‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 194 sur 294 · Jean, XVI · texte numérisé non relu

Jean, XVI

ifiu FÉNELON ET M- GUYON

nous enseigner que toute là justice consiste à tout renvoyer à Dieu.

J'étais actuellement occupée de vous, Monsieur, lorsque j'ai eu de vos nouvelles *, et j'éprouvais, ce me semble, votre état de dénûment, qui vous sera toujours très avantageux, le don de la foi vous ayant été donné d'une manière très éminente. Unissez-vous quelquefois* à un cœur que Notre-Sejgneur vous a donné pour vos besoins, — vous le connaîtrez un jour, et je vous le dis simplement. Ce 26 Mai 1689.

LXÏ. — M™ GUYON A FÉNELON 2

J'ai fait cette nuit un songe* qui m'a bien consolée. 11 vous donne de quoi rire de ma simplicité à dire des choses ; mais qu'importe ! il faut que vous deveniez un jour aussi simple que moi. Plus vous êtes sage, plus vous serez simple et petit, supposé la fidélité à cesser d'être grand homme, pour devenir petit enfant. Il m'a semblé qu'il y avait une vallée d'une profondeur extraordinaire. Vous étiez presque sur le haut. Vous veniez du haut en bas. 11 y avait quelques personnes, mais env petit nombre, qui montaient avec bien de la peine la montagne que nous descendions : pour nous, nous étions assis, et nous ne faisions rien autre chose que de nous laisser couler en bas ; je vous tenais fortement, ayant passé ma main gauche derrière vous, d'une manière que je vous embrassais ; et je sentais même en dormant que mon cœur penchait vers le vôtre, et semblait vouloir attirer le vôtre à soi.

1 . Par la lettre précédente, à qui celle-ci répond, a. Tome V, Lettre XXX, p. 27/1-8.

3. Sur ce second songe, qui suit l'autre de près (Lettre LVIII,, p. i45), cf. fragment d'autobiographie, p. 9 et n. 1. h. Texte de Dutoit : un.

fck.

Vous me disiez que vous éprouviez une douce correspondance1. Vous me disiez même d'une manière très contente : il n'y a rien de plus doux au monde. Ce qui était extraordinaire à cette vallée, est qu'elle était faite en sillons comme par degrés. Gela facilitait ceux qui montaient ; cela devait, ce me semble, nous arrêter, puisque nous ne faisions d'autres mouvements, que de nous laisser couler en bas, étant assis, comme je vous l'ai dit, d'une manière presque imperceptible. Ce qui faisait que les sillons ou degrés ne nous arrêtaient point et ne faisaient nulle violence à la douce pente, qui nous entraînait en bas, c'est que cette vallée était flexible et qu'elle prenait elle-même le mouvement, qui était nécessaire pour faciliter notre descente, et se baissait par endroit, comme les ondes de la mer ; et cela nous faisait couler toujours plus dans le fond. Une des personnes qui montaient la montagne (c'était une femme) vint vous parler, et elle vous arrêta et empêcha de descendre tout le temps qu'elle vous parla, empêchant même le mouvement de la vallée ; et je fus aussi arrêtée avec vous, et il me fut donné à entendre que, comme je ne descendais que pour vous, je serais arrêtée tout autant de temps que vous le seriez ; que c'était la différence, quand je l'avais passé pour moi, que ma seule infidélité m'arrêtait : mais qu'en la passant, pour la faire passer aux autres, je ne pouvais avoir d'autres mouvements que les leurs, et c'est de cette sorte que nous arrêtions le mouvement de Dieu en nous. Gela me faisait étrangement souffrir. Lorsque cette femme se fut retirée, je vous serrai plus fortement et nous retrouvâmes notre pente. Je vous dis : 0 mon enfant ! (ce sont les termes) que vous m'avez fait souffrir tout le temps que vous avez été arrêté avec cette femme ! Vous me répondiez : j'ai aussi beaucoup souffert, car fêtais déplacé et hors de pente, mais

i. Cf. fragment d'autobiographie, p. 3 et n. t\.

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je suis éclairé par là, comme je ne dois m 'arrêter à chose au monde et qae je ne souffrirai rien quen in arrêtant. Nous coulâmes ensuite avec beaucoup de vitesse, et avec une paix, un contentement et une union la plus intime et la plus étroite du monde. Nous nous trouvâmes insensiblement dans une ebambre, qui était au bas de la montagne, où je fus introduite au mont Ciban f ; il y avait un peu plus de gens, quoique bien peu ; l'on y était dans une grande souplesse et innocence, mais elle n'approchait point encore de celle que je trouvais sur la montagne, dont je vous ai parié. Je vivais avec vous avec une grande liberté et simplicité, et je vous disais : la liberté que vous me donnez, de vous appeler mon enfant, me contente et m'ôte une gêne que f avais encore avec vous. Vous demandâtes à manger, car il y avait, disiez-vous, longtemps que vous n'aviez pris de nourriture, et durant que2 vous en fûtes guéri, nous jouions ensemble comme de petits enfants. Cette simplicité vous donnait beaucoup de contentement, et à moi une extrême joie. A mon réveil, je me trouvais unie à vous d'une manière bien intime ; et l'intelligence m'a été découverte. Je vous la laisse pénétrer à fond. J'irai plutôt à P[aris] que je ne pensais, à cause de quelques affaires survenues à M. Ce sera dans la semaine qui vient, à moins que les choses ne changent. J'espère que je vous reverrai encore. Je ne sais pourquoi je m'y attends. Ce 28. Mai 1689.

J'ai lu Técrit qui est pour Mademoiselle votre

1. Sic. Faut-il lire Liban ? Et serait-ce là l'enseigne de quelque auberge mystique ? D'ailleurs la phrase est peu claire et mal construite.

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