‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 166 sur 294 · Sur cette formule, cf. Lettre VIII, p. 3i, n · texte numérisé non relu

Sur cette formule, cf. Lettre VIII, p. 3i, n

conduisent ni par la volonté de la chair, ni par la volonté ' de l'homme, mais par la volonté de Dieu, qu il est donné d'être enfant de Dieu*. Oui, Dieu veut que vous soyez enfant 2, et des plus petits enfants : c'est comme il vous veut, c'est où il vous aime, et où vous ferez les délices de son cœur. 11 ne demande que cela de vous, pour retour à tant d'infinies miséricordes qu'il vous fait ; et c'est la seule disposition où il vous veut, pour faire en vous et de vous tout ce qu'il lui plaira.

Si vous vous accoutumez de bonne heure à cette souplesse, vous ne souffrirez guère, car le dessein de Dieu n'est pas de nous faire souffrir ; rien ne souffre chez nous que la résistance : qui a pu résister à Dieu, et vivre en paix*? Ne résistez jamais, vous ne souffrirez jamais. Je ne m'étonne pas des fautes- actuelles et passagères ; cela tombera, et servira à vous faire mourir. Souvent la vive douleur d'une faute vient beaucoup de la nature, qui ne la peut souffrir, et qui a encore plus de peine, lorsque les fautes ont paru et mal édifié 4, quoiqu'elle ne voie dans le moment aucun de ces motifs dans sa douleur, mais seulement la peine d'avoir offensé Dieu. Il faut porter cette peine nûment, sans vouloir par une activité naturelle accommoder les choses, soit du coté de Dieu, soit du côté des créatures. Ceci est très fort, et l'on y manque souvent, même par bon prétexte. Ceci emporte 5 dans la suite une mort fort étendue.

Quoique les fautes que vous faites vous paraissent n'être que passagères, et purement naturelles (et cela est vrai), elles viennent pourtant d'un principe habituel qui

i. Jean, I, 12. i3.

2. Fénelon, Lettres spirituelles, t. VIII, p. 528, g : « Soyez enfant..., cédez à tout, etc. » — Sur cette « souplesse » d'enfant et cette « nonrésistance », cf. id., id., p. 577, g-d.

3. Job, IX, 4; cf. Lettre XXXVIII, p. 100. h. Cf. Lettre XXXIX, p. io4 et n. 2.

5. A pour conséquence ; fréquent dans ce sens au ktii* siècle

marque que la volonté est amortie, et non pas morte. Quand la volonté est parfaitement morte il n'y a plus ni résistance, ni répugnance : et Ton ne peut jamais connaître si une âme répugne ou résiste, qu'elle n'ait été dans le creuset et à l'épreuve. Jusqu'à ce temps ce n'est qu'amortissement, causé par l'onction de la grâce et la docilité de l'âme ; ce qui la prépare et dispose beaucoup a la mort * . Il est vrai que vous n'avez aucune propriété volontaire et délibérée2 ; et je sens avec un plaisir, aussi grand que ce que Notre-Seigneur me donne pour vous est intime, la souplesse de votre âme ; mais il y a une propriété naturelle et habituelle, qui subsiste, quoiqu'elle ne vous paraisse pas actuellement pour les raisons que je vous ai dites.

Ma santé se détruit, et ma faiblesse est augmentée par l'étendue de ma fièvre. Dieu sait ce qu'il veut faire de ce néant, qui est tout à lui, et en lui tout pour vous- Oserais-je vous prier de garder ces lettres ? parce qu'il viendra un temps, où vous les comprendrez encore d'une autre sorte ; et vous trouverez vos dispositions, quoique changées, conformes à ceci ; car les lumières générales, quelque propres et utiles qu'elles vous paraissent, ne le sont jamais autant que celles qui nous sont données pour nous-mêmes 3.

XL1I. — FÉNELON A M™ GUYON * Je me sens porté à vous écrire depuis hier, Madame,

i. C'est la réponse à la demande (p. io4) : « Marquez la différente précise entre mort et amortissement » .

a. « Je croirais que je n'ai aucune propriété naturelle et délibérée »

3. Cette lettre, qui répond à celle du 6 avril, est sans doute du 7.

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