‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 209 sur 294 · Lettres chrétiennes, t. V, Lettre LXXVII, p · texte numérisé non relu

Lettres chrétiennes, t. V, Lettre LXXVII, p

que vous veniez à P[aris qu'à B[eynes]. A Pfaris], nous ferons très facilement ce que vous me proposez. Pour Bjeynes], il m'est impossible d'y aller maintenant. Je meurs d'envie de vous voir1, et je crois vous devoir dire, que vous devez agir avec moi sans hésiter et avec moins de précaution. Quand vous serez à P[aris], vous n'aurez qu'à m'avertir. La chapelle de M. de G. à Saint- Jacques * est faite exprès pour vous recevoir au confessionnal l'après-midi.

Vous pourrez aussi voir ce que M. F[oucquet ?] 3 vous veut montrer. Mais je crois qu'après avoir vu tout ce qu'il voudra vous faire voir, il faudra écouter aussi M. de Vjaux] 4 et voir tout ce qu'il aura à vous montrer. Peut-être tirerez-vous de ces deux examens rassemblés quelques bons éclaircissements. Peut-être que M. de V[aux] sait mieux que M. F[oucquet], ou qu'elles sont changées en mieux depuis que

i. Lettre à la comtesse de Montberon du 8 août 1709, t. VIII.p. 701, g : « Je meurs d'envie d'aller vous voir, ma chère fille » ; cf. plus loin lettre du 21 août 1689, p. a64.

a. Sans doute Saint-Jacques-du-Haut-Pas, où Fénelon avait plusieurs fois prêché ; cf. abbé J. Grente, Une paroisse de Paris sous l'ancien régime, Saint-Jacques-du-Haut-Pas (1 566- 1798). Paris- Auteuil, 1897, 1 vol. in-12, p. 59.

3. Je crois que cette initiale doit désigner ici Gilles Foucquet, frère du surintendant, premier écuyer de la grande écurie du Roi, confident de Mme Guyon, dont elle a parlé plusieurs fois dans sa Vie (t. III, p. i3o, 171). Quand en i6g3, elle quittera Paris, M. Foucquet sera seul à connaître sa retraite (cf. Introduction II, § I, p. lui). Oncle de son futur gendre, c'est lui qui sans doute servit d'intermédiaire dans les négociations du mariage.

&. Neveu de Gilles Foucquet et fils aine du surintendant, Louis- Nicolas Foucquet, vicomte de Mclun, etc., titré comte de Vaux, était né en janvier i654. Il deviendra le gendre de Mme Guyon deux mois plus tard. Cf. Lettre du 17 juillet et lettres suivantes.

178 FKXELOX ET M- GUYON

M. [Foucquet] ne les voit plus. Je dis peut-être, et je n'ai garde d'en dire d'avantage ; mais la chose mérite d'écouter sans prévention les deux côtés. M. de V[aux] prétend vous parler avec une ingénuité, dont vous ne pourrez douter. Il ne sera pas mauvais que vous soyez prémunie des mémoires contraires, quand vous écouterez ce qu'il aura à dire ; ainsi il vaut mieux commencer par M. F[oucquet].

Je ne vous dirai rien aujourd'hui sur moi, parce que je remets tout à la prochaine entrevue. Cependant je fais ce que vous m'avez mandé. Je suis à vous avec une reconnaissance proportionnée à ce que je vous dois. C'est tout dite, Madame. Ce 16 juin 1689 *.

Vous ne sauriez croire la joie que vous me donnez, de vouloir bien que je vous voie où vous me marquez. Il me semble que Dieu le veut, et que votre âme en recevra des forces toutes nouvelles. C'est tout mon penchant que d'agir avec .vous, comme vous me marquez8. II me semble que Dieu le veut, mais j'attendais qu'il vous donnât la disposition de correspondre à mon attrait, qui augmente chaque jour, loin de diminuer. Je vous écris une très grande lettre *, sans pouvoir y résister. Il semble que je ne sois ati monde que pour vous, tant Dieu m'y a appliqué fortement. Je serai samedi au soir 5 à

1. Cette lettre est la réponse à la Lettre LXX, p. 169-171. a. T. V, Lettre LXXVIII, p. ftïi-a.

3. C'est-à-dire « sans hésiter et avec moins de précaution ».

4. Probablement la lettre LXXI, datée de la veille. "5. 18 juin.

Paris. Je vous verrai lundi, si vous le voulez bien. Je ne manquerai pas de me rendre où vous me dites. J'irai vous voir dès le dimanche, mais je crains de vous incommoder. Si le jour vous agrée, un petit mot me fera courir, pour vous assurer de ce que je vous suis en Notre- Seigneur. Ce 16 juin 1689.

Je ne pus 2 point vous parler hier, et tout ce que je disais, n'était que par violence et sans au lie correspondance intérieure , à la réserve de ce qui me regardait moi-même, que j'avais facilité- de dire, et que j'eusse poussé plus loin, si on l'avait exigé de moi : là raison de cela était que les choses, que je disais de moi, étaient une démonstration des mêmes choses que vous savez. Mais, coin me il ne s'agit pas de convaincre ni d'éclairer votre esprit très convaincu et plus que suffisamment éclairé, je compris et sentis d'abord que ce n'était pas la manière, dont Dieu voulait que je vous parlasse. Je n'avais d'inclination que pour le silence ; mais, comme je ne trouvais pas de votre côté ni toute l'attention du cœur, ni tout le silence de l'esprit, cela n'avait pas l'effet que Dieu en prétendait. Il a permis que je m'en allasse avec vous, pour vous apprendre qu'il y a un autre langage, lequel lui seul peut apprendre et opérer. Il n'emplit le cœur de l'onction pure de la grâce, que pour vider l'esprit; et il ne, donne que pour ôter : c'est une expérience qui demeure, lorsque la conviction de l'esprit est ôtée. Je vous demande donc audience de cette sorte, de vouloir bien cesser toute «autre action, et même autre prière que celle du silence. Lorsque l'on a une fois appris

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