‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 129 sur 294 · Sur cet accord, cf. Lettre III, p. 18 et n · texte numérisé non relu

Sur cet accord, cf. Lettre III, p. 18 et n

productrice de fécondité et d'écoulement dans les autres âmes ; et par là elle se les unit du même acte que Dieu a unit toutes choses, en sorte qu'il lui parait que c'est elle en Dieu, et Dieu en elle comme une cause première, qui attire et pénètre le premier objet qui attire : et par cet objet, ou plutôt par la pénétration dans cet objet, en attire un autre, et ainsi plusieurs de cette sorte.

Quoique ces rayons attirants pénètrent ce premier objet, et semblent s'en servir pour attirer les autres, c'est pourtant lui qui les attire par son efficacité ; et il communique cette efficacité aux sujets qui lui sont plus proches avec plus de véhémence ; en sorte que c'est luimême, et c'est aussi ce premier objet, qui attire les autres par un même et seul acte, sans que ce premier objet (à cause de sa pureté et simplicité) fasse aucun entre-deux1, quoiqu'il soit la première cause mue par le souverain Moteur.

Et cela est continuel, et de telle sorte, qu'il ne cesse de tirer avec son Moteur, et par le même acte de son Moteur, jusqu'à ce qu'il ait attiré jusqu'à lui l'objet qui lui est le plus proche, et qu'il l'ait confondu en lui en unité parfaite, le rendant pur, simple et nu comme lui, et propre à recevoir avec lui sans nulle distinction 2 les

i . Expression qui reviendra plusieurs fois dans ces lettres ; cf. Lettres XXXVIII, XL, LU, p. 98, 106, i3a, etc. Fénelon s'en servira aussi dans sa Correspondance spirituello ; cf. Lettre d la comtesse de Montberondu 17 avril 1702^. VIII, p. 648, d) : « Il n'y ;i point d'entre-deux entre des volontés, dont Dieu est le centre commun » ; Lettres spirituelles, id., p. 534, <7 : « Dieu veut tout...; la moindre affection hors de lui fait un entre-deux et cause un mésaise. »

a. Cf. Lettre XII, p. 44 et n. 2. — De cette union en Dieu « sans distinction », cf. la définition dans Y Explication des Maximes, art. XXVII, vrai, édit. cit., p. 186 : ce La contemplation pure et directe est négative, en ce quelle ne s occupe jamais volontairement d*auctinc image sensible, d'aucune idée distincte et nominable, comme parle saint Denis, c'est-à-dire d'aucune idée limitée et particulière sur la Divinité » ; cf. encore Mme Guyon, De la Voie et de la Réunion de l'dme m Dieu, II, § I, édit. cit. Opuscules, II, p. 337 : t( Tout *c temps de la

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rayons purs et toujours féconds de son Moteur. Si bien qu'il devient tellement un avec lui, que Ton a peine à discerner le rayon d'avec le corps du soleil, quoiqu'il en soit toujours très différent.

Je ne me saurais mieux expliquer. Un je ne sais quoi nie persuade que vous m'entendrez, et que vous suppléerez par votre lumière au défaut de mon expression. Ayez la même simplicité à me dire ce qui vous rebute, que j'ai à vous écrire ce que le Maître veut.

Je vous plaindrais extrêmement, Monsieur, ayant autant d'esprit naturel que vous en avez, si je n'étais persuadée de votre amour pour Dieu, et du dessein que vous avez de mourir à tout, pour être à lui sans réserve. C'est un droit qu'il s'est acquis sur la créature au prix de son sang, quoiqu'il lui appartînt déjà ; afin que sa domination (sur l'âme) fût d'autant plus glorieuse, qu'elle est plus volontaire, et que le pouvoir de gouverner absolument une volonté toute libre est élevé au-dessus de toute domination. C'est donc cette volonté de l'homme qui fait toute la jalousie d'un Dieu, et c'est ce qu'il prétend par toute la conduite de sa Providence sur nous, que de voir une volonté toute libre lui être si fort assujettie, qu'elle perde tout pouvoir d'user de sa liberté, sans laisser d'être infiniment libre.

Dieu, pour venir à bout de son dessein, se sert des vertus théologales. 11 nous en donne le principe et l'ha-

voie de la foi, les âmes n'ont rien de distinct; et cette distinction est entièrement opposée à la foi ; de sorte qu'elles ne peuvent même goûter le distinct, ayant une certaine généralité, qui fait le fondement de toute chose, et par laquelle tout leur est donné » , cf. Lettre GXXXVIII, p, 332 . i. T. I, Lettre XGIII, p. 283-29o.

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bitude dès notre baptême, pour nous faire voir, que, sitôt qu'il se consacre un homme, iH'attire à ia filiation, et que le titre de Chrétien nous met dans un engagement indispensable d'être assujettis à Jésus-Christ. Cet assujettissement consiste à le faire régner absolument en nous ; et ce règne s'étend sur une volonté libre, que l'on assujettit librement, et qui s'est rendue plus libre par ce qui paraît la captiver davantage. Et, lorsque notre vplontéestsi parfaitement assujettie à Dieu qu'elle disparaît absolument, et qu'il ne paraît plus chez nous d'autre volonté que celle de Dieu, qui fait en l'homme sans nulle résistance ni répugnance ce qui lui plaît, cela, s'appelle être arrivé dans la fin et au but que Dieu s'est proposé en nous créant et* en nous rachetant G' est donc là le droit du Créateur et du Rédempteur.

Dieu met dans l'homme trois vertus, qui lui sont infuses par le baptême. Ces vertus sont communes à tous les Chrétiens ; mais elles n'ont une activité vraiment efficace pour mettre l'homme dans le dessein de la création, que sur ceux qui savent s'abandonner à Dieu, et qui comprennent la nécessité qu'il y a de lui céder le pouvoir que nous avons sur nous-mêmes, ou plutôt, le droit d'user de nous-mêmes.

[Les trois vertus théologales ; et comment, par elles, \a? raison et la volonté propres sont assujetties à J.-C]

Quoique la charité travaille en même temps (que la foi), le triomphe de la charité paraît le premier. Il semble à l'âme que la volonté soit bien plutôt détruite que la , raison, et qu'elle perde très longtemps le pouvoir de vouloir, avant que de perdre celui de raisonner. Cela esj de la sorte. Et cependant, dans la fin, on s'aperçoit sque la volonté est ce qui se consomtnele dernier, et que c'est en elle que la raison se termine ; que la charité absorbe la foi, et que tout se trouve réuni dans la pure charité, qui est Dieu même.

Je ne vous parle point de l'espérance, quoiqu'elle soit inséparable des deux autres. C'est elle qui soutient longtemps dans le désespoir même, et c'est elle cependant qui se perd la première ; car celui qui espère est supposé avoir le désir de ce qu'il espère, car on n'espère pas ce que l'on ne peut vpuloir.

Il serait inutile à un homme aussi pénétrant que vous Tètes d'expliquer les choses plus au long. Il suffit que c'est là votre route sans route ', et que c'est où l'on veut vous conduire, et où l'on vous conduira sans doute, parce qu'il faut qu'un autre vous possède. Conduisezvous par la raison, tant que vous vous posséderez vousmême; mais de quoi vous peut servir votre raison, lorsqu'un plus puissant que vous vous veut conduire par un chemin tout contraire? Je vous dis comme Jésus- Christ à S. Pierre : Lorsque vous étiez jeune, vous alliez où vous vouliez ; mais, lorsque vous serez devenu vieux, un autre vous ceindra, et vous mènera où vous voudriez ne point aller2. 0 n'est-il pas trop juste que Jésus-Christ règne ! Qu'il règne,' et que je périsse !

Pour la personne dont vous me parlâtes hier 4, il doit le plus qu'il pourra demeurer en simplicité, et dans une manière de cessation de toutes choses: ce qui ne s'entend pas seulement des choses extérieures, qui sont les moindres de nos distractions, mais cesser sur toute chose l'action de son esprit, rempli extraordinairement à cause de

i. Sur ce genre de formules, cf. Lettre VII, p. 3o et n. i.

a. Jean, XjU, 18 ; cf.- Lettre de Fénelon a une religieuse, qui lavait félicité de sa nomination à l'archevêché de Cambrai, 17 février 1695, t. VIII, p. 464, gr : « Me voilà dans la condition de saint Pierre : Quand vous étiez jeune, lui dit Jésus-Christ, etc. » '

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