L'opuscule sur les « purifications passives
3. Ceci est sans doute une allusion aux « filles du P. Vautier », dévotes plus que suspectes, qui essayaient de compromettre Mme Guyon. Dans une lettre au duc de Chevreuse du 2 juillet 1693, elle raconte cette histoire comme datant déjà de « plusieurs années », ce qui contribue â rendre vraisemblable l'identification que je propose ; a J'ai toujours eu en horreur, dit-elle, un grand nombre de filles exécrables, qui courent dans Paris, qui étaient à un père qui s'appelait Vautier, et qui, selon le rapport que l'on m'a fait de lui, peut être appelé le chef de la synagogue de Satan » (Œuvres de Fénelon, t. IX, p. 10, g).
M- GUYON A FENELOX 203
décrier par là les vrais serviteurs du Seigneur, qui, l'aimant de tout leur cœur, sont avec plaisir «ballottés par sa Providence dans les misères et les humiliations les plus étranges.
Il y a deux manières de juger des âmes :* la première et la plus commune est celle que vous dites, par ce qu'elles ont été, et par la conduite de leur vie ; la seconde, par un goût intérieur, qui vous rend un assuré témoignage de Dieu en l'âme. Celle-ci est la plus sûre marque.
L'envie que j'ai que vous me connaissiez à fond, me donne toujours plus de désir que vous voyiez ma Vie1 ; mais, comme elle serait trop longue, je la mettrai en abrégé et je ne mettrai que l'intérieur, avec la conduite extérieure indispensablement nécessaire à se faire connaître ; car, quoique je ne puisse me défier de mon Dieu et que je sois aussi contente d'être trompée que de ne l'être pas, je crois que je dois soumettre toutes choses à votre jugement ; et je vous prierai de la lire par charité, afin que vous jugiez de tout.
Quoi qu'il en soit de moi, quand je serais un démon, je ne saurais m'çmpêcher de vous prier, au nom de Dieu2 de n'entrer jamais en défiance de votre grâce ni du don de Dieu, et de marcher le sentier qu'il vous a tracé luimême, car, quoique ce soit le chemin de la mort, c'est la source de la vie. Quand il me faudrait mourir comme une infâme, je me trouverais trop bien payée d'avoir pu vous dire ce que je ne doute point que Dieu ne veuille de vous. Je vous dirais volontiers que Satan a demandé de vous cribler3, mais que votre foi ne défaudra pas ; et, comme Dieu vous conduit par la plus pure foi, il a voulu
i. Cf. Lettres IV, p. 23 et XXVIH, p. 75.