Cf. Lettre XXI, p. 0/| et n
8. Fcnelon, Leltres spiriluelles, t. VIII, p. 5oo, g (:= t. VI, p. 120, d) : « Je dis que dans cet état de simplicité et d'union à Dieu, on sait tout sans rien savoir. »
9. « Je ne sais pourquoi j'écris ceci » (Lettre CI\ , p. aCO).
M" GUYON A F1:NELuN 3-21
CXXXl — M'"«- GUYON A lE.NELOX '
Toutes les disputes, qui se font sur la liberté de riiomnio, viennent pour l'ordinaire du défaut de la lumière. Nous sonnnes tous nés libres, et notre liberté funeste ne nous sert le plus souvent que pour nous égarer. Dieu, dont la bonté est infinie, nous tire de cette pente au mal, que nous avons puisée en Adam, et nous donne une bonne volonté, qui nous fait tourner vers lui notre liberté, et l'employer à son service. Mais, liélas ! qu'il y a encore en nous de faiblesses et d'inconstances, jusqu'à ce que sa bonté nous ait appris, qu'il y a un autre moyen de rendre notre liberté toute puissante pour le bien, et toute faible pour le mal ! Ce moven si sur est de remettre cette même liberté entre les mains de son tuteur, par une résignation autant libre que volontaire '-.
[Laisser agir souverainement en nous le Dieu fort et jaloux.]
0 amour inconnu, que lu es cruel, doux, terrible, délicieux, puissant, insatiable! Que ne fais-tu pas éprouver à tes enfants ! ()ue tous les hommes les plus savant? sont ignorants, si tu ne les instruis par toi-même ! Que tu es difrérentde ce que l'on s'imagine de toi, et de ce que l'on en déclare ! Tu réserves tes douceurs pour ceux dont tu ne fais que peu de cas, et tu gardes tes cruautés pour les fidèles amis. Mais tes cruautés les plus étranges sont plus aimables aux cœurs que tu possèdes, que toutes les douceurs ! Ta cruauté est douce, et ta douceur cruelle. Amour immense, infini, lu es autant éloigné de toutes sortes de bornes, que tu es élevé au-dessus de tous
1. Discours chrétiens et spirituels, t. II, Disc. XXXIX, p. 232-5.
2. Cf. fragment d'autobiograplue, p. G et n. i ; même emploi de lulant dans le paragraphe suivant.
32i FÉNELON KT M - (iUVON
moyens ! Celui qui croit l'acquérir par lout ce qu'il se propose, ne le connaîl pas. On ne l'acquiert qu'en perdant lout, et en le perdant toi-même en apparence *. Tu ne veux ni exception, ni excuse, ni raison ; mais tu \eux c|ue tout cède à ton pouvoir, sans que celui que tu conduis ose te demander où tu le mènes, ni aucune raison de ta conduite. Tu ne veux que des aveugles et des insenj:és. Tu ne veux pas qu'ils appréhendent au milieu des périls les plus évidents ; et, lorsqu'ils semblent perdus, loin de leur tendre une main secourable. tu te ris de leur perte, tu te fâches de leur crainte ; lu les perds encore plus ; tu l'irrites contre leurs raisons, et lu n'as, point de repos que tu ne les aies sacrifiés sans réserve.
Il y a des lumières qui sont souvent sans vérité, soit sur l'avenir, et autrement ; et les personnes, conduites par les dons extraordinaires, en ont beaucoup. Mais il y a des vérités sans lumières, qui simpriment sans caractères, et qui ne laissent point de traces, comme elles n'ont point de formes. Les premières lumières ont des brillants et sont pour les âmes peu avancées : elles sont toutes incertaines.
Les secondes n'ont aucun brillant et ne paraissent point lumière à l'àme qui les possède. Elles sont souvent comme de simples pensées, auxquelles elle ne fait nulle attention ; et elle n'en ferait jamais, si on ne lui faisait dire les choses; et, comme son état nu ne lui laisse point
I. M On ne trouve Dieu seul purement, que clans cette perte apparente de tous ses dons » (Fénelon, Inslructions, XXIII, t. VI, p. laS, d).
■>. Discours chréliens et spirilueh, t. II, Disc. XYI, p. io3-(); dernier paragraphe. Lettres, t. Y, Lettre LXYI, p. 3()(j.
M ' C.LVnN A KKNKLi t.N :{23
(1 espèces ' ni de pensées sur ce ({uclle a dit, à moins ([lion no lui eu renouvelle les caractères, elle pei'd tout.
11 faut cependant c[ue la même loi, qui s'exerce par la nudité, s'exerce aussi par la science qui y est communi- ([uée : car, si Dieu ne déclarait rien à l'âme, et ne lui taisait part de ses secrets, il est certain que la voie de la foi ne serait point une docte ignorance. Elle est docte, puisque Dieu les découvre, cl irjnoranle, parce que c'est sans manifestation, par manière de science cachée, et tlont on ne peut faire nul usage, cpie lorsqu'il le veut.
[Recevoir avec politesse non seulement les lumières générales, mais ( lu'oreles lumières particulières et distinctes ; y apporter une croyance lie soumission, sans s'occuper d'avancer ou d'exécuter les choses que l'Esprit nous révèle et fait annoncer.]
J'écris de plus mal en plus mal, je ne vois presque plus; mais vous relirez, sur le livre des lettres-, ce que j'écris. Si vous ne pouvez lire mon écriture, je me contenterai de mettre ce que j'aurai à vous mander, à moins que vous m'en ordonniez autrement, le marquant .1 un point, pour faire voir qu'elles sont nouvelles'.
CWXIII. — M"" CI V()\ A lÉNELON'^ J'espère (jue celui (jui me donne le mouveiucnt de