Fénelon
la grande science, de sorte que Fesprit même agit dans le repos. Il faut laisser tomber toutes choses l , qui cependant ne se perdent pas pour cela ; mais elles seront purifiées de leurs espèces 2 : la substance des choses restera, et la facilité de s'en servir dans l'occasion ; mais l'occupation fréquente, quoique involontaire, tombera.
Outre la cessation de toutes choses, il doit prendre des temps pour se mettre en oraison, c'est-à-dire, un temps qu'il destine à une oraison particulière. Gela nourrira et entretiendra un certain germe de vie, ou un principe vivifiant, qui a besoin d'être nourri et entretenu, son intérieur n'étant pas en état de porter un état aussi nu que serait l'exclusion de toute oraison marquée. Il faut faire une provision pour l'hiver3, car, tant qu'il possédera son âme comme il la possède, il lui paraîtra toujours n'avoir besoin de rien ; mais, lorsqu'il plaira à Notre-Seigncur d'y mettre le désordre, d'apporter l'épée et le feu, ce sera alors que l'on aura plus besoin de ce germe de vie, qui sera pour lors si enterré qu'il ne restera pas même de vestige de ce qu'il a été, quoiqu'il soit vrai que ce sera alors, qu'il susbsistera même davantage, et d'une manière plus profonde. Il ne restera pierre sur pierre, qui ne soit détruite \ mais après ce
i. Sur cette formule, cf. Lettre VIII, p. 3i et n. 2.
2 . Terme de métaphysique mystique qui reparaîtra souvent dans les lettres deMmeGuyon et qui signifie représentations imaginatives ; cf. plus loin, Lettres XXXVII, p. 91, XLIII, p. 116, etc. ; cf. surtout. Lettre LXXI, p. 172 : « Un état lumineux en espèces, visions, représentations, extases, etc. » Cf. encore Mme Guyon : « Ces âmes (de foi) ne sont nullement imaginatives, n'ayant rien dans la tète, et tout se passant au dedans, étant parfaitement dégagées des fantômes et espèces » (De la voie et de la réunion de l'âme à Dieu, II, § 1 [Opuscules, édit. cit., t. If, p. 337]>.
3. Féneion, Lettre à un seigneur de la Cour, t. VIII, p. 5 a 2, g : « Pendant l'abondance de l'été, i/ faut faire provision pour les besoins de l'hiver. » Cf. aussi plus loin, Lettre XXVI,p. 72.
k. Math., XXIV, 2 ; Luc, XXI, 6.
temple, bâti de la main des hommes, Dieu en établira un autre, qui ne sera pas bâti de la main des hommes.
11 ne faut pas croire que ce que Dieu fera dans Tinterieur gâte rien pour l'extérieur ; non, que cette personne oe le craigne point. Dieu, ayant résolu de se servir de lui (comme je suis assurée qu'il a dessein de s'en servir pour le bien de son église), loin de renverser son extérieur, il l'établira toujours plus, et môme d'une manière propre à satisfaire tout le monde ; et plus il se laissera à la divine sagesse, plus cette môme sagesse accom modéra -t-elle toutes choses selon ses desseins sur lui. Qu'il ne craigne donc pas de se laisser pleinement à Dieu, car Dieu assurément se contentera d'éprouver le dedans, et de le renverser ; mais cela sera d'une manière que nulle créature n'en connaîtra rien. Dieu lui a donné un naturel élevé, et un esprit conforme à ses desseins, car Dieu dispose le naturel conformément à ce qu'il veut exiger des personnes, et selon ce à quoi il les destine.
Quoique Dieu fasse des miracles dans la grâce, il ne violente pas la nature pour la rendre autre qu'il * ne l'a disposée lui-même. Sa divine sagesse commence pardonner les qualités naturelles conformes à ses desseins ; ensuite de quoi, il perfectionne et purifie les mômes qualités, qui, étant devenues pures par le soin de sa sagesse adorable, sont rendues de pures capacités propres à tous les desseins de Dieu, sans que celui qui les possède en abuse, s'y attache, se les approprie, etc. Voilà ma pensée en simplicité sur la personne que vous savez, et que j'honore plus que je ne puis dire, parce que je comprends plus que je ne puis l'exprimer, les desseins de Dieu sur lui2, supposé qu'il soit fidèle non à faire et à agir, mais à se laisser en la main de Dieu.
Car il faut se laisser à Dieu, afin qu'il se serve de
i. Texte de Du toit : qui.
i. Cf. Lettre XII, p. 43 et n. 5.
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nous, non à cause de nous, mais à cause de lui-même» qui ne peut envisager que sa gloire dans les desseins qu'il a sur les hommes. Et ainsi c'est lui dérober la gloire que se soustraire à son domaine, et c'est une fausse humilité que celle qui ne veut point se laisser conduire aux grandes choses comme aux plus petites. Le vrai humble ne prend rien pour lui dans l'élévation ni dans l'abaissement : il se laisse en la main de Dieu comme un instrument destitué de sa propre vie, quoique la remise qu'il fait à Dieu de lui-même soit l'acte le plus parfait de la vie ; il se laisse, clis-je, à Dieu de cette sorte, content de servir à ses dessseins les plus relevés, comme d'être rendu le plus inutile.
Dieu conserve ces personnes avec tout le soin de sa Providence, qui surpasse infiniment toute la prudence ; et, comme Dieu bénit toute chose et la manière de vivre en tout état et en tout lieu, il donne à ces âmes les différentes postures nécessaires pour agir conformément à la capacité des personnes avec lesquelles ils traitent, car le soin de Dieu est infiniment plus grand que le nôtre ; et nos mesures de prudence sont fort courtes au prix des desseins de sa sage Providence sur une âme qui lui est consacrée; et, lorsque nous aurons souvent cru le mieux réussir par nos soins, c'est alors que nous aurons moins de succès, parce que nos vues sont faibles, et que nous ne connaissons pas ce qui se passe dans le cœur.
Cette lettre ici1 est plus pour lui, que pour vous. Mille saluts en Notre-Seigneur. Vous m'êtes toujours pluscher en lui, car il vous aime. Je vous assure que je ne puis aimer que ceux qui sont à lui : et je les aime d'autant plus qu'ils lui sont plus chers. La mesure de mon union pour eux est la mesure de l'union qu'ils ont avec Dieu ; et je vous assure que je n'ai ni mère, ni frère, ni
i. Vaugelas (Remarques, édit. cit., t. II, p. @8) remarque qu'on dit plutôt à la Cour : cet homme ici, et à Paris : cet homme-ci.
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sœur. „i enfant, que ceux qui sont la volonté de mon Père céleste ' : tout le reste ne m'est rien.
voIlr.>f?rtpaSTqUeVOtreami V0US attire' ™ais c'est à ous a 1 attirer La conversation nous rend semblables a nos amis, et ,1 arrive souvent que celui qui est dans in degré supeneur redevient égal, entrant dans les sentiments et manières, qu,, quoique très solides et vertueuses, nesont pas de saison pour nous. Je prie Nôtre-Seigneur de vous éclairer sur ce qu'il me fait vous dire Lam0ur esl dehcat eljabux Q faut
faut peu pour nous tirer de la simplicité ! Ce n'est auvent qu'une bagatelle qui y est contraire, mais quitta suite se grossit, et devient un obstacle. '
Comme l'on devient toujours plus simple par l'exercice de la simplicité, «tôt aussi que l'on s'en éloigne, pour entrer dans une prudence vertueuse, on perd insensiblement la trace ; et. en se fixant, on fait une perte irrépa-
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oadement des desseins de Dieu sur vous, que je donnea.s m„ e Vles*. Sl je Ies avais> pour yous I {Jre ~
upont que Dieu veut ; et depuis hier je suis dans un état de victime auprès de Dieu pour cela.
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