‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 105 sur 294 · Cf. Lettres XVII, p. 55 et n. 3, LXIV, p. i57, etc · texte numérisé non relu

Cf. Lettres XVII, p. 55 et n. 3, LXIV, p. i57, etc

3. Cette première page se retrouve, avec quelques variantes et sans l'indication- du lieu de la scène, dans la Vie de MmeGuyon, édit. cit,, t. II. p. 102. — Ce qui suit est entièrement inédit.

&. Il y a ici dans le manuscrit une pièce de vers, composée par Mme Guyon dans sa prison.

5. Expressions utilisées par Bôssuet dans le passage de la Relation cité plus haut, p. 2, n. 6.

FÉNELON ET M- GUYOX 5

sais dans une certaine langueur d'amour : donnezmoi des enfants, ou je mourrai. Je ne pouvais douler de l'avoir engendré à Jésus -Christ, après qu'étant à B[eynes], il me fut offert, afin que je l'acceptasse dans une pleine connaissance ; je ne pouvais m'empêcher de le regarder comme mon fils [743] ; et, quoique je n'osasse le lui témoigner par respect, mon fonds le nommait de cette sorte, et il fallait que quelquefois, pour évaporer ce que j'avais au dedans à cause de la contrainte, je m'écriasse : 0 mon fils, vous êtes mon jils bien-aimé, en qui je me plais uniquement '. Cela était tel que, si j'eusse hésité en ce point à cause d'une tendresse toute maternelle, mais très forte, que j'éprouvais pour lui, Notre-Seigneur me rejetait et je n'avais accès auprès de lui, qu'en me laissant aller à ma tendresse, et en lui communiquant, quoique de loin, une grâce très forte. Il me semble que, depuis qu'il me fut donné à Bfeynes], que je l'acceptai et que je m'offris pour le porter dans mon sein et pour souffrir pour lui tout ce qu'il plairait à l'amour, que je l'ai porté dans mon sein — je le trouvais toujours en moi ; ce fut vers la Saint-François d'octobre 1688 2.

i. Fénelon est pour ainsi dire le Christ du nouvel Évangile (cf. Malh., III, 17 et Luc, IX, 35); cf. plus loin, Lettres XII, p. 68 et XXVII, p. 7/1, les mêmes expressions employées à l'égard de Fénelon.

a. U octobre. Dans sa Réponse à la Relation sur le Quiélisme, chap. 1 (tome III, p. 7, d), Fénelon retarde de quelques mois la date de cette première entrevue : « Je la connus au commencement de l'année 1689, quelque temps après qu'elle fut sortie du monastère de la Visitation de la rue Saint- Antoine, et quelques mois avant que j'allasse à la Cour. »

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Depuis ce temps, je n'ai jamais été invitée de Dieu, pour retourner dans mon fonds, que je ne le trouvasse près de mon cœur ; mais cela d'une manière autant ■pure, spirituelle que réelle1, car il n'y a rien d'imaginatif en moi, mais tout passe dans le fonds en réalité. Comme je le portais de cette sorte dans mon cœur, il me semblait que [7V4] les grâces, que Dieu lui faisait, passaient par moi ; et, je n'en pouvais douter, je le sentais plus proche et plus pressant que les enfants que j'ai portés dans mes entrailles ; et, de tous les enfants spirituels que Dieu m'a donnés, je n'en ai eu aucun qui me fût pareil à celui-là : C'est une intimité qui ne se peut exprimer ; et, à moins d'être fait une même chose2, il ne se peut rien de plus intime. Il suffisait que je pensasse à lui, pour être plus unie à Dieu 3 ; et, lorsque Dieu me serrait plus fortement, il me paraissait que, des mêmes bras dont il me serrait, il le serrait aussi4. Depuis les huit premiers jours, après notre première entrevue à

1 . Sur cet emploi de autant devant un adjectif, emploi fréquent au xvne siècle et qu'on retrouvera plusieurs fois dans les lettres suivantes, cf. Haasc, Syntaxe française du xvii* siècle, trad. Obert. Paris, Picard,

2. Cf. plus loin, Lettre du 3 5 sept. 1G89, p. 283 : « Je vous assure que votre âme est tellement une même chose avec la mienne ! » ; cf. encore Lettre XL, p. 106 : « Il me semble quelquefois que l'on ne veut faire qu'une seule et même âme de la vôtre avec la mienne » ; Lettre L, p. 129, etc.

3. Cf. Lettre LXXXI, p. ig£ ; Mme Guy on à Fénelon : « Dieu... qui se manifeste d'autant plus à moi, qu'il vous y manifeste davantage », cf. Lettre LU, p. i32.

f\. Cf. Lettre LVIII, p. 1.46 : « C'est comme si Dieu me serrait plus étroitement des bras de son amour et que de ces mêmes bras il vous serrât aussi. »

FENELOX ET M- GUYON ?

Bjeynes], où je souffris beaucoup, car je trouvais comme un chaos entre lui et moi, qui empêchait mon cœur de se verser dans le sien, mais à mesure que je souffrais, je trouvais que ce chaos se détortillait, jusqu'à ce qu'enfin, étant entièrement détortillé, je trouvais qu'avec une suavité incomparable mon cœur se versait dans le sien, sans que je le visse, ni que je lui parlasse ; mais au commencement avec moins de largeur, ensuite toujours plus facilement, en sorte que j'éprouvais qu'il se faisait un écoulement presque continuel de Dieu dans mon âme, et de mon âme dans la sienne1, comme ces cascades, qui tombent d'un [745] bassin dans l'autre. Cela était souvent en sorte que je ne pouvais parler, et je me tirais à l'écart pour me laisser posséder à Dieu2, et le laisser opérer en moi pour lui tout ce qu'il voulait, il y avait des moments, où l'on 3 me réveillait avec une promptitude extrême, et je le trouvais tout prêt à recevoir ; alors il recevait, mais quelquefois je sentais cet écoulement comme suspendu, et j'éprouvais qu'il était alors mis en sécheresse. Je ne lui disais pas cela ; ne pouvant lui parler, je lui écrivais quelque chose. Mais il m'est impossible de bien exprimer ce

1. Cf. Lettre XII, p. 43 : « J'éprouve que mon âme, ainsi que je vous l'ai dit, s'écoule sans cesse dans la sienne » ; cf. encore Lettres XX.Ul, p. 68; XLIIL p. 116; LU, p. i32 ; LXIV, p. i57, etc.

1 . Sur cette construction de l'infinitif passif avec à après laisser ou faire, cf. Haase, loc. cit., § ia5, Rem. II, p. 354; cf. plus loin Lettres XLI et XLIX, p 108 et 127.

3. On désigne souvent chez Mme Guyon l'impression de Dieu sur l'âme, cf. plus loin Lettre XXVI, p. 72 et passim ; sur ces « réveils » de Mme Guyon, cf. Lettres LXIV, p. ï57 ; LXX, p. 170; XGIV, p. 23o.

que je sens à son égard. Dieu me fit comprendre les grands desseins qu'il avait sur cette âme, et combien elle lui était chère. Je m'étonnais de ce qu'il me donnait plus pour lui seul que pour tous le& autres ensemble ; et Ton me faisait comprendre en cela que l'on voulait beaucoup l'avancer, et qu'il ne lui serait rien donné que par ce misérable canal ! . Je n'osais m'expliquer de tout cela ; cependant j'étais quelquefois si fort poussée que, pour ne pas résister,, ne le pouvant plus malgré mes répugnances naturelles, je passais outre, et j'en écrivais; j'aspirais à une certaine liberté, qui était de pouvoir agir avec lui sans gêne2, et qu'il pût concevoir ce que je lui étais en [7A6] Jésus-Christ; mais, les avenues étant fermées, je ne pouvais assez m'en expliquer3.

lime fut donné à connaître que, dès 1680 que Dieu me le fit voir en songe4, il me le donna, et qu'il me

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