T. V. Lettre XLIV, p. .^o8-3-.!f
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pure foi '. Atiiccz que je vous dise ce que j'en entends cl ce que j'aurais besoin d'en entendre plus distinctement.
Pour l'état d'une àme, que Dieu tire du péché et (|u'il avertit parles sentiments ordinaires de pénilence, je ne le compte point", parce qu'il n'a rien de parti culier par rapport à la voie dont nous parlons, et qu'il est commun à toutes les voies différentes de grâce.
Le premier degré qui commence à distinguer cette voie est donc le recueillement ^ et l'oraison simple, où l'on se sent attiré à mortifier les sens extérieurs, mais d'une manière active, quoique moins multipliée '% c'est-à-dire, que dans ce degré il y a trois circonstances, une oraison moins multipliée, une mort qui se répand dans les sens extérieurs, enfin une activité " par laquelle on tend à cette simplicité et à cette mort des sens extérieurs.
Le second degré est celui de la foi passive'^, oi^i Dieu ôte peu à peu les goûts sensibles, en sorte qu'on perd
1. C'est le Petit ahré<jc de la Voie et de la Réunion de l'âme à Dieu. dont Mme Guyon lui avait promis l'envoi dans la Lettre \I, p. 38 el. n. I {Opuscules, cdit cit., t. II, p. .^lô-S^iH).
2. "Le premier degré est le retour à Dieu » (Petit abrégé de lu Voie, etc., I, § 1, p. 3 17). Fénelon « uc comptant point » ce degré, son classement retardera d'un numéro sur celui de Mme Guyon.
3. « Il lui est donné ensuite une touche eflicacc dans la volonté, qui 'invite au recueillement et lui apprend que Dieu est au dedans d'elle d (Abrégé, id., p. ^17).
A. Reprise des termes dont Mme Guyon s'est servie précédemment (Lettre du 27 juin 168g, p. 18&).
5. « Effets du second degré : activité savoureuse » (id., id., p. 317).
C. « Troisième degré : déchet d'activité et de forces par une passi- \ été savoureuse ; destruction des sentiments intérieurs » (id., § III, p. 322).
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peu à pc;i les scnlimcnls intcriours, comme on pcidail dans le degré précédent les extérieurs, mais avec cette dinéronce, que dans le degré précédent on mourait }iar eflort et par vue active aux sens extérieurs, et que. dans ce second degré, on meurt au goût et aux S(MiliiU(Mils intérieurs d'une manièn^ qui commence à être passive, c'est à dire, qu'au lieu que dans l'autre degré, par un goùl intérieur qui élail sensible, on agissait avec force sur soi-même, pour mortifier ses sens, dans le second degré, on laisse l'Esprit de grâce am<irlir peu à peu les. goûts sensibles et intérieurs qu'on avait eu jusqu'alors pour les vertus.
Le troisième degré est un dépouillement universel^, qui se fait peu à peu des dons aperçus. Comme le degié précédent avait déjà ôlé les dons sensibles cl inli'ricurs. ainsi dans ce Iroisièmc degié la foi qui conuucnçait déjà à être sèche, et dépouivue des goûts sensibles, devient peu à peu nuc", en sorte qu'elle parvient enfin à n'avoir plus rien, qui se fasse aper ccvoir à l'àme. Tandis que l'àmc aperçoit sa foi, quoique sèche, et son abandon, — quoiqu'elle ne goûte rien de sensible ni dans les sens extérieurs, ni même dans l'intérieur, — elle se soutient par la vue des dons qu'elle aperçoit ", plus ils sont purifiés du
I. « Qualricinc degré, de foi imc ; doiibli- ilii)0uillc"incnt, le douloureiix et le languissant » (t(/.. § IV, p. 3?.!i)
?.. Lettre à la comtesse de Gramont du 32 juillet iCgo, t. \III, p. Coo, d: « Quand on est dans la foi sèctic et nue, alors on se décourage. »
3. « Plus les sens sont amortis par ce courage de l'àme, plus 1 aiuc voit sa vertu et se soutient par son travail » {Instructions, XXII, t. VI. p. i-yi. 'j): cf. surtout plus haut Lettre XlII, p. 46 et le t«xto cité, n. i.
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sensible, [)lus ils cU>mienl à l'àmc malgré leur sécheresse, la confiance (jiii la peut soulenir, car elle se rend ce témoignage que ces dons pour être plus secs n'en sont que plus purs'. 11 laul donc un [)lus prolond dépouillement pour Tarracher à elle-même et pour lui ôter sa propre vie ; c'est ce que Dieu fait en lui otant peu à peu dans ce troisième degré tout son aperçu ", comme il lui avait ôté dans le second tout son sentiment intérieur.
Le quatrième degré est celui de la morf*; il consiste dans une entière extinction de toute répugnance à tous les divers moyens dont Dieu se sert pour déi>approprier l'àme dVlle-môme : en cet état, l'âme, qui avait été jusqu'alors, pendant le degré de nudité, dans les douleurs de Tagonie par les derniers dépouillements qu'elle avait souflerls, expire enfin, c'est-à-dire, qu'elle cesse h.^ répugner à tout ce que Dieu veut en «lie; dès ce moment, elle est comme un corps mort, insensible à tout, qui ne résiste à rien, et que rien n'offense.
Le cinquième état est celui de résurrection', où Dieu rend peu à peu à l'àme, et avec une alternative de vie et de mort, tout ce qu'il lui avait ôté dans le troi-
1. Lettre (lu miir(iiiis de Blainville du 7 août 1689, t. VIII, p 5i4, g: <i Cet attachcmi'iil à Dieu, tout sec et tout nu, est bien plus pur. »
2. Cf. Lettre XCVI, p. 287 et Lettres spirituelles, t. Vlil, p. ùGS, d.
3. « Cinquième degré, ou état de mort mystique... Cette mort est >oufrrantc jusqu'à sa consommation » (^Abrégé, id., § V, p. 33o).
/j. On trouve souvent au xvu" siècle la même construction avec mddier, relarder, ris</uer, etc. ; cf. Haasc, /. cit., § 124, p. 3/(^1-7. Ti. « Résurrection de l'àme » (/r/., II, § I, p. 330).
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sicmc dogrc, qui est celui de la nudité', c esl-à-diro que Dieu, après avoir peu à peu arraché à l'amc tout son senti ou aperçu, après l'avoir mise dans l'entière cessation de toute action propre, pour la désapproprier de son mouvement naturel et propre, lui rend en passivcté tout ce qu'elle avait autrefois dans son activité; au lieu qu'avant la mort et le dénùment'. elle agissait par elle-même pour le reste, alors elle ne fait plus que laisser faire à Dieu tout ce qu'il veut en elle: mais, comme la mort mystique n'opère dans cette Ame qu'une extinction de toutes répugnances à tous les divers moyens dont Dieu peut se servir pour ia désapproprier d'elle-même, et qu'en cet état elle n a fait que cesser d'agir d'une action propre, et pour recc voir passivement toutes les impressions de Dieu, —il reste encore, pour une entière désappropriation, à la faire agir d'une manière purement passive. Pour entendre ceci, il faut se représenter, qu'il y a dans l'état passif, comme dans l'actif, l'agir et le pàtir; on agit activement, quand on agit par sa propre action; on pâtit activement, quand on reçoit quelque impression par un consentement fait avec propriété ; de même, on agit passivement, quand on agit [)ar une action, qu'on ne se donne point à soi-même, et qu'on reçoit de l'impression de Dieu ; on pâlit aussi passivement,
1. « Mais atlcndez que l'Iiivor soil passe, et que Dieu ait fait mourir tout ce qui doit mourir ; alors le printemps ranime tout » (Inslritclions, XXIII, t. VI, p. 12O, d).
2. C.{. Lettre à la marquise de Risboury. s. d., l. VIII, p. 71/1, (j. suila souplesse aux impressions fli> Dieu (jui iiii'ni' k à l'obscurit*) de la foi, aii dénùment total ».
2',i KKNKLON Kl' M- GUYON
(luand on ne lait simplcmcnl que céder à quelque impression divine, qui ne porte à aucune action. Cela posé, je dis qn'il me semble, qn'après que Tàme, par le dénûmentcl par la morl, a perdu loules répugnances aux impressions de Dieu pour se désappropricr d'ellemême, cl qu'ainsi clic est demeurée paisible, imnioliile, indillërcnle, patiente dans cet état passif, — il reste encore ime dernière chose pour mettre le comble à sa passivcté, qui est qu'elle devienne passivement active, c'est-à-dire, qu'elle soit aussi souple à toutes les actions que Dieu lui donnera, qu'elle a clé jusqu'alors souple à toute inaction, à toute privation, à toute la suspension, ou toute la souffrance où Dieu l'a mise jusqu'cà la mort ; ainsi ce cinquième degré de résurrection est un degré, où l'âme souffre encore pour achever de se purifier et de se désapproprier d'elle-même par l'action, comme elle s'était désappropriée auparavant par la non-action.
Le sixième et dernier état est celui, où l'àme, ayant achevé de ressusciter et de recevoir la vie divine en la place de la vie propre, se trouve anéantie et transformée-; elle est alors anéantie, parce qu'il ne lui reste plus rien de sa volonté propre, ni pour agir ni pour patir. Elle est transformée, parce que la vie et la volonté de Dieu sont en la place de la sienne propre. C'est Fétat de saint Paul, qui vivait, mais ce n'était
1. « 11 faudrait être dès cette vie, comme les âmes du purgatoire liaisiblcs et. souples sous la main de Dieu » (Lettres spirituelles, t. VIII. |i. 578, g).
2, « Fccomlité de 1 amc transformée » (Ahri-(]c, II. § II, p. 330).
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plus lui, c'élail Jésus-Chrisl, vivant clans sa volonté Miorle à tout'. Alors l'àinc, — qui avait demeuré si longtemps à mourir avec tant de douleur à sa propre action, et qui ensuite avait encore demeuré si longtemps à mourir à son inaction, et à reprendre Taclion rendue sans propriété, — commence à agir et à pâlir indifléremmcnt sans aucune peine, selon que Tun ou Paulre a lieu en chaque occasion ; elle n'a plus rien à sc^ufliir pour elle-même, paice qu'elle n'a plus ni propriété ni répugnance; il ne lui reste à soullrir que pour la lenleur des âmes qui lui sont données-, et qui ne veulent et ne peuvent encore seconder toute Taclivité divine qu'elle reçoit pour de tels enfants.
Le sixième degré d'anéantissement, ou transformation^, est le dernier, après lequel il ne reste plus que la gloire des bienlieureux. Mais on avance à liiifini dans ce degré à mesure que l'âme, se délaissant davantage au mouvement divm, s'élargit aussi d'avance, poiu- recevoir en plus grande abondance le même mouvement. Il n'y a que cet état où l'on soit parlaitement à Dieu, parce que dans le passage de la mort à la transformation, qu'on nomme la résurrection, et (|ui est le cinquième, l'àmc n'est pas encore désappropriée; quoi(jMe dans la mort il ne lui reste plus Ae répugnance pour tout ce que Dieu lait lui seul en