Cant. VIII
/(. Texte do Dutoit : ticurcusc.
yW GUYON A FÈNELON 319
C\\\. — M""' GUYON A FENELON '
La foi se doit envisager en deux manières. Il y a la foi, vertu llicologale, commune à tous les chrétiens; et cellelà a son évidence dans l'Ecriture Sainte et dans les décrets de l'Eglise, qndiqu elle soit au-dessus de notre raison, et qu'elle la captive. Mais il v a resjU'U de foi, qui est l'esprit intérieur que St. Paul met au rang des fruits du St. Esprit -, parce qu'elle suppose la charité dans une âme.
[Cetl<3 foi est tout amour : c'est aussi uno foi de confiance, qui proiluit un abandon entier. L'àme suit Dieu dans des sentiers ténébreux, où elle ne l'aperçoit plus 3.]
Alors elle va sans nulle raison ; elle court ilans les précipices; elle y roule même souvent par désespoir, se croyant entièrement égarée, mais ne pouvant faire autrement. C'est alors que les vues que c'est Dieu qui a introduit dans cette voie, se perdent. On ne pen.se plus même à ce qu'il est, et qu il sera heureux malgré notre malheur ; mais, comme une personne, qui roule dans abime, perd toute autre pensée que celle de son désastre présent, aussi cette âme perd toute autre vue que celle de sa perte. Mais, pleine d'une juste indignation contre elle-même, après avoir gémi sur son malheur, clic le voit, et elle voudrait le rendre plus irrémédiable, s'il était possible ; et, entrant dans la complaisance de sa perte, c'Ile entre dans la perfection du plus pur amour, qui ne larde guère à reparaître, mais d'une manière inefTable.
I. Discours chrétiens et spirituels; t. II, Disc. XVII, p. log-ii^ dernière ligne, Lettres, t. V, p. 89:1. '. Galat, V, 23.
o. Cf. Lettre XV, p. '19 et n. i.
La foi conduit donc aveuglément, mais où !' C'est à l'unité. Car il faut savoir que la foi et l'espérance se réunissent dans la pure charité. Cette réunion semble une perte à l'àme, qui dit avec Job : .Pai perdu tout espoir, et je ne vivrai plus ' ; non, elle ne doit plus vivre, mais arriver à l'unité, soit par la réunion de la foi et de l'espérance dans la seule charité, soit par la réduction des puissances en unité-. Elle trouve que cette charité, qui est seule subsistante, est Dieu même ^, où l'àme est conduite par la perte de tous moyens. C'est là cpi'elle trouve Jésus-Christ, qui reparaît comme sa vie ; c'est la réelle manifestation de Jésus-Christ, devenant la vie de l'àme '* ; c'est en Jésus-Christ et par Jésus-Christ que la vie est rendue dans cette unité rendant l'àme et simple et multipliée', autant'' agissante qu'elle est mue et agie. Toutes ses puissances sont agissantes, sans sortir de leur unité et sans être salies d'aucunes espèces '' , elles ont tout sans rien avoir, on sait tout sans rien savoir^. Cet état est réel, je vous assure, et vous y êtes assurément appelé. Mais, quoique les expressions ne soient peut-être pas conformes à la science, l'expérience démêle tout cela et contraint d'approuver ce que l'on condamnerait sans elle.
Je ne sais pourquoi je vovis écris cela ^.