‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 195 sur 294 · T. V, Lettre XXXI, p · texte numérisé non relu

T. V, Lettre XXXI, p

FEXELOX A M- GUYOX «&*

fillu1. Il me parait fort bien ; un endroit m'a paru avoir besoin d'explication : vous lui dites que ce n'est pas à l'église où elle doit faire la grande damei.YA\a ne doit la faire en aucun endroit, car, en quelque place que la Providence la mette, non seulement la modération et l'humilité chrétienne, mais encore la politesse du monde suffit pour l'empêcher de s'abandonner au faste3. Vous lui donnez pour règle de communier tous les dimanches. C'est à vous à savoir, si cette règle convient aux dispositions de Mademoiselle votre fille ; mais si vous n'en êtes pas bien sûre, craignez de la gêner. Du reste cet écrit me paraît excellent. Je l'ai laissé à Madame de Chevreuse 4, parce que vous lui avez mandé qu'elle pouvait le lire. Pour moi je l'ai lu avec le plaisir que je ressens pour tout ce qui vient de vous.

Gardez-vous bien de vous gêner pour tous les noms que vous vous trouverez portée à me donner5. Suivez librement la pente que Dieu donne à votre cœur, et soyez persuadée que j'en serai très édifié. Je ressens là-

i. Il est très vraisemblable que cet écrit est l'Instruction chrétienne dune mère à sa fille (Opuscules, édit. cit., t. II, p. 4o5-44i)

a. Mme Guycra a sans doute supprimé ce passage pour satisfaire à la critique de Fénelon : il ne se trouve plus dans le texte définitif de l' Instruction.

3. Ces idées sont à rapprocher du Traité de l'Éducation des filles; cf. en particulier sur le faste à éviter, chap. x, t. I, p. 688-9

4. Jeanne-Marie Golbcrt, fille aînée du ministre, avait épousé le duc de Chevreuse le 3 février 16O7. Elle faisait partie avec ses deux sœurs Mortemart et Bcauvillicr du petit groupe dévot réuni autour de Mme Guyon et de la duchesse de Cliarost.

5. Cf. fragment d'autobiographie, p. 8 et n. a : « J'aspirais à une certaine liberté, qui était de pouvoir agir avec lui sans gène. »

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dessus par avance une reconnaissance cordiale. Je consens que vous usiez de réserve sur les choses qui sont des degrés au-dessus du mien, mais, pour celles qui ne demandent que la droiture et la simplicité de mon degré présent, je vous conjure de vous ouvrir à cet égard sans aucune réserve et de m'aider par là à entrer dans la simplicité enfantine. Dieu vous a donné l'intelligence de votre songe ; mais, pour moi, elle ne m'est pas donnée, du moins entièrement. Je vois bien que la sagesse mondaine peut m'arrêter sur le penchant ; mais je ne connais aucune femme, ni à qui je me confie, ni qui soit à portée de m'arrêter par les conseils. Est-ce quelque chose de passé ou de présent ? Je ne m'ouvre à personne qu'à nous deux... Suis-je maintenant dans cet état, où vous m'avez vu arrêté ? Pour moi, je ne sens rien qui me retienne, ni -à quoi je veuille m'arrêter librement.

Cette chambre du bas de la montagne où nous nous arrêtâmes, et qui était bien plus serrée que celle du haut, dont vous aviez eu un autre songe1, n'est-ce pas quelque état de réserve ou de propriété, où vous croyez que je me bornerai ? Mandez-moi simplement ce que vous en pensez, si néanmoins vous jugez à propos de le faire. Pour moi, je ne veux point juger de moi-même ; mais il me semblerait que je suis prêt à tout sans réserve, et que j'aimerais mieux que Dieu m'anéantît ou me rendît éternellement malheureux, que s'il me laissait dans la moindre réserve contre ses

i. Cf. Lettre précédente, p. i5a et Lettre LVIII, p. 1/17 et n. i.

desseins. Je sens beaucoup de joie de votre prompt retour. Rien au monde ne vous est plus dévoué que moi en Notre-Seigneur. Ce 3 juin 1689 f.

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Je vous suis très obligée, Monsieur, pour l'avis que vous me donnez pour ma fille. Ce que je voulais dire, est que je ne veux jamais qu'elle se fasse porter la robe dans l'église. Je ne l'ai jamais ni fait ni souffert. Je n'ai jamais prétendu qu'elle fasse la grande dame ; mais je m'explique mal : vous ne sauriez croire le plaisir que vous me faites en me corrigeant. Vous le devez à ma confiance, et parce que Dieu le veut. Pour la communion, elle s'y porte de tout son cœur, et je le lui mettrai comme un libre conseil.

J'avoue que mon cœur a quelque chose pour le vôtre que je puis dire de maternel, et qu'il vous serait assez difficile de comprendre à moins d'expérience. Mais cela est si réel que je suis quelquefois obligée de dire à Notre- Seigneur pour vous et pour vos amis : ai-je porté ce peuple dans mon sein ? Oui, je vous y porte, et d'une manière que celui qui l'a fait connaît. Vous le connaîtrez un jour. .

Rien ne vous arrête à présent, et ce que j'ai vu est un état à venir. Ce qui vous arrêtait était au milieu de la descente, et il me paraissait que vous ne faisiez que commencer à la descendre. Pour ce qui regarde la chambre,

1. Entre cette lettre et la précédente, il faut en supposer une de Mme Guyon, pour accompagner l'envoi de son opuscule d'éducation. C'est dans cette lettre sans doute qu'elle demandait à Fénelon de pouvoir agir avec lui en toute liberté. La lettre de Fénelon répond aux deux.

a. T. V, Lettre XXXII, p. 381-/,.

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il m'a été mis dans l'esprit ces paroles: Nul n'est monté que celai qui est premièrement descendu ; et il m'a été donné l'intelligence, que ce n'était point que vous fussiez rétréci et reserré, mais que le bas de la vallée n'était que la moitié du chemin ; après quoi, il faudrait monter d'autant plus haut, que vous seriez descendu plus bas. Je n'ai point d'intelligence claire de la femme ; je crois que ce pourrait bien être la sagesse humaine, mais celui qui vous a donné cette intelligence, vous aidera à la détruire. Je vois qu'insensiblement vous vous apprivoisez avec ma simplicité, et cela me donne d'autant plus de joie, que vous m'êtes plus cher en Notre-Seigneur. Je suis si certaine que Dieu vous veut petit et simple, que je n'en puis douter. La sagesse humaine est le Goliath, que le simple Da>id doit détruire, non avec les fortes armes de la nature, mais avec la fronde de l'abandon et de la simplicité de Jésus- Christ, représentée par ces cinq pierres très claires du torrent. Vous ne sauriez vous imaginer, mon enfant (je me sens pressée dans le plus intime de mon cœur de vous donner ce nom et de franchir les obstacles de ma raison), vous ne sauriez, dis-je, vous imaginer combien j'ai de joie de voir que vous ne voulez être arrêté ni rétréci par quoi que ce soit. Non, vous ne le serez pas ; c'est Dieu qui vous donne l'instinct d'être à lui sans réserve ; oui vous y serez, mais il vous en coûtera, et encore plus à moi qu'à vous. Dieu sait que, s'il y avait quelque chose de plus rude à souffrir que l'enfer, je m'offrirais à le souffrir *, afin que les desseins en vous ne soient point bornés par votre faute. Mais souvenezvous de l'Epître d'aujourd'hui : 0 altitudo divitiarum*. Toute la vie intérieure est renfermée dans cette Epître3.

i. Cf. Lettres XXII, p. G7, XXXI, p. 78 et n. 5. 2. Rom., XI, 33-36. C'est 1 epitre du jour de la Trinité, ce qui, pour 1689, date la lettre du 5 juin ; cf. plus loin Lettre LX'XI, p.. 173. S. Cet»e lettre répond à la précédente.

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Je me sens entièrement pressée à votre égard, sans que j'en puisse discerner la cause, autrement que, Dieu ayant de grands desseins sur vous, il hâte son ouvrage ; et c'est la différence de ceux que Dieu veut rendre propres pour aider au prochain, d'avec ceux qu'il ne destine point à cet emploi, que les premiers sont poussés et comme précipités, et les autres vont plus doucement. L'on me fait tout porter, tout souffrir et tout soutenir pour vous. L'on me réveille quelquefois avec tant de violence que j'en suis surprise 2. Je vous assure que je ne suis nullement maîtresse de ma conduite à votre égard. Supportez-moi pour l'amour de Dieu. Ce matin j'ai été pressée pour vous d'une manière autant forte que pleine d'onction. Vous m'étiez présent d'une manière si fort intime, que je ne saurais vous l'exprimer. Je me suis offerte à tous les desseins de Dieu. Je ne voulais point vous écrire : j'ai été mise en souffrance pour vous. Plus je me laisse écouler en vous3, pour ainsi dire, plus ma peine diminue, et je trouve qu'en vous écrivant, elle était beaucoup soulagée. Je vous dirais volontiers avec St. Paul : supportez ma folie 4. Je crois que, lorsque ce grand saint désirait d'être anathème pour ses frères, il n'éprouvait pas autre chose que ce que j'éprouve. C'est la volonté de Dieu que vous correspondiez sans hésiter. Je n'ai jamais été poussée à l'égard de qui que ce soit, comme je le suis pour vous. Que Dieu ne m'épargne pas, j'en suis contente, pourvu qu'il achève

i. T. V, Lettre LXXII, p. 4o6-4io.

a. Cf. fragment d'autobiographie, p. 7, n. 1.

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