‹ Fénelon & Mme GuyonChapitre 213 sur 294 · T. V, Lettre LXXX, p. 4a · texte numérisé non relu

T. V, Lettre LXXX, p. 4a

k. Sur ce terme, cf. Lettre XXXVIII, p. (j5 et n. 3.

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veuille. Se délaisser ainsi aux volontés particulières n'est pas une activité, mais un état très parfait. Ce qui fait rentière passiveté de la volonté, et qui la rend souple1 à l'infini, c'est d'être aussi simple et aussi prompte à vouloir, quand Dieu veut qu'elle veuille, que d'être incapable de vouloir rien par elle-même. Dès qu'on est attaché à sa pure passiveté et à son pur vouloir ou à son pur avoir, en sorte qu'on craint de le perdre, — on s'en fait une propriété, qui rétrécit l'âme et qui la raidit contre l'impulsion divine. Il faut donc être également souple1 en tout sens, et aimer autant à vouloir qu'à ne vouloir pas. Sitôt que Dieu imprime quelque volonté particulière, il faut la suivre sans mesure et sans réflexion. Par là, on s'élargit en se remplissant. C'est-à-dire que la volonté se dilate à l'infini, se remplissant sans mesure et sans réserve de tout ce que Dieu lui donne et lui fait vouloir. Voilà ce que je comprends, et voilà aussi l'état où il me semble que je suis. Quand je dis que je veux tout et que je ne veux rien 2, je ne dis rien de contraire à tout ceci, car je veux tout ce qui est donné, rien que je me donne par mon propre désir.

Comptez donc que j'acquiesce toujours sans hésiter ; mais, comme mon acquiescement est simple, sans goût, sentiment, et tout concentré dans la pure volonté au fond de l'âme3, il paraît froid et sec au dehors, quoi-

i. Texte de Dutoit : simple.

a. On a déjà vu cette maxime dans deux lettres de Fénelon, 1 5 mai 689, p. 1 47 et 28 mars 168g, p. 89 et n. 2. 3. C'est ce que Fénelon appelle ailleurs « une bonne volonté toute

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qu'au dedans il soit plein, en sorte qu'il faudrait que je me gênasse et que je sortisse de mon attrait, pour le rendre plus vif. Je ne sais si je me trompe, mais il me semble qu'il est plus pur qu'il ne serait, s'il avait plus de vivacité extérieure. Je suis néanmoins tout prêt à cette vivacité extérieure, quand Dieu voudra me la donner ; alors elle serait le meilleur état et je n'aurais garde delà retenir. Mille fois tout à vous en Notre-Seigneur. Ce 26 juin 1689 *.

Oui, Monsieur, c'est ce que je voulais vous dire ; et, puisque vous en usez de la sorte, cela me suffît. Je ne prétends pas que vous vous donniez une vivacité extérieure, qui, en vous gênant beaucoup, contrarierait votre attrait; mais je ne voudrais pas aussi que, pour être plus dénué, vous ne reçussiez pas ce qui vous est communiqué tel3 qu'il soit : cela vous ferait tort. Il y a des âmes naturellement affectives, auxquelles on recommande sur toutes choses d'éteindre un feu, qui vient* plus de leur tempérament que de Dieu ; mais cela n'est pas pour vous. Il faut vous laisser dilater en toutes manières. Vous ne sauriez croire combien votre lettre me contente, parce qu'elle exprime nettement et naturellement Tétat où Dieu veut votre âme. Si je pouvais

nue et toute sèche, sans goût, sans vivacité, sans plaisir » (Lettres spirituelles, t. VIII, p. 5a 1 , d), et il ajoute : c'est « ce qu'il y a de plu» pur aux yeux de Dieu » .

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