instruction, j'en suis ravi, moins par le sentiment de mon besoin que par la persuasion, que Dieu m'en avertit par vous, el [)ar vous me donne mon pain quotitlien. C'est même un état de grande enfance: car je ne puis ni demander mes besoins, ni les connaître. Je les crois, quand on me les dit. Je crois que <:c que l'on me ferait pour me ranimer ne me conduirait pas; car Dieu veut que je meure peu à peu de langueur, et il ne faut pas retarder cette opération détruisante'. D'ailleurs je crois qu'il n'est jamais tanten moi que quand il y est caclié plus profondément. Sitôt qu'il me donne quelque goût sensible, je m'y abandonne sans réserve. Hors de là, il n'y a qu'à laisser dessécher mon Ame jusqu'à l'agonie. Je n'ai -d'ordinaire dans l'intérieur ni peine ni consolation vive. Tous mes sentiments sont émoussés. J'ai seulement une langueur qui est semblable aux fièvres lentes^ En cet état, on maigrit tous les jours ; rien ne fait un grand mal, mais aussi rien ne plaît. Je ne

1. M Le grand point est de ne se pas remuer sous la main de Dieu, •de peur... de retarder son opération détniisante » (Lettre à la comtesse de Montheron du i" janvier 170O, t. VIII, p. f»;!, 'j-d) ; cf. Lettre â la même du "J juin 1709, id., p. "joi. g.

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