Job, I, 22, II
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tions, nous dit au jardin des paroles, pour demander ce qu'il savait bien qui l était formellement contre la volonté de son Père : c'était pour exprimer la répugnance et le soulèvement involontaire de la nature, à qui il échappe quelquefois des paroles et mouvements involontaires, quoique le fond de la volonté demeure invariablement soumis.
Mais, quand Dieu met lui-même une âme dans cette affreuse épreuve, et qu'elle ne s'y met point ellemême par témérité on par illusions, alors on y voit les circonstances suivantes : i° Une simplicité enfantine pour découvrir ses misères si honteuses à un directeur pur et expérimenté. 2° Une docilité sans réserve pour toutes les choses à l'égard desquelles il lui reste quelque force, et un aveu humble de son impuissance sur le reste, après l'avoir souvent expérimenté. 3° Une amertume et un accablement involontaire sur ces tentations ; je dis involontaire, parce que, sans s'exciter à la douleur, elle en sent involontairement une très vive, et qu'il faut la consoler, pour l'empêcher de tomber dans le désespoir. 4° Une fidélité parfaite pour éviter tout ce que le directeur croit capable de réveiller la tentation, en- sorte qu'on voie un âme droite et simple, qui ne tienne à rien et qui n'ait en elleaucune cause volontaire, mais éloignée de la tentation qu'elle souffre. 5° La disposition continuelle h se confesser, de tout ce qui est douteux ou qui lui paraît tel, en sorte qu'elle ne s'en dispense que quand
i. Texte do Dutoit : qu'il.
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le directeur savant et expérimenté ! connaît certainement qu'il n'y a point de péché en ce qu'elle a fait, que par conséquent le ministère des clefs n'y a pas de lieu, et que l'âme n'y aurait recours que pour nourrir son scrupule ou le soulager contre l'intention de Dieu, qui veut qu'elle soit sans ressource, et qu'elle achève de mourir dans cet abîme d'iniquité apparente. 6° Le sage directeur observera encore toute la conduite passée, tous les divers degrés d'oraison, où Fâme aura été, comment ensuite elle aura été dépouillée de tous les dons aperçus, et enfin toutes les circonstances de son intérieur et de son extérieur présent, pour mieux juger par toutes choses ramassées de sa bonne foi, et de la réalité de l'opération de Dieu en elle.
Mais comme ces choses sont rares, qu'elles peuvent être imaginaires et contrefaites, qu'enfin en les publiant, il y a plus de danger à causer à la multitude des hommes, faciles à scandaliser ou à jeter dans l'illusion, que de bien à faire à ceux qui en ont besoin véritablement, je crois qu'il est hors de propos d'écrire sur ces purifications passives, et qu'on doit se contenter d'en laisser instruire le petit nombre des âmes éprouvées par les entretiens secrets d'un sage directeur, à mesure que les besoins pressent*.
i . Ces deux conditions de science et d'expérience sont indispensables : la seconde, dans la pensée de Fénelon, plus encore que la première, car « il y a beaucoup do directeurs savants et pieux, sans expérience... qui n'ont jamais senti l'amour pur et désintéresse » {Lettres spirituelles, t. VIII, p. 5o4, g = t. VI, p. ia3, g).
2. Cette lettre doit être du 9 ou 10 juillet. Mais la copie sur laquelle Dutoit la publiée n'était pas complète. On verra, en effet, par
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Il en est de ces tentations comme vous le dites * : mais c'est qu'il y a quelquefois des personnes, qui n'éprouvent en elles nulles tentations violentes, mais de simples faiblesses, qui les affligent d'autant plus qu'elles en pénètrent moins la cause : c'est le fonds de péché pris en Adam.
Mais il y en a d'autres qui se trouvent dans des épreuves, qui font mourir de douleur ceux qui les souffrent, (et cela) malgré eux. Il serait très difficile de se mettre de soi dans ces épreuves. Il peut bien y avoir de l'illusion dans le désir des choses sublimes, et en se figurant des lumières, qui souvent viennent plus de la débilité du cerveau que de Dieu ; mais qui serait assez ennemi de soi-même, pour se livrer à des tourments intolérables, où il n'y a pour la nature que rage et fureur, de n'avoir qu'une peine sans nul plaisir, et pour l'esprit un désespoir entier, se voyant, ce semble, plongé dans le désir d'une chose qu'il ne peut avoir ?
La simplicité est le propre et le principal caractère, de ces âmes (qui y sont véritablement). Défiez-vous toujours d'une personne qui manque de simplicité. Loin que ces personnes (les simples) cachent leurs misères, elles en sont si pénétrées, qu'elles les publieraient aux carrefours, si on le leur permettait, et elles en sont si
la lettre suivante de Fcnelon (p. 2o4) que celle-ci devait contenir quelques conseils de discrétion- et le récit d'une conversation avec Mme de M[aintenon Ç?)].
i . Les différent* morceaux de cette lettre se trouvent : t. II, Lettre CVT p. 296-800 et t. V, Lettre LXV, p. 397-9. Mais les indications de Du toit sont cette fois trop imprécises pour permettre une reconstitution certaine. Je donne ici celle qui m'a paru le mieux respecter la suite des idées.
2. Dans la lettre précédente (p. 196-9), à laquelle celle-ci répond.
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fort humiliées, qu'elles se regardent comme l'opprobre des hommes. Il est vrai que, lorsqu'elles sont prêtes de sortir de ce misérable état, elles changent de disposition, demeurant contentes, abandonnées et résignées entre les mains de Dieu, de telle sorte qu'elles ne peuvent plus s'affliger de leur mal ; mais, entrant dans les intérêts de Dieu, tournées qu'elles sont contre elles-mêmes, elles acceptent en paix le décret éternel qu'il leur parait que Dieu a prononcé contre elles ; et, acceptant volontairement un malheur nécessaire et inévitable (à ce qui leur paraît), elles demeurent mortes sous le couteau de la divine justice, qu'elles aiment même dans la punition, qu'elle semble leur préparer. Loin de cacher leur mal, elles l'exagèrent même d'une manière étrange, à moins que l'on n'y prenne garde. Leur obéissance est parfaite, à moins que Dieu quelquefois, pour expérimenter le directeur même, ne les mette dans l'impuissance absolue d'obéir. Il est si aisé de connaître une âme de cette sorte, que, si une telle âme tombait entre les mains des gens même prévenus, sa docilité et sa candeur les convaincraient.
Gomme l'on n'a en cet état nulle peine à faire connaître ses misères, bien différentes des états qui l'ont précédé, qu'au contraire la plus grande peine est de s'empêcher de les publier et de les dire à d'autres qu'au directeur, que, les disant, même lorsqu'on n'en reçoit pas l'absolution, il est aisé de voir, que si l'on ne se confesse pas, c'est parce que l'on veut obéir, puisque l'on subit par là ce qu'on appelle la peine de la confession pour d'autres âmes, qui est la déclaration, et l'on est privé du soutien qui est l'absolution *. Quoique la soumission que j'ai pour tout co que vous me dites me fait croire que j'ai mai fait de vous avoir écrit sur les puri-
i. Sic : la phrase reste inachevée, négligence de Mme Guyon, faute du copiste ou de l'éditeur.
*» FÉNELOX ET M« GUYOX
iications passives \ je ne saurais m'en repentir, puisque, si je m'étais méprise,* j'ai un extrême plaisir que vous le connaissiez, n'ayant dessein de tromper personne, surtout vous, Monsieur, que j'honore au point que Dieu sait. Si j'ai dit vrai, l'expérience que vous ferez peut-être un jour de ces choses, vous rendra la connaissance que vous en avez utile. Je vous prie de le brûler 2, promettant de brûler l'original que j'écrivis dernièrement. Vous m'obligerez sensiblement d'en faire de même de tout ce qui vous paraîtrait trop poussé, vous assurant que vous me ferez toujours une très grande grâce de me faire connaître mon erreur. Vous le devez, ce me semble, à ma bonne intention et à la confiance que Dieu me donne en vous.
Je n'ai prétendu appuyer ni autoriser le moins du monde certaines créatures, qui rôdent partout pour tendre des pièges, qui sont des suppôts de Satan, qui n'ont que la malignité, la fourberie, la dissimulation, et qui se servent du masque de la piété, pour commettre toutes sortes de crimes3. Celles-là je les abhorre plus que l'enfer, et plût à Dieu (dussé-je être confondue avec les coupables) qu'elles fussent bannies de dessus la terre. On a une douleur d'autant plus juste à leur occasion, qu'elles corrompent par leur malignité ce qu'il y a de plus saint, afin de rendre la sainteté abominable, et de
i. Ce sont ces épreuves et tentations, dont Fénelon a parlé dans la lettre précédente, p. 198-9.