‹ Fénelon & Mme. Guyon, documents nouveaux et inéditsChapitre 335 sur 347 · M., t. III, n" CWT, p · texte numérisé non relu

M., t. III, n" CWT, p

2. Fcnclon a décrit plusieurs fois dans ses lettres ce fond incxiihcid)le et perpétuellement fuyant de son caractère, cf. Lettre à la comtesse de Montberon da 20 novembre 1701, t. VIII, p. <^!^o, d : « De moi je ne sais cpi'en dire ni qu'en penser... Dans le moment que j'écris ceci, il me paraît qiio je mens », etc ; cf. plus liant. Lettre CX.II, p. ?.ç^o.

FKiNELON A M (JUYON 347

Je ne vois plus clieinin, sentier, ni trace, Vois-je un sommet de rochers escarpé.

Tout aussitôt, c'est par là que je passe. Prêt à tomber du roc où j'ai grimpé.

Goudres, torrents, abîmes, précipices.

Je ne puis plus me délier de vous :

Si vous l'osez, faites que je périsse ('ourant après les parbmis de l'Kpoux '.

Amour, amour, que veux-tu que je fasse ? Je ne sais plus ce que tu fais en moi ; Ce qui s'imprime en un moment s'efface : Tu m'ôtes tout jusqu'à ta propre loi.

Tu veux régner, amour, et tu te caches; Sans t'expliquer, tu demandes toujours.

Amour cruel, tu crains que je ne sache De tes chemins réglés suivre le cours.

C'est peu pour toi que n'avoir plus de vie Et qu'abîmer ce Moi jadis si cher ; 11 faut encore craindre ta jalousie Suivre à l'aveugle et n'oser te chercher.

Eh bien! c'est fait : je ne sais plus si j'aime. Je ne veux plus songer à le savoir.

Dieu dans mon cœur s'aimera seul lui-même'^ ; Il fera tout sans me le laisser voir.

1. Canliijuc des Cimti'(jucs. I, 3 ; cl'. EiUrclicii affectif pour la félf de sainte Ma-jdelcine, t. VI, p. 68, d) : « Je cours en pleine liberlff, coniiiio vos vrais enfants, à l'odeur de vos parfums. »

a. Cf. plus haut. Poésies, n" I, p. 33f) : L'Éternel en mon cœnr vil et s'aime.

Mil. RÉPONSE DE M-"'^ GIJYO.N »

(Même sujet, même air.)

Cel'.ii qui peut se dénoindre soi-même

Est encore loin d'avoir perdu son cœur.

Le mien n'est plus ; et, s'il est vrai qu'il aime,

C'est de Tamour même de son vainqueur.

En lui perdu ^, je ne vois plus de trace. 11 n'est pour moi de sommet escarpé :

Je vais toujours, sans savoir où je passe, Etsuis bien haut, sans que j'aie grimpé.

Je ne vois plus. Seigneur, des précipices. Depuis qu'Amour, en m'abîmant en vous, Me dit ; Suis-moi ; il faut que tu périsses, Sans espérer un regard de l'Epoux.

Lors je lui dis : Que veux-tu que je fasse ? Détruis, abîme, arrache-moi de moi.

Je veux. Amour, que tu te satisfasses : Je ne connais plus ni règle ni loi^'.

En me montrant un sentier, tu te caches : En te suivant, je m'égare toujours ; Tu me conduis, sans vouloir que je sache D'aucun chemin réglé suivre le cours.

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